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Un week-end au Mai du Théâtre d’Hendaye, avec l’envie d’être nulle part ailleurs

24 mai 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Avant le défilé du FAR dans les rues de Biarritz (du 26 au 28 mai 2017) et, la semaine suivante, à Anglet, le retour des Jours Heureux (du 3 au 5 juin), il appartenait à la ville de Hendaye d’entamer le printemps traditionnel des festivals de théâtre de rue de la côte basque, avec la 33ème édition de son Mai du Théâtre, du 19 au 21 mai dernier : visite sur place, le mot « partage » en tête à chacune des propositions vues.

« Programmation plébiscitée, fréquentation en hausse, un public composé de toutes les générations, venu d’Hendaye, de la Côte, de l’intérieur et de l’autre côté de la frontière. Et, en prime, un dimanche chaud et ensoleillée. Carton plein ! », ont ainsi résumé les organisateurs du 33ème Mai du Théâtre d’Hendaye, avec un rendez-vous désormais fixé depuis deux ans autour du fronton Gastelu Zahar de la ville.

L’ambiance se confirme dès le samedi dans la déambulation qui y a été proposée, le Village se réveille, quelques nuages flottent, les enfants commencent à expérimenter les jeux malins et grand format de la Cie Katakrak et passent de l’un à l’autre avec enthousiasme. Les visages se maquillent, bientôt les mystérieuses coiffures de Christophe Pavia donneront un air de fête aux cheveux enfantins.

En début d’après-midi, ce samedi-là, les corps des danseurs de Doos Colectivo, d’une grande souplesse, se touchent et se fuient sur le parquet de bois, corps d’autant plus exposés qu’ils évoluent à l’air libre, sur fond de verdure. La fougue, l’excès de leur El fin de las cosas contrastent avec la douceur de l’air.

Derrière les spectateurs, la musique de l’accordéon résonne et quand le spectacle se termine, le public se déplace légèrement pour chalouper au rythme des Rustines de l’ange, étonnant groupe d’accordéonistes qui passe d’un registre musical à l’autre.

En début de soirée, au crépuscule, c’est à un bal sous les nuages du Village des enfants que le public est convié à la fin de l’ultime représentation de « Ca va valser ». Il est de ces petits moments volés au temps, au Mai du théâtre, qui créent un accord, un partage simple.

Au festival, la circulation est libre entre les spectacles sur les différents sites, dans le Village des enfants et la buvette tenue par les associations. Ceux qui s’en réjouissent le plus sont sans doute les enfants qui butinent, avides, entre jeux et spectacles, curieux, impatients.

Pour les plus grands, les spectacles se succèdent et il est possible de tout voir, sans se faire de nœuds au cerveau au moment d’un hypothétique choix.

Les spectacles de rue présentés (théâtre, danse, cirque, spectacle musical) ont parfois utilisé des « trucs » un peu attendus, comme l’incursion des acteurs dans le public ou la venue de spectateurs sur scène : sans beaucoup de surprise (mais avec succès) par la Cie Bruitquicourt dans The king of the kingdom, avec brio dans Ma vie de grenier avec l’étonnant Stéphane Filloque.

Dans Ma vie de grenier, très belle surprise du festival, joué sous chapiteau, la vraie fausse spectatrice « prise en otage » par Gaëtan Lecroteux est à l’image du spectacle : une sorte de perfection de l’interprétation et de la mise en scène où tout est réglé au millimètre près et où pourtant la vérité de l’instant est intacte.

Imaginez un homme, mélange des burlesques du cinéma muet et de Pierre Richard, un maladroit incorrigible à la dentition pas très avantageuse : cet homme, Gaëtan, prépare un vide grenier et bien sûr les objets lui échappent, il se cogne, tout tombe, ça en devient un poil crispant. Et puis cet homme se met à parler, à analyser l’histoire de Boucle d’or dont il a une dizaine de versions à vendre, tente d’utiliser des mots compliqués qu’il n’arrive pas à prononcer et qu’il déforme. C’est un homme empêché, pour qui le quotidien est parsemé d’embûches.

Le personnage, en racontant tous ses ratages, devient de plus en plus sympathique et attachant. Le pur burlesque du début se colore de teintes plus mélancoliques, le portrait s’approfondit. On ressort de là avec l’impression d’avoir été emmené par le comédien exactement là où il voulait aller. Il change notre regard, le rend plus empathique. Du grand art.

Grand art aussi dans un genre totalement différent, celui des funambules du cirque Rouages qui, avec leur spectacle Sodade, créent du merveilleux, une harmonie aérienne à couper le souffle.

Les quatre acrobates, en douceur et sans esbroufe, glissent sur des fils actionnés par deux grandes roues. Souriant, comme si tout ce qu’ils faisaient était facile et évident, ces artistes-là subjuguent. Il est question de voyage, de départ, de transformation. Une merveille.

Les quatre funambules sont accompagnés pendant tout le spectacle par un contrebassiste et une chanteuse qui font littéralement corps avec eux. La chanteuse passe d’un style à l’autre, d’une langue à l’autre, on voyage, effectivement. Visuellement très beau, ce spectacle parvient à jumeler prouesse physique et poésie. Un grand moment, au fronton d’Hendaye, alors que la nuit est tombée, et que le ciel porte cette sodade enivrante.

Autre style, autre ton, autre esthétique, Electre par Humani Théâtre ou une tragédie antique jouée en déambulation par une équipe de comédiens puissants lorsqu’ils fendent la foule de leurs mouvements chorégraphiés et élégants.

Ce qui frappe, c’est le jeu des acteurs exposés sans filet. Pari réussi pour cette compagnie qui parvient à porter le cœur de la pièce – les déchirements des personnages – et la présence d’un chœur antique et moderne à la fois, sur une musique électronique inattendue ou des chants en occitan. Avec de magnifiques effets de perspective, la mise en scène très chorégraphiée éclaire la grandeur classique du texte et la fureur des sentiments.

Sous le préau de l’école, deux pièces de théâtre jouées avec un minimum de décor ont également donné une place de choix au jeu d’acteurs, Mon prof est un troll par le Collectif Os’o et Azken Itzulia par le Théâtre des Chimères.

Les deux comédiens du collectif Os’o ont fait se tordre  de rire les enfants présents, avec leur histoire de troll qui martyrise une école entière. Un sens aigu du rythme a permis aux comédiens d’alterner jeu et récit, en interprétant à tour de rôle tous les personnages, par un vrai tour de force.

Dans Azken Itzulia (Dernier rayon en basque), qui traite de manière poétique et humoristique de la transmission grâce au vélo, nul ne pourra oublier la vision du jeune homme roux naissant d’un tunnel et certaines accélérations cyclistes, jouées devant nos yeux au son d’un accordéon.

Plein d’images et d’imaginaire, le spectacle résonne de noms de coureurs cyclistes et de cols du tour de France, ça accélère, ça ralentit, ça pédale, et surtout, ça partage.

Cela pourrait être le mot qui résume le Mai du théâtre 2017 : le partage. De découvertes artistiques et d’émotions, avec le plaisir d’être là et nulle part ailleurs.

Tango Sumo, « Les Achilles »


 


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