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« Les Suds » de Lucien Clergue au Didam Bayonne : le rouge carmin, perceptible sous le noir et blanc

10 novembre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Dans le cadre du Mois de la photographie puis jusqu’au 15 janvier 2017, 74 photographies en noir et blanc de Lucien Clergue sont exposées au Didam à Bayonne : la collection propose de parcourir du regard les « Suds » nonchalants ou exaltés près desquels l’artiste a évolué et dont il a capturé et extrait une belle et singulière matière poétique.

Lucien Clergue est une figure illustre de la photographie, connu surtout comme l’ami de Picasso, Cocteau, John Perse ou Manitas de Plata, avec qui il fait le tour du monde. Celui dont de nombreuses séries ont bousculé les codes du 8ème art a grandi près d’un quartier gitan d’Arles. Nous sommes en 1952, Lucien a 18 ans, il a reçu depuis peu un appareil photo par sa mère, qui décède cette année-là.

clergue-didam-7La plongée dans le monde photographique se nourrit de cette douleur, et il ne lui faudra attendre que deux décennies pour devenir le premier photographe membre de l’Académie des Beaux-arts de l’institut de France, et l’un des trois fondateurs des Rencontres internationales de la photographie d’Arles.

clergue-didam-5Imaginée avec l’Atelier Lucien Clergue, l’exposition présentée à Bayonne depuis quelques jours investit tout l’espace du Didam, gens du voyage, la tauromachie, le corps, la nature, pour, à chaque thème, son mur de contemplation et une possibilité de recul, appréciable pour les grands tirages exposés.

clergue-didam-6Les premiers cadres croisés proposent au regard trempé de ces derniers jours des photographies de sable vierge, corrompu par la marée ou les traces de pattes d’un oiseau.

La série est graphique, subtile, veloutée. Inspiré par les mythes grecs d’Eros et de Tanathos, le photographe retient les passages, ceux des vents et du temps, comme des mouvements de vie qui mèneraient à la mort ou bien à la naissance, dans une même atteinte de l’équilibre entre beauté et impact visuel.

De la sécheresse de cette série des « Sables » inspirée d’une Camargue natale, l’objectif passe à une humidité charnelle. Des photographies de femmes nues dans l’eau, en pleine intimité avec l’élément, muses érotiques ou maternelles, témoignent de la révolution sexuelle de l’époque. Aujourd’hui, l’audace n’est plus le ventre révélé mais la sensation volée de son jeu avec les vagues.

Quatre périodes sont exposées sur ce seul mur, notamment « Corps mémorables » dont le nu généra un scandale en 1957, et « Née de la vague », reçue passionnément par les « années 1968 ».

clergue-didam-4Ayant voué une partie de son observation à la désolation et à l’épuisement de l’énergie vitale, surtout dans la première partie de sa vie, le voyage proposé emprunte par lui les ambiances ardentes des Saintes-Maries de la mer, des oiseaux tombés du nid aux fêtes gitanes improvisées, la femme sublimée encore, au milieu.

Les visages graves et volcaniques de la tauromachie s’affichent, la puissance effondrée d’un taureau, les charognes, autant d’obscurités dont il cherche l’issue, notamment dans sa série consacrée aux gitans, ses voisins qui le fascinent et l’appellent à prendre le large.

clergue-didam-1L’ensemble peut ne pas échapper à des réactions sanguines possibles, notamment pour les clichés sur la corrida ou sur certains nus, sans distance aucune avec la chair : le travail présent de Lucien Clergue est fougueux, son lien avec l’extérieur relève de la sensation plus que de l’émotion, à laquelle on sera sensible, ou pas.

Après de nombreuses villes en France qui expose son travail depuis plusieurs années, le respect et l’admiration se mêlent aussi au sentiment d’un travail qui peut aussi avoir trouvé dans sa conception une forme datée, aux limites parfois franchies du folklorisme.

clergue-didam-3Reste cette marque brune persistante d’un photographe qui a révélé au grand jour la beauté d’un peuple gitan et sa musique dont elles marquent l’histoire : son rouge carmin est nettement perceptible au-delà du noir et blanc.

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Et comme nous courions à la promesse de nos songes, sur un très haut versant de terre rouge chargée d’offrandes et d’aumaille, et comme nous foulions la terre rouge du sacrifice, parée de pampres et d’épices, tel un front de bélier sous les crépines d’or et sous les ganses, nous avons vu monter au loin cette autre face de nos songes : la chose sainte à son étiage, la Mer, étrange, là, et qui veillait sa veille d’Etrangère — inconciliable, et singulière, et à jamais inappariée — la Mer errante prise au piège de son aberration.

John Perse / Lucien Clergue.



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