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Un soir avec Nemanja Radulovic [3/3] : l’Orchestre de Pau a lui aussi chaviré de bonheur

6 février 2015 > > Un commentaire

Du 28 au 31 janvier 2015, l’Orchestre Pau Pays de Béarn a fait de la venue du violoniste prodige Nemanja Radulovic l’occasion d’un programme exceptionnel, auquel Eklektika consacre un dossier enthousiasmé.

Quelques semaines après avoir enflammé le public de Bilbao, il est l’étoile attendue de cette série de 4 concerts donnés par l’Orchestre de Pau Pays de Béarn, dans l’auditorium du Palais Beaumont, la semaine dernière.

Nemanja (prononcer : Nemania) Radulovic n’a pas 30 ans, ceux qui le regardent s’avancer vers eux en connaissent l’essentiel, de sa formation à l’école musicale de Belgrade où il reçoit ses premiers Prix pour son talent précoce, à sa trajectoire affolante, en particulier avec ce Prix de Soliste instrumental aux Victoires de la Musique classique l’an passé

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

« Il joue sur un violon tout ce qu’il y a de plus classique, un violon d’études du début du 20ème siècle », une confidence entendue avant le concert, et lui s’avance, sourire aux lèvres, son impensable chevelure surplombant ce look cultivé de son Europe de l’Est.

Bottes d’écuyer, qu’il a préféré pour ce dernier soir à ses habituelles Doc Martins sanglées jusqu’aux genoux, Nemanja arbore également un long piercing clouté sur l’oreille gauche, celle qu’il rapprochera de la caisse acajou de son instrument de prédilection.

« Il nous énergise totalement », une autre confidence sur les marches du Palais, et cette certitude, également partagée les yeux brillants : le chef d’orchestre de l’OPPB, Fayçal Karoui, sait que cette nouvelle interprétation du Concerto pour violon en ré majeur de Tchaïkovski sera encore différente ce soir de ce que le virtuose a déjà offert au public.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Les pizzicati qui l’avaient surpris la veille seront sans doute abandonnés au profit d’autres variations que le prodige aura estimées justes, il verra bien, et l’Allegro moderato se laissera porter par quelques notes prolongées au-delà de la partition qui, de toute façon, ne peut les retenir.

L’orchestre a l’expérience suffisante pour le suivre, les mouvements d’ensemble de la Canzonetta alternent avec son exercice de soliste, qu’il termine, grave, libéré, un regard vers les autres musiciens, son impatience d’en être de nouveau perceptible dans ses yeux.

Une courte attente, et ses doigts reprennent leurs courses sur le manche, à ses côtés Fayçal dirige autant l’ensemble qu’il l’observe, admiratif, sa virtuosité, incontestable et éclatante, provoque un torrent d’admiration devant l’absence de pupitre devant lui, dont il s’est affranchi depuis longtemps.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Ces deux-là forment un duo dansé fascinant, dans l’évidence d’un partage de pur bonheur.

Nemanja replonge à nouveau dans sa tignasse, au plus près de notes saccadées, les mots préliminaires du chef d’orchestre au public reviennent en tête des spectateurs, « vous allez certainement entendre ce Concerto comme vous ne l’avez jamais entendu ».

Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Le message se justifie pour les puristes, de ceux qui restent capables de remarquer ici ou là des zones d’imperfection, mais ne tardent pas à rejoindre la clameur muette de ceux qui contemplent, souffle retenu, son époustouflante virtuosité.

Et c’est là, dans des moments de quasi-silence, que Nemanja exprime très précisément ce qui le distingue de tant d’autres violonistes réputés. Cette capacité à rendre puissante une note aussi ténue qu’un fil de lin, dans une maitrise absolue à la fois du mouvement du bras droit et de la pression de l’archet sur les cordes.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Seul le mot « pureté » semble alors pouvoir définir cet instant suspendu où, sur la pointe des pieds, l’air se charge de nous rapporter cette note, fragile et ciselée, jusqu’à nos fauteuils de spectateurs conquis.

Une idée de l’absolu, donc, à laquelle s’invitent de douces notes d’une flûte traversière, presque rougissante de troubler cet état de grâce, à même d’indiquer le retour de l’orchestre.

Nemanja peut alors re-basculer dans cette gestuelle qui en fait un violoniste presque rock, tête rejetée en arrière, un geste qui ne lui pas été appris, et que, personne, sérieusement, n’a envisagé de lui déconseiller.

Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Le tempo peut s’accélérer, les notes se libérer, le pied du jeune prodige marque la mesure, l’impression est tout bonnement sidérante.

Fayçal Karoui ne cherche plus à retenir ses coups de baguette, le choix a été compris à l’unisson par les musiciens de reprendre corps avec l’intensité du concerto de Tchaïkovski, rappelez-vous, celui qui est donné « comme vous ne l’avez jamais entendu ».

Les simples humains sur leurs fauteuils n’ont que leurs corps, mains et lèvres, pour se libérer de cette beauté qui soulève les âmes, un grand-père se penche vers son petit fils d’une dizaine d’années, « normalement, les gens n’applaudissent pas pendant les mouvements », mais là, rien n’est « normal ».

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Pas ce soir, pas avec cet ange noir qui se joue de la complexité de cette partition qui l’a nourri, et qu’il restitue avec l’idée, humble et impressionnante à la fois, que l’on peut « aussi » jouer ce Concerto comme cela.

« J’ai passé une super semaine avec vous », glisse-t-il aux musiciens qui l’entourent devant un public debout, « j’espère vous revoir » comme le vœu pieux d’un jeune homme saluant ses amis avant d’entamer un voyage lointain.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Des anges, l’on dit un certain nombre de choses absolument invérifiables. Qu’ils n’auraient pas de sexe, ou qu’ils parleraient allemand entre eux. Sans doute des bêtises.

Devant Nemanja Radulovic, on peut par contre affirmer que certains d’entre eux jouent du violon divinement.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com


Commentaires

Une réponse à Un soir avec Nemanja Radulovic [3/3] : l’Orchestre de Pau a lui aussi chaviré de bonheur

  1. POUBLAN I. dit :

    Concert sublime, exceptionnel, inoubliable.
    Bravo à la programmation,bravo aux artistes.Que ce virtuose époustouflant qu’est Nemanja Radulovic nous revienne souvent: interprétation magistrale du concerto pour violon de Tchaïkovski qui dégage une sensibilité émouvante.Encouragements à Gabriel Prokofiev pour cette oeuvre intéressante et en qualité d’ancienne dacquoise, j’attribue une mention spéciale à Stéphane Garin pour son interprétation originale du concerto pour grosse caisse et son clin d’oeil à Charlie Hebdo. Enfin, j’ai beaucoup aimé l’interprétation de Roméo et Juliette par notre orchestre. Bravo, bravo, bravo!!!. Merci à vous tous pour cette soirée qui restera inscrite dans nos mémoires.

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