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‘Le présent infini s’arrête’, de Mary Dorsan : l’ombre sur les âmes fragiles qui ont trop vu et vécu

27 août 2015 > > 3 commentaires

La semaine prochaine Eklektika se fera un plaisir de vous parler de la rentrée littéraire en détail. Quelques titres à lire, d’autres à éviter, les coups de cœur et les coups de gueule. Mais avant d’entamer la saison, voici un livre coup de cœur – coup au cœur.

Celui de Mary Dorsan, Le présent infini s’arrête, publié chez Pol.

Parfois, bêtement, la folie fascine. On la pare d’un voile romantique doublé d’ignorance; les fous comme des sages qui auraient compris l’absurdité du monde qui nous entoure. Les délires comme des paroles de vérité face à la violence et le chaos.

Or la folie n’a rien de beau. Et Mary Dorsan s’emploie avec talent à rendre haute définition les vies floutées de Thierry, Romuald, Aurélie et les autres.

mary-dorsan-livreAvec la plongée totale dans le quotidien d’un appartement thérapeutique qui accueille des jeunes « carencés », des exclus et en rupture avec un semblant de vie « normale », cette soignante nous met face à nos peurs et dénis.la folie n’a rien de beau.

Elle est mauvaise odeur, crasse et graisse. Elle est une réalité difficilement supportable, que l’on ignore quand on la croise dans les rues et encore plus quand elle est cachée derrière les murs des centres psychiatriques.

La folie est la tentation ultime, ce fil du rasoir, la manifestation d’une souffrance telle, que la camisole chimique offre la presque seule alternative.

Et pour les laboratoires pharmaceutiques de se frotter les mains, un cachet ou une injection comme le moyen d’endormir les symptômes, isoler ceux qui souffrent et permettre aux autres, ceux qui vont bien, d’ignorer ce qui dérange.

Un cachet, une injection pour taire ce qui fait peur, cette réalité puante.

Mary Dorsan met la lumière sur celles et ceux qui n’ont presque plus la force de vivre et sur ceux qui les accompagnent et s’occupent d’eux.

Parce qu’il existe des alternatives à la pression des gaveurs chimiques : la parole et surtout l’écoute, parce que l’humain est fait de deux oreilles pour une bouche.

Face à l’insupportable, dur et cruel. Elle dit tout et touche au cœur de ceux qui préfèrent ignorer, regarder ailleurs et parfois même condamner.

Thierry réfléchit avec ses intestins. Il parle avec ses boyaux. Il insiste avec son sang. Il souligne avec du mucus.
Il y a la souffrance par paquets, la douleur par giclure, la tristesse par lissage. C’est la fresque de sa folie dans les toilettes. Il crie avec sa crotte.
Et c’est plus supportable que ses insultes, ses hurlements, ses rots, ses pets, ses crachats, sa violence, ses attaques, ses provocations. Il casse tout dans sa chambre quand les infirmières et les éducateurs lui disent non. Pour un verre de jus d’orange. Pour une cigarette.

C’est un roman-récit factuel.

Pas de longues phrases pour rendre belle une vérité horrible. Pas d’images pour faire rêver.

La folie n’est ni magnifique ni souhaitable. Elle n’est ni artistique ni désirée.

Elle est l’ombre terrifiante des âmes fragiles qui ont trop vu et vécu.

Elle est la manifestation des défaillances humaines. Elle se voit sur les visages marqués, les corps transformés et grossis, les cicatrices à vif, et dans les mots.

Avec ce premier roman réussi, la folie est l’ennemi combattu avec courage, patience, amour, bouleversement et dévouement par les soignants et les soignés. Mary Dorsan remet la réalité à sa place et le lecteur avec.

Ici pas de vie rêvée.


mary-dorsan-livreLe présent infini s’arrête, de Mary Dorsan
Edité chez POL, sorti le 20 août 2015
Prix : 24,90 €


 


Commentaires

3 réponses à ‘Le présent infini s’arrête’, de Mary Dorsan : l’ombre sur les âmes fragiles qui ont trop vu et vécu

  1. Hugo dit :

    « il existe des alternatives à la pression des gaveurs chimiques : la parole et surtout l’écoute, parce que l’humain est fait de deux oreilles pour une bouche. » Très bien écrit!

    C’est un livre qui semble faire l’unanimité malgré le sujet plus que difficile. Une critique qui donne envie de le lire sans attendre la version poche. Merci

  2. barlier dit :

    Personnellement, j’ai trouvé que le début était bien, puis on se demande où cela nous mène…. trop long à mon gout…
    Même si cela n’enlève rien à ce témoignage, la dureté des rapports avec des jeunes éclatés, la vraie vie dans les services psy, les odeurs, les cris, le bruit… tout ça est poignant, mais le livre est mal construit.

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