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‘Lignes de faille’, de Catherine Marnas : un voyage vers nos souvenirs enfouis

5 novembre 2014 > > 4 commentaires

Mercredi 5 et jeudi 6 novembre, le Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine est à Bayonne pour deux représentations de ‘Lignes de faille’, adapté du livre de Nancy Huston.

Elle est le nouveau visage du TNBA, après y avoir déposé récemment ses valises trimballées en janvier dernier, après une longue route qui l’a éloignée du Sud-est de la France. A Bordeaux, Catherine Marnas ne s’est en rien délestée de ses convictions de ce théâtre populaire et généreux qui la suivent depuis le début, ni d’une bonne partie de sa troupe, certains de ses comédiens n’ayant pas trouvé de raison valable, en vingt ans, de s’écarter de son regard sur les choses de la vie.

Pour cette saison qui s’amorce, avec plus d’une centaine de représentations inscrites du côté de l’ancien Théâtre du Port de la Lune, il n’a pas non plus été question pour elle de renoncer à ces Lignes de faille, cette adaptation impensable du livre de Nancy Huston, ses 500 pages au-dessous de son prix Femina 2006, qui donne lieu à une expérience unique, entendez par là, trop rare.

lignes-de-failles-1Quatre heures de spectacle sont donc proposées hors de ses bases bordelaises sous forme d’une saga de quatre épisodes séparés par un entracte, une expérience qui peut effrayer par sa durée, elle l’entend, mais qu’elle défend pour sa récompense finale proposée à ses spectateurs : « un véritable voyage, une pièce un peu miraculeuse, hors de nos temps hachés et pressés », confie-t-elle.

Quand elle a annoncé à ses comédiens, anciens et nouveaux, son intention de reprendre cette pièce créée il y a trois ans, « tout le monde m’a immédiatement exprimé son envie d’en être, de porter le bateau au même endroit, je les ai vus plonger là-dedans avec ravissement et confiance ».

Ses Lignes de faille recèlent d’histoires entremêlées dans tant d’autres, ses yeux se perdent dans le ciel buvard de Bayonne, elle vous raconte sa rencontre avec l’écrivaine franco-canadienne, son bonheur d’avoir vu Nancy Houston partager son émotion. Une amitié s’est tissée entre les deux femmes, qui ne peut être la seule explication au fait que cette grande écrivaine ait vu la pièce huit fois, « elle y a découvert des représentations de ses personnages, de leurs interactions, pressenties dans mon adaptation, et qu’elle n’avait pas totalement saisies de façon consciente au moment de l’écriture ».

La très forte sensibilité du matériau gigantesque à embrasser explique peut-être cette difficulté à savoir comment l’écriture peut sauver.

Les quatre volets proposés ont pour personnage central un enfant de six ans dans un décor extrêmement épuré, autour d’une table de cuisine, et dans quatre périodes écorchées de notre histoire contemporaine, « du 11 septembre 2001 et de la traque de Saddam Hussein jusqu’à l’expérience du Mal absolu de la guerre 39/45, en passant par l’expérience de civilisation d’Israël, et par les pleurs de colère devant le massacre de Sabra et Chatila ».

lignes-de-failles-2Catherine Marnas saurait expliquer ce qui, aux six ans de Nancy Huston, peut provoquer une faille émotionnelle et personnelle, « à l’âge des non-dits mais également de tout ce que l’on commence à deviner du monde des adultes, et de leurs secrets de familles ».

La concernant, elle avance l’hypothèse comme début de travail d’une feuille blanche devant elle, quand Catherine sait aussi bien que vous que ce concept n’existe pas, que pas plus les mots que les pensées ne s’y déposent sans emporter avec eux une partie de vous-même. Et que proposer un voyage dans les souvenirs enfouis de nos impuissances enfantines, même pour tenter de s’en libérer, n’a strictement rien à devoir au hasard.

Catherine-Marnas-1A quelques heures de la première des deux représentations, elle prend pourtant le temps d’une pause. Délaisse son téléphone portable qui veut la ramener au temps présent. Une cigarette, et ses yeux de nouveau plongés dans les blancheurs d’un mauvais ciel.

Elle espère assister aux mêmes émotions bouleversées, « presque familières, dans le sens très intime », que les spectateurs de Lignes de faille lui ont fait parvenir depuis leurs rangées dans les représentations précédentes.

Catherine repense à son travail en cours, une adaptation du Lorenzaccio de Musset, qu’elle espère finir pour l’automne 2005, « l’histoire d’un geste fatal pour contrarier l’histoire d’une société gangrénée par la prédominance économique, avec la vulgarité politique qui va avec ». Une pause. Et elle rajoute : « je parle bien entendu de la période de régence de Louis-Philippe, au moment où Musset a écrit cette pièce ».

Elle s’esclaffe un peu, sourit avec douceur. Replace doucement ses deux baguettes chinoises dans son chignon, ce petit geste mécanique qui ne la quitte pas depuis tant d’années, admet-elle. Ce soir et demain, elle refera exactement le même geste à 19h30, avant que ne s’écarte le rideau du théâtre de Bayonne.

Catherine-Marnas-2


lignes-de-failles-2Tous les renseignements et billetterie
sur le site de la Scène nationale Sud Aquitain


 

 

 

 

Commentaires

4 réponses à ‘Lignes de faille’, de Catherine Marnas : un voyage vers nos souvenirs enfouis

  1. Sarrade dit :

    Un morceaux de simplicité d’adaptation… une mise en scène sobre et efficace composée entre autres de fonds sonores forts accompagnant la matière proposée par le texte… des comédiens voyageurs temporels surprenants de transformations physiques et psychologiques. Bravo ! Dommage que le 4e et dernier volet ne soit pas à la hauteur des 3 premiers… un mauvais choix de distribution ?

  2. zara dit :

    ouahhhhffff! énorme !
    un voyage au centre d’une histoire familiale en 4 tableaux et en sens inverse. Bravo à la troupe !

  3. […] tous des anciens élèves du Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine, désormais dirigé par Catherine Marnas. La magie a opéré, le collectif est né il y a 4 ans à leur sortie de l’école, avec […]

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