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« Moi, Daniel Blake » : Papy Ken Loach fait de la ré-insistance (et signe son plus mauvais film)

27 octobre 2016 > > 2 commentaires

Film benêt à force d’insistance, oeuvre anodine à en devenir gênante pour l’affection que l’on porte à Ken Loach, le concert de louanges dithyrambiques dans la presse sur Moi Daniel Blake, Palme d’or 2016, passe de suspect à hypocrite, ce sentiment commode de visiteurs dans une pension de vieux qui font sembler de vous écouter en regardant leur montre et repartent en vous disant que vous avez une mine superbe.

Vingt cinq longs métrages de fiction au compteur, à répartir dans une vie chargée d’engagements cinématographiques pour ce réalisateur anglais octogénaire, désormais associé à deux Palmes d’Or, après, il y a 10 ans, Le vent se lève

loach-daniel-blake-5Il faut prendre de le temps de ressentir ces points de suspension, au dessus, pour s’interroger sur ce qui a bien pu arriver à Papy Kenny pour avoir réalisé avec celui-ci son plus mauvais film à ce jour.

Systématiquement en retard sur le spectateur, mollement radotant, le tableau de l’injustice sociale frappant ce menuisier sexagénaire possède tous les ingrédients habituels du cinéma social de son auteur (empathie avec le personnage, déclin inéluctable, intervention des petites gens contre l’injustice), sauf que rien n’atteint jamais la possibilité d’en tirer une émotion collective, qui serait porteuse de l’universalité de ce désarroi.

A la différence  des grandes oeuvres de Ken Loach, où il explosait les absurdités du système social anglais (Lady Bird, Looks and smiles) ou resserrait les rangs des opprimés (Riff Raff, Raining Stones, My Name is Joe), Moi Daniel Blake a les tristes ingrédients d’un plaquage systématique des propres bondieuseries (de gauche) du réalisateur, où, cette fois-ci, rien ne tient,

loach-daniel-blake-6Les « méchants » du Pôle Emploi se figent au-delà de la caricature, refusant d’aider l’homme à remplir sa  demande d’allocation par internet (ce qui occasionne 4 séquences du film et près de 15 minutes au total), et les gentils (Katie et sa petite famille sociologiquement « signifiante ») sont tous également figés dans des postures simplistes, impuissantes à soulever de l’émotion, un Prix général d’interprétation catastrophique pouvant expliquer aussi cela.

Papy Loach le répète, le monde est bad bad bad, you know, mais l’exemple choisi ne vole pas au-dessus de l’anecdote à oublier immédiatement après être sorti de la salle, il ne suffit donc pas de le répéter en boucle pour lui donner la puissance souhaitée.

loach-daniel-blake-4Incapable de trouver ce rythme précipitant ses personnages dans l’abime, et garder sa Loach touch, le film bascule à sa moitié dans une dramaturgie de canevas fané, où l’on se demande comment le réalisateur anglais et son scénariste acolyte historique Paul Laverty ont bien pu imaginer qu’elle irait droit dans nos coeurs.

La fin est à hurler de consternation, n’éclairant finalement que l’entêtement de Loach de croire que porter la « révolte » à l’écran se propagera dans le monde., come on, Ken, you’re so nice.

palmares-cannes-2016-uneEn lui remettant cette seconde Palme, le Festival de Cannes s’est également auto-parodié, de façon gênante, comme il l’avait déjà fait l’an passé avec la très faible fable sociale La loi du marché, de Stéphane Brizé (2015).

Depuis son siège de juré entre champagne et caviar, primer un film portant sur les petites vies entre mauvaise bière et tranche de pain de mie semble avoir des vertus de purge morale, un peu comme ces poireaux vinaigrette mangés le lendemain d’un Réveillon trop chargé.


 


Commentaires

2 réponses à « Moi, Daniel Blake » : Papy Ken Loach fait de la ré-insistance (et signe son plus mauvais film)

  1. Bozzi-Hobden Sylvie dit :

    Bizarre cette critique.Je ne suis d’accord avec aucune des remarques si ce n’est que ,en effet ,ce n’est pas son meilleur film mais tout de même vibrant et réaliste.
    Allez donc vous promener dans le nord de l’Angleterre et interrogez les personnes qui ressortent des agences pour l’emploi démantelées et semi-privatisées par Margaret Thatcher et tous ses successeurs ..Vous y rencontrerez de nombreux Daniel Blake…

    • Bonjour, Sylvie

      la question n’est pas de dire qu’il a « inventé » ce récit de classe, bien présent là-bas, ici aussi bien entendu.
      Mais le marteau pour enfoncer le clou par la porte ouverte est très loin de valoir The Navigators, Riff raff, Raining Stones ou autres films… Je n’ai pas trouvé de film plus raté que celui ci dans sa filmographie, après avoir beaucoup cherché.

      Désolant de voir à quel point aussi Ken Loach s’enferre à nier le corps des assistances sociales qui existent toujours dans son pays, et pour qui ce film qui n’en parle à aucune seconde doit être perçu comme bien insultant.

      Mais merci pour votre commentaire,
      discussions ouvertes,

      bien à vous.

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