Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

L’exposition « Fondu Enchaîné » : 80 œuvres aux lumières irrésolues

5 août 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Jusqu’au 21 août, vous pouvez encore faire partie des curieux qui prendront un bain de lumière à la Villa Ducontenia à Saint-Jean-de-Luz.

L’exposition « Fondu enchainé » propose, à travers 80 œuvres d’artistes français et internationaux figurant dans la collection du Frac (Fond Régional d’Art Contemporain en Aquitaine) un parcours photographique entre ombre et lumière, de la contemplation à la submersion.

André KERTÉSZ - Martinique - 1972

André KERTÉSZ – Martinique – 1972 Collection Frac Aquitaine © RMN-GP

Impulsée par Cécile Cano de la structure indépendante Tropismes, en collaboration avec le FRAC représenté ici par Karen Tanguy et en partenariat avec la Ville de Saint-Jean-de-Luz, l’exposition « Fondu enchainé » explore les rayonnements poétiques de la lumière à travers l’art contemporain et rejoint le cycle des expositions régionales du Frac dans le prolongement de l’année de la lumière.

La photographie, banalisée par les nouvelles technologies, retrouve ici sa conquête artistique à travers les différentes périodes et esthétiques représentées. La collection du Frac donne à voir certaines œuvres incontournables, datant des années 20 à nos jours.

cecile

Tenant de son nom une belle confusion qui l’associe au mot espagnol « luz » (lumière) quand la réalité étymologique la rapproche plutôt du mot basque « lohizune » (marécages), Saint-Jean-de-Luz est une ville d’eau gorgée de contrastes, « toujours en surexposition » souligne la commissaire d’expo, Cécile Cano. « Il fallait imaginer le projet à partir de cette existence ».

C’est ainsi que l’exposition s’organise en trois sections : « Surexposition », « Révéler l’invisible » à la villa Ducontenia et dans la circulaire Rotonde, une installation immersive « Unchain my life » de Chantal Raguet, dont les métaphores en chaine bouclent naturellement un parcours  aux allures de quête irrésolue et sans âge. Le nom choisi pour l’exposition désigne un procédé cinématographique pour passer d’une image à une autre et joue ici un rôle de révélateur subtil.

jean

Jean Dieuzaide – Fatima – 1954 Collection Frac Aquitaine © Les Archives Jean Dieuzaide

« Surexposition » : au début, un coup de soleil

Cette première partie de l’exposition vise à exposer le public à la lumière. Dès le seuil, la captation sonore de Céleste Boursier-Mougenot – un doux crépitement de cheminée généré par une platine vinyle – invite le regard à se poser sur la lumière incandescente et paniquée de Nicolas Descottes, celle de la photographie d’un camion incendié dans le cadre d’exercices de pompiers au Pays Bas. Une lumière chaleureuse imaginaire s’oppose à une réalité visuelle de combustion, plus douce qu’il n’y parait. S’en suit des clichés de Claude Nori, de Jean Dieuzaide ou de Jean-Marc Lacabe, révélant la sécheresse du Sahel ou celles des dunes landaises, des paysages doux ou arides, des personnages accablés de chaleur ou plongés dans une lumière qui compose et décompose les corps.

Plus abstrait, un chapeau de paille recouvert d’or fin signé Ann Veronica Janssens nargue son rôle de faiseur d’ombres pour devenir un concentré de lumière tandis que les tissus ombrés et mis en scène d’Ulla Van Brandenburg évoquent la brulure et la mise en relief. De l’art conceptuel (défini par une idée plutôt que par une esthétique) qui nous laissera plutôt froid mais les propos passionnés de la commissaire d’exposition permettront une approche plus constructive qu’un simple refus du regard. La chaleur mène ensuite à l’évaporation, suggérée dans une œuvre au passéisme féminin exacerbé de Déborah Tuberville.

Deborah Turbeville - L’École des beaux-arts 15 janvier 1977 Collection Frac Aquitaine © Deborah Turbeville pour Marek et Associates

Deborah Turbeville – L’École des beaux-arts 15 janvier 1977 Collection Frac Aquitaine © Deborah Turbeville pour Marek et Associates

Le plus grand sourire de cette première partie provient sans doute de la vidéo d’Hervé Coqueret, intitulé « Fondu enchainé », dans laquelle une image est projetée sur un écran blanc en sucre plongé dans un aquarium. L’eau introduite dans le bocal génère la dissolution du sucre et de l’image, révélant ainsi le procédé cinématographique même. Cette première approche symboliquement effondrée, il est temps de rejoindre la seconde section de l’exposition.

ralph

Ralph Gibson – New York – 1974 Collection Frac Aquitaine © Ralph Gibson

« Révéler l’invisible » : ce que racontent les ombres

La seconde section de l’exposition explore la part d’ombre inéluctable de la lumière, qui tour à tour la poursuit, l’enfante ou la sublime, tant sur le plan artistique que philosophique. Prises sur le vif ou mises en scène, les photographies de Cindy Sherman, de Raymond Depardon, d’André Kertész secouent par leur intensité poétique sans jamais céder à l’éblouissement. Un visage de femme que découpe en deux une ombre de profil interroge les coïncidences de la lumière et la psychologie de chacun.

Plus loin, la photographie d’une maquette modelée à la main révèle un personnage onirique en pleine écriture dans sa tanière, signée Mattia Bonetti pour laquelle nous marquons une pause tant son obscurité rêveuse aspire loin le regard. Sans tout révéler, la vidéo « Interruption de lumière » de Jacques Lizène datant de 1971 clôt là encore la seconde section dans un sourire malicieux.

 

Mattia Bonetti

Mattia Bonetti

« Unchain my life » de Chantal Raguet : immersion

C’est à la Rotonde que s’achève l’exposition où réside une œuvre unique, celle d’un lustre de chaines signé Chantal Raguet. Dans la pièce ronde, ombres et lumières se déchainent pour se confondre à l’environnement et ensevelir les visiteurs de sa liberté ou de ses carcans.

Depuis l’arrivée de la photographie au 19ème siècle, l’homme ne peut restreindre son désir de capturer en vain la lumière, représenter ou matérialiser cette chose impalpable, volatile, malicieuse, toujours prête à s’éteindre. L’ombre semble poursuivre la même chimère. C’est leur baiser sans fin que propose de ressentir cette exposition assez lumineuse, tant sur le plan esthétique que ludique.

gilles

Gilles Mora – Françoise – 1982 Collection Frac Aquitaine © Gilles Mora

S’il est possible de passer « à côté » de certaines œuvres contemporaines, pour des raisons de sensibilité ou d’incompréhension, l’exposition ne perd pas pour autant ses visiteurs en route : des visites commentées sont proposées pour remédier à l’obscur et approfondir le regard. D’autres œuvres plus charnelles appellent aux émotions spontanées sans recourir forcément à l’intellect. Cet équilibre « capte » et l’émotion ressentie lors de cette intelligente exposition rejoint à son tour les clichés heureux de la mémoire.

A ne pas manquer donc.


Exposition ouverte du mercredi au dimanche de 15h à 19h30, le samedi de 10h à 12h30 et de 15h à 19h30 (entrée libre)

Quelques clés pour les néophytes avant ou après la visite :

L’allégorie de la caverne de Platon : https://fr.wikipedia.org/wiki/All%C3%A9gorie_de_la_caverne
L’art conceptuel : http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-ArtConcept/ENS-ArtConcept.htm
Le Frac Aquitaine : http://www.frac-aquitaine.net/


 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.