Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

‘Merci la vie’ à Biarritz, et Emmanuel Noblet : ce qui aurait pu nous priver d’une « belle histoire de ce métier »

1 février 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Du 5 au 7 février cette semaine aura lieu la première édition du festival « Merci la vie ! », un crowfunding cherche à pallier la défection du politique mais dévoile l’envie absolue de ses organisateurs de nous faire rencontrer ceux qui, comme le comédien et metteur en scène Emmanuel Noblet, viennent avec « une belle histoire de ce métier ».

« Je raconte tout ça parce que c’est une belle histoire de ce métier, fait de hauts et de bas comme on sait, où le pire, comme le meilleur, n’est jamais certain ». Ces mots sont d’Emmanuel Noblet, qui sera du 5 au 7 février prochain le grand invité de la première édition du festival Merci la vie !, déjà indispensable pour l’envie qu’il a su faire partager.

merci-la-vie-biarritz-7Le vendredi 5 février, c’est sa mise en scène de la lecture musicale Et vivre était sublime qui sera accueillie, avec Nicolas Rey et Mathieu Saïkaly, avant que, les 6 et 7 février, ce comédien et metteur en scène soit seul sur scène au Colisée de Biarritz pour y jouer son adaptation de Réparer les Vivants, best-seller de Maylis de Kerangal sorti en 2014.

Il interprète tous les personnages, des parents engourdis de Simon, 19 ans, au médecin urgentiste essoufflé qui veille le corps, en passant par le personnel hospitalier qui se relaye au chevet de sa dépouille avant la greffe : son monologue extrêmement applaudi désormais aurait pu, comme tant d’autres créations, ne jamais voir le jour, ou être seulement accompagné de quelques lueurs encourageantes, mais insuffisantes.

L’initiative du festival, porté par la toute jeune association Les Petits Plaisirs autour de sa réserve principale d’enthousiasme, Cathie Simon Loudette, est déjà en soi une première volonté de se jeter à l’eau, quand cette proposition se fait dans un cadre d’urgence émotionnelle et lucide, via un autofinancement et un crowfunding via Proarti à même de pallier aux coups de frein des élus et services de Biarritz qui auraient pu l’aider.

« Si je suis fière de permettre que Réparer les Vivants vienne à Biarritz, j’aurais honte si les salles n’étaient pas pleines comme elles l’ont été à Avignon durant 3 semaines, à Rouen durant 10 jours, au Havre …. Je serais déçue de ne pas avoir su transmettre la nécessité absolue de venir voir ce spectacle. Nous affichons, nous collons, nous distribuons, nous parlons », écrivait Cathie Simon-Loudette le 24 janvier dernier sur sa page Facebook.

merci-la-vie-biarritz-1En rappelant au préalable combien cet attachement n’avait pas attendu la belle volée de coups de coeur qu’allait récolter cette adaptation au Festival off d’Avignon en juillet 2015

« Le monologue tendu adapté du livre de Maylis de Kerangal secoue le off et fait salle comble /…/  Ce seul en scène polyphonique restitue l’intelligence clinique du texte, sans céder au suspense complaisant », écrit Libé ; « Réparer les vivants émeut aux larmes dans le « off » d’Avignon », s’enflamme l’Express.

La réponse lue d’Emmanuel Noblet sur la page Facebook des Petits Plaisirs explicite le pourquoi de cet autoportrait de surfeur, là haut, dans le froid de l’incertitude, au moment où se jeter à l’eau vous oblige à mesurer le poids de chacun de vos pas en avant.

merci-la-vie-biarritz-4Ses mots ne portent que le combat ordinaire d’un homme de théâtre, le quotidien de celui qui souhaite mais se confronte à un horizon de barbelés délimité par un possible si difficile à appréhender.

« Je le raconte parce qu’on a besoin d’espérer et de tenir bon, et que ça réchauffe de savoir qu’après bien des batailles, ce qui nous importe finit par exister… »

Ses mots portent aussi la belle force de ce qui nous arrive face à la scène, avec ce froid dans le dos après le spectacle, quand est considéré tout ce qui aurait pu nous empêcher d’en être les spectateurs.

Bonne lecture, et bonne chance au festival « Merci la Vie »


« Je raconte tout ça parce que c’est une belle histoire de ce métier »

merci-la-vie-noblet-6« Le 1er janvier 2015, Aglaé Bory prenait cette photo. C’était il y a un an, on était dans la Manche, ça tombait bien, l’histoire commence dans cette eau froide en hiver. Et la manche -attention mauvais jeu de mot- c’est un peu ce que j’essayais de faire depuis un an déjà à la recherche d’une production pour mon spectacle.

Pour la 1ère fois en quinze ans de métier je n’avais pas de boulot, une longue traversée du désert, je perdais mes allocations chômage, je voyais mon bébé grandir et les semaines passer sans que personne ne pense à m’embaucher. Alors je m’accrochais à ce projet personnel : monter au théâtre le roman « Réparer les vivants » paru un an plus tôt.

Mon adaptation avait obtenu l’accord de l’auteure mais un concurrent avait payé une exclusivité pour m’empêcher de jouer en région parisienne, Avignon était six mois plus tard, il fallait trouver des dizaines de milliers d’euros rien que pour y louer un théâtre, se loger, et autant que possible financer la création du spectacle au préalable…

Je raconte tout ça parce que c’est une belle histoire de ce métier, fait de hauts et de bas comme on sait, où le pire, comme le meilleur, n’est jamais certain.

Donc j’avais pas de boulot, mais fière allure puisqu’au même moment sortait au cinéma un film où j’avais tourné une séquence en smoking avec Fanny Ardant… Les paradoxes de ce métier.

Et j’avais des amis. Des acteurs, actrices, qui me donnèrent leur voix, mes partenaires en scène : Constance Dollé, Stéphane Facco, Alix Poisson, Olivier Saladin, Hélène Viviès. J’avais Benjamin Guillard, venu m’offrir son oeil dès les premières répétitions à Vire où j’avais donné des ateliers-théâtre, Sébastien Trouvé pour le son et Thierry Vareille pour la vidéo, prêts à travailler gratuitement aussi en attendant des jours meilleurs.

Des jours meilleurs, Thierry n’en a pas connu beaucoup, juste des vacances au ski en amoureux et puis une chute, l’AVC, et quand je présente le projet à la Maison de la Poésie le 3 mars, il n’est plus là pour faire la lumière.

Le quartier est plongé dans le noir ce jour-là, panne de courant toute la journée. Logique. A 20h08 la lumière revient et je vais lire cette histoire qui parle de ce qu’il vit, lui qui donne ses organes au même moment.

La salle est pleine et émue. Le lendemain, elle est vide.

Aucun directeur de théâtre n’a répondu présent à l’invitation professionnelle de 15h, aucun de ceux qui voudront prendre le spectacle à la rentrée suivante.

merci-la-vie-noblet-1Car entre-temps, le coup de poker aura marché: un théâtre d’Avignon à qui je prétendais pouvoir louer la salle (12 000 € pour 2 heures par jour pendant le festival) choisit de me programmer, et Philippe Chamaux avec l’équipe de David Bobée au CDN de Rouen décide de m’aider.

On fait avec les plannings de chacun, Arno, Cristián, Johan nous rejoignent, on finit par trouver une salle au mois de mai grâce à Véronique Alamichel, trop peu de temps mais on s’y jette.

La technique nous accapare, en juin je me dis dit qu’il faut annuler, renvoyer les affiches, ce ne sera jamais prêt.

Mathieu n’a que quelques heures pour reprendre la régie d’Avignon et à la 1ère c’est pas encore prêt mais l’auteure est dans la salle, pile en face au milieu, et je découvre ce que signifie « seul en scène ».

A la fin je me souviens qu’elle se lève pour applaudir.

merci-la-vie-noblet-5A la deuxième, je ne connais pas Joëlle Gayot ni Vincent Josse mais ils sont là et ils en parlent immédiatement, Thierry Fiorile aussi, les journaux, et ensuite on refuse du monde à l’entrée et une tournée de plus de 150 dates s’organise.

Je raconte tout ça parce que c’est une belle histoire.

Parce qu’il y a un an rien n’existait, ça n’était qu’une photo froide et un projet, et que dans quelques jours cette photo fera l’affiche de plusieurs théâtres dans des îles où l’eau est chaude.

Je le raconte parce qu’on a besoin d’espérer et de tenir bon, et que ça réchauffe de savoir qu’après bien des batailles, ce qui nous importe finit par exister, et qu’en surfant bien, la Manche rejoint l’Océan Indien.

Je raconte tout ça parce qu’après une année terrifiante, on a besoin de savoir que parfois les voeux s’accomplissent.

Alors en cette période où on s’en envoie plein, amis du métier et amis alentour, j’emprunte les mots de Jacques Brel pour vous la souhaiter très belle cette année 2016 !!! « Ayez des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns ! »

merci-la-vie-noblet-2


 


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.