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‘Les combattants’, de Thomas Cailley : la (sur)vie est belle

25 août 2014 > > Un commentaire

Les paysages sont connus (ceux de l’Aquitaine, près de Contis et Lacanau) et la trame n’est pas à proprement parler une surprise : deux êtres que tout sépare, dont on devine rapidement que ce film au nom guerrier, ‘Les combattants‘, est là pour tenter de les réunir. Pour son premier long-métrage (remarqué et primé à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes 2014), Thomas Cailley a réussi à dépasser ce cadre finalement assez commun, pour offrir aux spectateurs 1h38 d’un ravissement dont la fluidité apparente s’enrichit de la perception, dans un second temps, d’une rafraîchissante complexité.

Pour l’histoire de ces deux-là, Madeleine et Arnaud (Adèle Haenel et Kevin Azaïs, tous deux formidables de justesse), on assiste à un premier affrontement initiatique, inattendu, un exercice de lutte devant un stand de recrutement de l’armée de terre où elle le mettra à terre et où lui ne trouve pas d’autre alternative que de la mordre pour lui faire lâcher prise. Et tous les enjeux du film s’avèreront réunis dans cette première scène de rencontre, d’un film qui parle tout d’abord de la disparition du corps du père (et avec lui, les certitudes nécessaires pour grandir), pour progresser vers le corps de l’autre, celui de la fille en particulier. Un univers de combat, où chacun « reste à l’affût, sur nos gardes », lui confiera-t-elle.

plageS’il ne sait pas quoi faire du sien (tout comme ses potes qui alternent entre plans drague de l’été et projections difficiles sur du boulot viable), elle a décidé de mettre le sien à l’épreuve : sa volonté butée de rejoindre les paras est motivée par l’obligation de survivre (à tout, de la fin du monde aux occupations sans intérêt de sa tranche d’âge), et de combattre l’obligation d’une féminité de proie.

De ce coup de dents initial qui fait comprendre à Arnaud qu’il l’a dans la peau, il aura fallu au réalisateur une extrême vigilance pour ne pas reproduire les fatigants poncifs du récit post-adolescent, auxquels le film échappe par des dialogues ciselés, et des moments de suspension entre les deux personnages qui retardent et nourrissent avec bonheur le face à face attendu, sans aucune fausse note.

adeleCela passe par le glissement progressif loin du corps des autres, qu’il soit social ou militaire, pour un instant de vérité où il faut réduire la distance entre soi et son désir, quand il apparait qu’il en va de sa survie même. Le film peut alors définitivement quitter les rivages d’une comédie amoureuse pour accéder à la dimension d’une fable générationnelle réussie, le corps n’est plus la barrière mais le rempart, cette évidence complexe qui paralyse si souvent les rapports humains.

combattants-1Madeleine peut alors s’ouvrir au désir, et Arnaud la prendre dans ses bras, pour se sauver tous les deux. Le combat n’est pas fini, mais il n’aura plus lieu entre ces deux-là. Leurs sourires illuminent autant l’écran que les visages des spectateurs, tout à leur surprise de ressentir, à l’instar des réalisations d’un Xabi Molia lui aussi originaire d’Aquitaine, combien le jeune cinéma français peut ré-inventer un enchantement intelligent et prometteur.

Et nous revient alors cette parabole livrée par le film : pour toucher fortement sa cible, il faut, apprend-on à Arnaud, fixer un point au-delà de sa première idée. Porter l’impact 30 cm plus loin que le seul objet visé. Avec ses ‘Combattants’, Thomas Cailley présente d’évidence les promesses de prochaines réalisations, déjà nourries de notre impatience et de notre confiance.

calleyFilm visible au Royal de Biarritz, et à l’Atalante de Bayonne


Commentaires

Une réponse à ‘Les combattants’, de Thomas Cailley : la (sur)vie est belle

  1. […] en septembre dernier tout le bien que l’on pensait de ce premier film signé Thomas Calley, Les Combattants, romance moderne qui détourne tous les codes du genre pour une plongée dans des lieux familiers […]

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