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La Littorale d’Anglet : même incendiée, une oeuvre éphémère reste de l’art contemporain (et vice et versa)

26 août 2016 > > Soyez le premier à réagir !

A la veille de son ouverture, la Biennale d’art contemporain d’Anglet a vécu un premier épisode inattendu par la destruction d’une de ses oeuvres majeures, et posé la question des rapports tendus entre l’éphémère et la création artistique.

« Filmez ! Prenez des photos ! C’est un cas d’école ! », a lancé hier après midi Paul Ardenne, le commissaire d’expo passablement ébranlé de La Littorale, biennale d’art contemporain d’Anglet (du 26 août au 2 novembre 2016) à l’attention de journalistes autour de lui.

« Happening » bien inattendu d’une visite de presse à la veille de son vernissage, une importante fumée noire avait peu avant signalé un incident sur l’oeuvre gravement ravagée par les flammes, en l’espèce, le feu-8 minutes du couple polonais Joanna Malinowska et son compagnon CT Jasper.

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« 8 minutes » – avant

« 8 minutes » – depuis le 25 août 2016 –

Exposée dans bon nombre de grandes expositions internationales depuis 2009, les éléments de la sculpture géante de la première cosmonaute russe Valentina Tereshkova, disposée près de la plage de la Barre à Anglet, et censée représenter son corps tombé du ciel, amplifiaient ses flammes sans aucun danger pour les badauds et les pompiers sur place.

Sous-titrée If the sun gets destroyed, we will know it after 8 minutes (« si le soleil est détruit, nous le saurons après 8 minutes »), l’oeuvre semble avoir suscité bien des propos piquants et à peine mouchetés entre les organisateurs et les artistes : oeuvre réceptionnée cassée, implantation choisie posant des problèmes d’insertion de rôdeurs dans la structure de fer et de paille, dialogues-tangos sur les moyens de sécuriser l’ensemble, etc.

Le spectre pesant finalement le plus lourd dans cette histoire, au-delà d’une chaleur écrasante cette après-midi là sur la côte basque, fut celui des propos des artistes, indiquant clairement que cette oeuvre, quasiment in-transportable à son arrivée après 7 années d’expositions dans le monde, devait finir sa vie ici, à Anglet, pour la Littorale.

La présence pendant l’incendie de CT Jasper, petite caméra à la main, eut le malheur de poser une interrogation sur un « geste » possible d’une fin « spectaculaire » de l’oeuvre, dans un temps à peine plus long que les « 8 minutes » de son titre.

Joanna Malinowska devant son « 8 minutes » incendié

La question des causes réelles de cette destruction appartient aux organisateurs et aux deux intéressés, et éventuellement à leurs assureurs.

Mais elle est toute à fait différente, et essentielle, pour les spectateurs qui la découvriront quelques temps encore, avant son démontage imminent.

Création contemporaine réellement impressionnante, le fait qu’elle ait « perdu la tête » (partie en fumée) est devenue sans sa volonté express la démonstration du discours sur l’art éphémère que tenait quelques instants plus tôt le commissaire d’expo Paul Ardenne.

littorale-anglet-2016-13Toute cette biennale est portée par une réflexion sur la destruction, environnementale ou humaine(migrants), du monde qui nous entoure.

S’y trouve engagée notre conscience sur le rapport que tout un chacun peut avoir sur le monde qui l’entoure, sans protéger l’art, en particulier comme ici dans l’espace public, de la bêtise, de l’inéluctable, ou du hasard (un mégot, un effet loupe sur la structure dans une après-midi accablante de chaleur).

littorale-anglet-2016-7Ou bien brûler Rome ou le Pavillon d’Or de Mishima, pour décider de l’hara kiri d’une aventure artistique de plusieurs années, fait également partie des risques pris par la création.

C’est un paradoxe sans aucun partage de raison.

littorale-anglet-2016-15Affirmer la valeur de l’éphémère de l’art contemporain peut permettre aux artistes de choisir les conditions de disparition de l’oeuvre, potentiellement dans un geste lui-même porteur de sens artistique.

Mais également est posée sans assurances l’interrogation de la survie éphémère de l’art, quelque soit son ambition ou son projet, dans un monde qui ne l’accueille pas obligatoirement avec bienveillance (comme l’an passée des oeuvres de Paul Mc Carthy place Vendôme à Paris, ou, en permanence, par les intégristes religieux de tous les bords).

Ce jeudi 25 août 2016, à la veille de son ouverture, la Littorale a illustré par les flammes ce double questionnement artistique totalement fondamental et essentiel.

La Biennale peut donc désormais ouvrir les déambulations préparées : un regard inquiet vers les cieux s’impose devant ces rivages incertains.

« Enlisement » de Rachel Labastie, Parc Izadia

 


logo-littorale-anglet-2016Tous les artistes, l’agenda et autres renseignements sur le site de la Littorale Anglet


 


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