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‘Les Cavaliers’ de Kessel, par la Cie Passionnés du Rêve : quand la mort fait partie du jeu

23 novembre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Jeudi dernier, les Amis du Théâtre de Biarritz ont proposé ‘Les Cavaliers’ de Kessel mis en scène par la compagnie des Passionnés du Rêve, retour sur une saisissante chevauchée théâtrale.

Coup de cœur du Festival off d’Avignon 2014, la présence sur scène révélation masculine des Molières et l’épopée acharnée d’un rêve lointain venu d’Afghanistan, trois coups, et voilà Les Cavaliers de Joseph Kessel qui chevauchent jusqu’à nous, un goût de sable dans la bouche, embarquant nos cinq sens sur leurs montures.

Raconter en une heure et demie un roman de 600 pages.

Faire rentrer sur un plateau de théâtre un désert rude et infini, la fureur de l’homme et sa course vers l’honneur : la Compagnie des Passionnés du Rêve a atteint sa quête.

Eric Bouvron et Anne Bourgeois, metteurs en scène, les comédiens Maïa Guéritte, Gregori Baquet (qui a reçu cette année le Molière de la révélation masculine) et un magicien des sons, Khalid K, ont porté l’œuvre haut dans l’imaginaire, jusqu’à ses impalpables.

Dans un décor dénudé au possible, inspiré par le théâtre africain où est né le metteur en scène et comédien Eric Bouvron, la puissance du récit est portée par le talent des conteurs qui s’engagent physiquement pour le transmettre, passant d’un rôle à l’autre sans abîmer le fil d’un jeu fluide et sincère.

Ouroz, jeune et fier cavalier, fils de Toursène, l’ancien champion, participe au plus grand tournoi de bouzkachi, course de cavaliers en Afghanistan, un jeu violent, sans arbitre. L’honneur de la famille y réside.

Le père exerce un pouvoir absolu sur les siens, exigeant de son fils insolent une gloire immanquable grâce à leur « cheval fou », Jéhole. Mais Oroz chute et se blesse gravement la jambe. Il doit revenir affronter son père à Maimana pour lui avouer son échec.

Accompagné de son serviteur Mokkhi et de Jéhole, il chemine dans les steppes afghanes par un itinéraire trop long comme l’impossibilité de revenir trop vite affronter sa honte devant son père.

kessel-biarritz-12Des tabourets font office de chevaux, véritables acteurs de l’histoire, selon la volonté de Kessel.

Les corps prolongent leurs mouvements tant et si bien que les étalons sont omniprésents. Distances, émotions, galops, deviennent visibles, audibles, tout droit sortis de la bouche de Khalid K.

Des coups en tombent. Un vent y souffle ou un silence, un hennissement et le chant du muezzine, profond jusqu’à toucher nos silences les plus intimes. L’homme est en permanence sur scène, acteur de chaque instant avec un micro, une boite à effets et une voix, remarquable.

Ouroz et Mokkhi rencontrent des personnages dont celui de Zéré, une errante à la lignée méprisée, celle des « djat » mais qui séduit par son chant.

kessel-biarritz-13La femme apparaît dans la lumière, ondulant comme un serpent immense. Elle ne pourrait incarner que le mal, mais la mise en scène révèle par cette même lumière la grâce et ses inaccessibles, lâchés aux cultes.

La perfide se dresse haute devant Mokkhi et le convint de trahir. Vaincu de désir, le serviteur est prêt à tuer Ouroz pour prendre son cheval et couvrir Zéré d’or.

kessel-biarritz-9Ainsi, les liens du sang, de l’honneur sont mis à l’épreuve au cours de ce texte sublime et éprouvé de Joseph Kessel, publié en 1967, alors que celui-ci avait repris son activité de journaliste reporter en Afghanistan et ailleurs. L’auteur dit confier dans cette œuvre son propre testament.

Et le rendu est saisissant, qui peut changer, d’un soir à l’autre, l’émotion de la pièce relevant aussi de son vécu immédiat.

kessel-biarritz-14Les comédiens sont tous les quatre habités par ce voyage immobile, avec un tapis persan, des tabourets, un simple rideau et les odeurs, les ambiances, insufflées par les bruitages de Khalid K.

Eric Bouvron, originaire d’Afrique du sud et voyageur lui aussi, partit avant cela à la rencontre des Inuit puis des bushmen.

Dans sa même logique de travail, il commence à écrire sur le peuple afghan lorsqu’il lit l’œuvre de Kessel dont il partage le goût des autres et de l’aventure. Il décide alors que non, ce n’est pas son histoire mais celle des Cavaliers qu’il doit raconter, cette histoire redoutable d’hommes, intense, philosophe, parfois drôle, où des chemins se font face.

kessel-biarritz-15Un travail monumental pour arriver à « trier », à ne pas tout garder du livre pour le retranscrire sur scène, en espérant « faire le bon choix, pas sans regrets parfois ».

Des applaudissements admiratifs battent le salut. « Merci, Monsieur Kessel », conclura Eric Bouvron, et c’est doucement que l’histoire s’éloignera des pensées.

Elle rodera vers Mont de Marsan le 25 novembre. Eklektika vous conseille de ne pas rater ça.

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‘Les cavaliers’, dans le terrible contexte post-attentats

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Pour beaucoup de spectateurs, se réunir dans une salle de théâtre marquait le retour vers une culture endeuillée par les attentats, une semaine auparavant, qui ont frappé Paris.

Le vice-Président des Amis du Théâtre, Pierre Moreno, se chargea d’une minute de silence de la part des organisateurs, avant que le comédien et metteur en scène Eric Bouvron prononce quelques mots.

Il souligna la collision entre le moment de cette représentation et cette pièce située en Afghanistan, où « la mort fait partie du jeu ». Avant de souhaiter qu’aucune confusion ne soit faite, au moment où ‘Les cavaliers’ retentit de cris guerriers.

La beauté de ce qui fut offert par la suite permit d’abord de le comprendre, puis de les admirer.


 


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