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‘Monsieur de Pourceaugnac’ à Bilbao : le Biarrot Daniel San Pedro (trop) loin de ses terres

20 janvier 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Le comédien biarrot Daniel San Pedro s’est produit à Bilbao le week-end dernier, dans ‘Monsieur de Pourceaugnac’ de Molière et Lully, un succès là-bas qui interroge sur son absence ici, sur ses terres.

Eklektika a rencontré l’artiste au lendemain de la première des deux représentations, avant que la troupe ne poursuive sa tournée en direction de Madrid.

Pourceaugnac-SanPedro-3Fils d’émigrés espagnols, Daniel San Pedro a grandi à Biarritz.

Élevé bilingue, il a fait ses premiers pas théâtraux au Théâtre du Versant, se forme au Conservatoire National de Madrid et poursuit une belle carrière à Paris.

Depuis 2010, il co-dirige avec Clément Hervieu-Léger, sociétaire de la Comédie Française, la compagnie des Petits Champs, basée à Beaumontel (Eure), accueillant aussi des résidences de création.

Et la compagnie a le vent en poupe. Cinq ans après, le bilan est « incroyable ».

Leurs créations ont récolté des succès précieux et tournent beaucoup, que ça soit en France ou dans le monde, que ça soit dans les grandes salles ou dans de petits villages, alors que les nouveaux projets qui sont en cours de préparation (Clément Hervieu-Léger va monter « Le Pays lointain » de Jean-Luc Lagarce) et une convention avec le Ministère de la Culture augurent d’un bel avenir.

Il n’a aucune intention d’y aller par des chemins détournées : être comédien c’est « le plus beau métier du monde ».

« C’est un travail magnifique, parce que c’est un travail de groupe », ajoute-t-il, « où il faut trouver une alchimie pour que tout fonctionne correctement avec tant de personnes impliquées. Et quand ça marche bien, « c’est très heureux », ce qui est le cas de Daniel. En plus, « c’est un métier où rien n’est jamais acquis (…) et où tu essaies d’avancer, de ne jamais faire la même chose (…) et d’apprendre beaucoup en fonction des autres », souligne-t-il.

Comédien, il est aussi metteur en scène, une nouvelle corde à son arc à même de modifier son rapport au quotidien, comme lors de sa visite au Musée Guggenheim, où il a vu dans les sculptures de Serra (La Matière du temps) « un décor magnifique ».

Jusqu’à présent, il a mis en scène, par exemple, Yerma et Noces de Sang de Federico García Lorca, un auteur qu’il adore et qu’il a monté sur scène en montrant son universalité, c’est à dire en évitant les clichés andalous qui ont dominé les mises en scène de Lorca en France.

La plus récente création à laquelle il participe en tant que comédien est donc ce Monsieur de Pourceaugnac, comédie-ballet de Molière et de Lully, mise en scène par Clément Hervieu-Léger et réalisée en partenariat avec Les Arts Florissants sous la direction de William Christie.

Pourceaugnac-SanPedro-1Après la première à Caen la mi-décembre et des représentations à l’Opéra Royal de Versailles et au Grand Théâtre d’Aix-en-Provence, la troupe a traversé les Pyrénées pour présenter l’oeuvre à Bilbao et à Madrid, deux villes où William Christie et Les Arts Florissants comptent depuis plusieurs années sur un public aussi fidèle qu’enthousiaste.

Monsieur de Pourceaugnac, c’est l’histoire de Julie (Juliette Léger) qui est promise en mariage à Monsieur de Pourceaugnac (Gilles Privat), un notable de Limoges, alors qu’elle est amoureuse d’Eraste (Guillaume Ravoire).

Quand le Limougeaud monte à Paris, il est aussitôt la proie du Napolitain Sbrigani (Daniel San-Pedro) et Nérine (Clémence Boué), gens d’intrigue payés par l’amant de la belle pour empêche ce mariage arrangé. Une descente aux enfers qui conduira Pourceaugnac à ne plus savoir lui-même qui il est et à fuir Paris, travesti en femme.

Pourceaugnac-SanPedro-4En voulant éviter l’esthétique baroque, le metteur en scène a rapproché la pièce le plus possible de notre époque, en transposant l’histoire dans les années 1950, quand la différence entre Paris et la province est encore fortement marquée et quand de nombreux immigrés italiens s’installent dans la capitale.

Selon Clément Hervieu-Léger, la pièce est toujours d’actualité.

« Encore aujourd’hui, cette pièce nous parle très fortement, comme toute l’œuvre de Molière d’ailleurs. Elle nous est familière car elle y est question de “l’autre” : Monsieur de Pourceaugnac, sous prétexte qu’il arrive de Limoges, devient l’homme à abattre ; Julie n’a pas envie de l’épouser et on peut le comprendre, mais la façon dont un groupe de personnes se met en action et traite ce bourgeois provincial en véritable gibier, est totalement d’actualité. Tout cela touche au vivre ensemble et à la façon dont on considère parfois l’étranger comme quelqu’un de mauvais, sans même le connaître. Ces questions sont, malheureusement, on ne peut plus dans l’air du temps… ».

Pourceaugnac-SanPedro-7Dans cette pièce qui combine théâtre, musique et danse, “la musique ne joue pas un simple rôle d’ornement, mais fait intrinsèquement partie de la dramaturgie”, explique Clément Hervieu-Léger. Les musiciens des Arts Florissants se trouvent sur scène comme s’ils participaient à l’action et aux intrigues montées par Sbrigani et sa bande.

Au même niveau d’excellence d’un Gilles Privat, qui a livré une magnifique interprétation dans le rôle de Pourceaugnac, Daniel San Pedro a parfaitement incarné le rôle de Sbrigani et son idée de remplacer le déguisement d’un marchand flamand par celui d’un torero andalou a été extrêmement bien accueillie : l’accent et les gestes avec lesquels il a interprété le Sevillano étaient impeccables.

À Bilbao, le théâtre Arriaga s’est rempli et le public a été ravi.

Pourceaugnac-SanPedro-6Pourtant, la plupart des spectateurs avait les yeux rivés sur le sur-titrage (en basque et en espagnol) pour comprendre la partie théâtrale (en langue française), qui domine largement sur la partie musicale.

Pas toujours évident de rentrer dans le comique d’un texte de Molière à travers le sur-titrage, le public a tout de même ri de bon coeur, « mais pas autant que dans les salles françaises », précise Daniel San-Pedro, se disant très content des réactions des spectateurs à Bilbao.

La pièce sera ce week-end pendant trois jours à l’affiche à Madrid, avant de revenir en France pour continuer la tournée.

Il n’est pas question de s’en cacher : Daniel San Pedro adorerait jouer à Biarritz, dans ce Pays Basque, auquel l’unit « un lien très fort ».

« Dès que je ne bosse pas, j’y suis (…). J’en ai besoin, de plus en plus »,  nous a-t-il confié.

Selon lui, le Pays basque nord offre de nombreuses possibilités pour le théâtre, « il y a de belles salles » à Bayonne, Anglet et Biarritz », estime-t-il, « mais le problème c’est le manque d’interlocuteurs. On ne comprend pas trop la politique de programmation, c’est difficile d’avoir un interlocuteur, d’avoir des liens, des rendez-vous, d’avoir un contact avec eux”, regrette-t-il.

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