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‘Ne m’abandonne pas’ de Durringer : France 2 (mal)traite le départ des jeunes vers le jihad syrien

2 février 2016 > > Soyez le premier à réagir !

L’obligation ressentie par France Télévision de produire une fiction sur le départ des jeunes vers la Syrie, « Ne m’abandonne pas » de Xavier Durringer sur France 2 le mercredi 3 février, accouche d’une souris larmoyante, portant l’enfermement des jeunes comme la meilleure solution de les protéger d’eux-mêmes.

Lorsque Kipling terminait ses conseils par « Tu seras un homme, mon fils », c’était d’autres armes et autrement plus puissantes qu’il lui offrait que celles que choisissent aujourd’hui ces 16.000 jeunes du monde entier parti rejoindre le jihad en Syrie depuis 2008.

La France n’y échappe pas, « les Rois et la gloire » de Kipling portent barbe et kalachnikov, lancés dans une orbite de violences et remarquablement redoutables sur le net pour attirer des adolescents majoritairement frappés de malaise identitaire.

Leurs discours salafistes « enthousiasment » pour ce qu’ils semblent résoudre le dilemme identitaire, désignent des ennemis et confèrent une impression de supériorité.

Les moyens militaires ont montré leurs limites, et c’est par le biais de la fiction que France 2 entreprend de porter sa conception du service public, en programmant ce mercredi 3 février la fiction Ne m’abandonne pas de Xavier Durringer, dans le cadre d’une soirée thématique sur les jeunes en partance pour la Syrie.

durringer-abandonne-pas-1Présenté au Fipa Biarritz il y a quelques jours, le film raconte l’histoire de Chama, 17 ans. Cette jeune fille brillante, admise, à Science Po fait la fierté de ses parents. Mais elle se marie via internet, à leur insu, avec un garçon converti à l’islam radical et projette de le rejoindre en Syrie. Le monde s’écroule pour les parents qui n’ont pas vu leur fille se transformer juste à côté d’eux en très peu de temps.

Ecrite entre les attaques contre Charlie Hebdo et ceux du 13 novembre 2015 à Paris, la fiction ne dépasse pas le cadre contrôlé d’un regard en mode expérimentation et boites de Petri.

L’actualité a délivré le climax de la tragédie, les deux scénaristes Aude Marcle et Françoise Charpiat ont dessiné les deux mamelles habituelles du petit écran : l’informationnel (nourri du travail des associations de désembrigandage) et un besoin compulsif, très France Télévision, de coller au train du cyclone par le seul langage de l’émotion.

Il faut expliciter la faille de l’humain par la blessure originelle, la traquer dans un amour de jeunesse aveugle et dans celui de l’amour familial, pas assez exprimé.

durringer-abandonne-pas-4Le noyau douteux du film use alors du sentimentalisme comme d’un violon, d’une simplification du monde, et de la proposition orwelienne d’enfermer les jeunes pour les prémunir d’eux-mêmes.

Rien ne saurait alors être dévoilé de l’abandon rance qui hante les nuits d’une partie de la jeunesse préférant troquer le romantisme de mai 1968 de leurs vieux par le choix d’une vie de merde et de sang à verser, dont le sien, éventuellement.

Le sort de la jeune Chama pourrait être celui du récit d’une fille envoutée par le diable, par l’anorexie tragique, ou par l’héroïne : France 2 distille un message ému de la liberté et de l’espoir par l’obligation initiale de l’en priver.

fipa-biarritz-2016-11Après une heure et demie, rien ne dépassera, la maladie est passée au bistouri du même mal que son personnage principal : il vous est conseillé de regarder un peu l’historique de navigation de vos enfants quand ils s’absentent.

Le monde peut s’effondrer par la rupture de dialogue avec cette jeunesse, mais ce mercredi soir, les parents auront leur dose de peur (mal)traitée, et des idées simples à échanger au café du coin.

Rien n’est exprimé sur la raison pour laquelle ces jeunes ressentent l’enthousiasme de la mort. Ni ne plongera sur leurs avenirs considérés comme bouchés, probablement sans l’espérance recherchée qu’ils refusent de voir uniquement reliée à une réussite sociale.

Pas plus que ne sera évoquée la lâcheté des politiques qui laissent tomber le travail en amont du dialogue et de la culture s’ils ne peuvent la contrôler au préalable.

Ne m’abandonne pas est en phase avec le traitement dictatorial de l’actualité par l’émotion et révèle sa frilosité à aborder plus frontalement les sujets sur le petit écran.

Ce mercredi soir, ceux qui porte cette envie tragique de partir ne pourront s’empêcher de sourire.


Made in France de Nicolas Boukhrief, ce film que vous ne verrez pas à la télé

made-in-france-boukhriefDéprogrammé pour sa malheureuse collision avec l’actualité (il devait sortir le mercredi après les attentats de Paris), le film a pour personnage principal un journaliste qui infiltre une cellule djihadiste de quatre jeunes musulmans projetant de semer le chaos dans Paris, une fiction tragiquement rattrapée par la réalité du 13 novembre.

Porté par son réalisateur depuis 2014, est montré avec crainte et stupéfaction l’endoctrinement et la radicalisation de jeunes Français dans une guerre qu’ils qualifient de « sainte ». Puis on se retrouve à la suite d’un attentat où on a visé des innocents dans une salle de spectacle.

Nicolas Boukhrief est un cinéaste bien plus non grata que Xavier Durringer, sa filmographie ayant emprunté dès le départ les chemins de traverses sulfureux des « autres Français » pour être aussi recommandable.

made-in-france-boukhrief-2« J’ai rencontré des obstacles tout au long de la fabrication de mon film, depuis l’écriture jusqu’à la sortie repoussée plusieurs fois. A chaque étape, j’ai senti la peur chez mes interlocuteurs. Une peur permanente mais non-dite /…/  Le destin étrange de ce film, d’être en quelque sorte puni d’avoir eu raison, est aussi le symptôme d’une frilosité du cinéma français face aux questions politiques », a-t-il confié en interview.

Ce long métrage qui refuse de s’adonner à la récupération de l’actualité sortira au Québec, pas en France (il est donné en VOD sur la plateforme de TF1 Video).

Voici ce qu’en pensent les spectateurs qui l’ont vu en avant-première dans quelques salles en France, avant qu’il n’y soit déprogrammé.


 


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