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Léviathan, d’Andrey Zviaguintsev : la rage comme sentiment universel

29 septembre 2014 > > Soyez le premier à réagir !

Vainqueur du prix du meilleur scénario à Cannes cette année, ce film dramatique réalisé par Andrey Zviaguintsev, sorti en salles depuis le 24 septembre, fonctionne sur plusieurs niveaux. À première vue, Leviathan se concentre sur le refus d’un homme têtu, Kolia, de vendre sa maison familiale, située dans un endroit de choix pour le marché de l’immobilier, près de la mer de Barents.

Mais c’est aussi un acte d’accusation dévastateur de la corruption qui imprègne tous les niveaux de la société russe, du gouvernement local à l’église orthodoxe.

leviathan-2Il est dit de Léviathan qu’il est un chef-d’œuvre. Je ne sais pas. Mais c’est un sacré acte polémique contre l’administration actuelle du Kremlin. Son attrait n’est pas seulement dans son éclat mais aussi dans son courage. Une scène montre ainsi des amis qui canardent littéralement les photos encadrées des anciens présidents de la Russie, sans les portraits récents « on n’a pas le recul historique« …

Le portrait de Poutine, lui, pend au-dessus du bureau du maire local corrompu, qui force Kolia à quitter le domicile familial afin qu’il puisse construire son propre palais sur le site. Un prêtre parle de « réveiller l’âme du peuple russe« , alors que leurs esprits gisent écrasés à ses pieds. La corruption est si endémique qu’ils ont même perdu Dieu.

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Mais malgré les apparences,  Léviathan n’est pas uniquement une attaque contre Poutine et les institutions russes.

Le film aurait été inspiré par un cas dans le Colorado. En 2004, Marvin Heemeyer, un soudeur de 52 ans – victime d’une expropriation injuste – a conduit un tank blindé dans la ville et détruit une douzaine de bâtiments municipaux avant de se suicider. Initialement, Zviaguintsev voulait raconter son histoire puis le temps a passé, l’histoire a évolué et elle s’est terminée en Russie.

Léviathan n’est finalement pas une histoire si extraordinaire. Elle rappelle entre autre le film Chute Libre (Falling Down) avec Michael Douglas. Ce sont des histoires dont on pense qu’elles ne peuvent pas se produire dans un pays démocratique. L’histoire de quelqu’un dans le désespoir. Quelqu’un qui en a marre. Que personne n’écoute. Personne ne tient compte de ce qu’il dit.

On est entre la colère, la résignation et la rage.

leviathan-3Une fois pour toutes, ce film n’est pas à propos de la Russie. Ses thèmes sont universels, son énigme éternelle.

Même ce qu’il dit sur le patriotisme, et la façon dont il peut être canalisé par les figures d’autorité à des fins horribles, l’accaparement des terres, le désespoir des hommes, tout ceci est applicable dans le monde entier.

Andrey Zviaguintsev sait ce que c’est de ne pas avoir une voix.

leviathan-1Maintenant âgé de 50 ans, il a servi dans l’armée pendant deux ans après l’école secondaire, puis a étudié le théâtre à l’université. Mais pendant une décennie, les offres de travail n’ont pas afflué.

Il a travaillé comme balayeur de rue avec pas même de quoi acheter un ticket de bus. Puis, au tournant du siècle, la chance a tourné, il a dirigé des soaps et des séries policières à la télévision.

Il était si bon qu’il a pu trouvé les fonds pour faire un drame familial venant de nulle part et prendre ainsi le Premier Prix au Festival du film de Venise en 2003 avec Le Retour. Le Bannissement (2007) et Elena (2011) ont suivi.

leviathan-2014Léviathan est son film le plus accessible à ce jour, en partie à cause de l’humour et de sa forte teneur en alcool dans son sang. Ainsi, l’idée de son personnage pour fêter un anniversaire est d’aller près d’un lac désert avec femmes et enfants, de se saouler et de sortir les fusils. Ils titubent complètement ivres, se mettant en garde les uns les autres de ne pas boire autant.

« Est-ce que tu peux conduire ? » une femme demande à son mari, alors qu’il titube, quasi paralytique, vers la porte. « Bien sûr, » répond-il. « je suis agent de la circulation. »

Alors voilà. C’est un peu ça Léviathan, quand quelque chose est tragique, il faut y ajouter de la comédie.

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