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‘Les noces’ de Stravinsky de retour à Biarritz, 90 ans après sa création

9 juin 2015 > > 3 commentaires

Le festival Biarritz Années Folles a permis d’assister dimanche dernier à cette chorégraphie de Fábio Lopez, retour sur cet événement avant sa première le 20 juin au Théâtre Quintaou.

Il y avait donc bien quelque chose d’absolument remarquable, durant ce festival Biarritz Années Folles, avec la chorégraphie Les noces de Stravinsky, chorégraphiée par Fábio Lopez, également danseur au Malandain Ballet Biarritz.

Dans une ambiance aux alentours qui faisait parfois trop penser à une kermesse, un moment de grâce a existé dès les premières notes déchirées de Stravinsky, avec comme premier mérite d’intriguer un public en pleine torpeur dominicale.

A quelques jours de la première officielle, le samedi 20 juin au Théâtre Quintaou d’Anglet, le spectacle intrigue derechef, avec six jeunes danseuses se tenant droites sur la scène.

Trois d’entre elles sont coiffées de longues tresses, trois autres sont travesties en hommes.

À Biarritz, sur les terres de cette création historique, rencontre Eklektika avec Fábio Lopez, le chorégraphe.

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Fábio Lopez, chorégraphe

« Quand on m’a invité à rejoindre le festival », explique le chorégraphe, « il fallait que je créé une chorégraphie en résonance avec les années 20. J’ai choisi Stravinsky car il a vécu à Biarritz de 1920 à 1923 et que l’écriture des Noces s’est achevé quartier Saint-Charles. Une longue période de création pour le compositeur car cette œuvre a mis 8 ans à naitre, en pleine abolition du mariage forcé en Russie. Il en existe deux versions et j’ai choisi la version russe. La compréhension de cette œuvre est indissociable du texte. La chorégraphie a été réalisée en 1923 par Bronislava Nijinska. J’ai revisité cette œuvre pour qu’elle pénètre notre époque, avec une lecture personnelle de celle-ci », complète Fábio Lopez.

Deux professionnels, Maïlis Hegoburu, une ancienne élève de Fábio Lopez et Vincent Brisson, metteur en scène et chorégraphe, interprétant le père et la mère, se tiennent aussi immobiles.

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Quatre tableaux de l’oeuvre musicale sont rendus visibles : La tresse ; Chez le marié ; Le départ de la mariée ; Le repas de Noces.

L’interprétation et l’interrogation se tiennent sur les pointes et se balancent fougueusement avec les tresses des danseuses.

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Tantôt liberté, filet, alliance, aliénation, la tresse représente ici un accessoire symbolique, divin et une corde qui attache l’œuvre à notre époque. Doux, énergiques, entre l’ancrage de la tradition et la rébellion de l’avenir, les corps s’isolent, s’attirent et se repoussent. « C’est une œuvre barbare à la diction païenne » ajoute Fábio.

La quête, la soumission, la révolte, se dansent, comme cette fin toute suggestive d’une ronde qui tourne avec le temps, son lot de changements et d’incertitudes.

noces-stravinsky-biarritz-4« Je ne cherche pas à transmettre de message via cette chorégraphie. C’est une interrogation. Je me suis inspirée de Colette qui écrivait : « Si on se marie, ce n’est pas pour être deux mais pour ne plus être seul. » Je ne donne pas de réponse », sourit Fábio Lopez.

Un an de travail avec les 6 jeunes danseuses ont permis cette excellence dans un esprit tout terrain.

Les corps et les visages capturent l’expressivité d’un monde contemporain et subliment autant la brutalité des unions, l’insolence de la liberté que sa douceur.

Terriens et célestes, les maquillages et costumes participent à l’osmose des tableaux et des mouvements. De véritables créations là encore, signées Hervé Poeydomenge, costumier, que nous rencontrons sur les lieux avec plaisir.

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Hervé Poeydomenge, costumier

« C’est une première collaboration avec Fábio. Nous parlons le même langage. Mon travail de costumier me pousse à projeter l’imaginaire sur les corps, à m’imprégner d’époques, de l’Histoire, à la moderniser parfois, tout en pensant au confort des mouvements. Pour les costumes des Noces, les matériaux choisis peuvent être une contrainte pour les danseurs. Je me suis inspiré des maquettes réalisées en 1923 par la peintre Nathalie Gontcharova. Ses premières réalisations étaient audacieuses, toutes en ruptures, mais la chorégraphe lui a fait refaire pour un style plus épuré. J’ai senti la frustration de cette costumière et j’ai voulu lui rendre hommage dans cette création », raconte-t-il.

Né en Gironde, l’homme a toujours voulu être costumier, une passion née en regardant des films, notamment Barry Lyndon de Kubrick.

L’opéra, le cinéma, mais aussi la danse et le théâtre : autant d’occasions de collectionner les costumes anciens.

Il réalisera bientôt les costumes de Barbe Bleu pour l’Opéra de Bordeaux, et c’est encore lui qui habillera les acteurs du prochain western tourné dans les Landes, un film sur le Grand Ouest des années 1860-70, qui plonge déjà Hervé Poeydomenge dans les photographies du landais Felix Arnaudin (1844-1921).

« C’est un projet qui me tient à cœur. Il me faut toujours un temps pour mûrir les idées » précise t-il.

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Fábio Lopez – © Vincent Brisson

Quant à Fábio Lopez, diplômé en 2004 au Conservatoire National du Portugal, après avoir dansé à New York et en Suisse (au Rudra Béjart Lausanne,) il a l’opportunité de participer à trois créations mondiales de Maurice Béjart.

C’est en 2006 que Thierry Malandain l’invite à rejoindre sa compagnie. Depuis quelques années maintenant, Fábio Lopez travaille également comme chorégraphe.

Il gagne le 3ème Prix ADAMI/Synodales avec la pièce INÊS.

En 2013 il crée Walking Through pour les 10 ans des Amis du Malandain Ballet Biarritz et Prélude pour une soirée de lutte contre le SIDA à San Sébastian. A l’invitation d’Oleg Petrov, en 2014, il crée Les larmes d’Éros, d’après le livre de Georges Bataille, en Russie.

Il est titulaire du Diplôme d’État de professeur de danse classique et Membre de l’International Dance Council de l’UNESCO.

Après cette date à venir du 20 juin au Théâtre Quintaou d’Anglet, le ballet Les larmes d’Eros rejoindra le Malandain Ballet Biarritz, sans doute en avril, tandis qu’une autre création, à dimension européenne elle aussi, devrait bientôt voir le jour.

 

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Commentaires

3 réponses à ‘Les noces’ de Stravinsky de retour à Biarritz, 90 ans après sa création

  1. Soulès Martine dit :

    Très bel article qui clôture ce bon festival et qui nous donne quelques éléments sur la création de Fabio Lopez, sa vision et ses interrogations sur Les Noces où chacun trouvera sa réponse ou sa propre interprétation. Bravo aux danseuses et à Fabio et Vincent Brisson.

  2. […] Pour lire la suite : http://www.eklektika.fr/noces-stravinsky-biarritz-fabio-lopez/ […]

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