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Tournage de « Non » : malgré les impasses des institutions, croiser le « Faire ! » du Petit Théâtre de Pain et de « Derrière le Hublot »

1 juin 2016 > > Un commentaire

Avec son projet de passer pour la première fois derrière une caméra de cinéma, pour le film « Non », la compagnie du Petit Théâtre de Pain a dû quitter ses bases basques et rejoindre le tournage à Capdenac-Gare (Aveyron), les impasses institutionnelles ayant forcé l’expérimentation alternative de territoires culturels convergents, bien qu’éloignés géographiquement.

Voici plus de 20 ans que le Petit Théâtre de Pain (Ptdp) est honoré depuis ses bases du Pays basque pour ses multiples créations, co-produites des deux côtés des Pyrénées (« Hamlet » en basque, le récent « 9 »), et en tournées dans toute la France.

Le passage collectif au cinéma, avec leur premier long-métrage, Non, réalisé par Eñaut Castagnet, est le récit d’une nuit de pétage de plomb d’un ouvrier licencié, et de sa traque par les forces de l’ordre, après un coup de poing d’exaspération asséné à une gendarme.

Le pari porte une promesse culturelle forte, mais qui n’a pas trouvé sur ses terres les moyens de s’y déployer.

C’est dans la bourgade aveyronnaise de Capdenac-Gare que la troupe a dressé son camp de tournage au mois d’avril, pour un sprint impensable de 3 semaines seulement pour ce film d’une heure et demie, dans des conditions de réalisation qui témoignent de leur époque.

Tournage-NON-Ptdp-4« C’est impossible d’imaginer que nous ayons trouvé un modèle de production réellement reproductible », avertit Ximun Fuchs, metteur en scène du Ptdp, auteur du scénario et acteur principal, « mais l’expérience vécue est clairement celle des comédiens que nous sommes, fixés sur ce désir de faire, au moment où on a envie de le faire ».

La sortie du long-métrage est prévue pour début 2017 : il n’aurait jamais été concevable sans l’invention alternative d’une « logique de territoires convergents ».

Une aventure entreprise avec des compagnons de route de longue date, les programmateurs et animateurs de la fabrique des arts de rue de Derrière le Hublot, ici à Capdenac, et son animateur Fred Sancère.

Tournage-NON-Ptdp-5« Un film dans le film témoignera de cette expérience qui enrichit la première dimension purement artistique de NON », complète Ximun, « on a voulu transmettre tout ce qui s’est passé ici pour y parvenir ».

« Non » est le titre de ce film : il est devenu par la force des choses la résolution expérimentale des impasses habituelles, en particulier celles incarnées par des institutions pourtant prévues pour favoriser de tels projets.

Retour à Capdenac-Gare, lors du dernier jour de tournage, pour saisir l’ambition déterminée d’un travail collectif mis en œuvre près des berges du Lot, bien loin de celles de l’Adour basque.


Conclure à l’impasse institutionnelle

« Non » s’avère ne pas être la première tentative de passage au cinéma de la troupe du Petit Théâtre de Pain, « un premier projet avait avorté après trois ans d’aller-retours entre commissions sélectives et interventions demandées de script doctors », confie Elise Robert-Loudette, chargée de diffusion du Ptdp.

Pour ce second essai, le même travail de fond a été mené depuis deux ans dans deux Régions, auprès de l’Ecla, en charge de soutien financier aux projets de réalisations cinématographiques en Aquitaine, et auprès de son homologue de Midi-Pyrénées.

Un double refus a été motivé par des considérations différentes, mais convergentes, nourries par l’obligation implicite de « retombées économiques » sur ces territoires, des critères poussant à valoriser de grosses productions à même de déclencher d’importants cachets de techniciens et de studios des régions.

Avec un budget global de l’ordre de 100.000 euros, soit à peu près 20 fois moins qu’un long-métrage indépendant classique, « Non » a basculé dans le rejet, même assorti d’encouragements en Aquitaine : un projet « trop bricole » comme ils sont généralement qualifiés en interne dans ces structures institutionnelles.

« Il nous aurait fallu accepter sans doute le principe d’une aide à la ré-écriture, les seules vers lesquelles nous étions dirigés », complète Elise, « ce qui aurait impliqué de retarder le projet de deux ans de plus ».

Une « proposition » lourde de conséquences pour le projet : sans les aides d’une Région, l’aide de l’avance sur recettes du Centre National du Cinéma, réservée aux « petits films » est quasi-impossible, provoquant ainsi la mise en faillite du projet.

Fidèle aux principes d’urgences lucides des créations du Ptdp, leur « Non », face à celui des institutions, a alors donné le signal d’une production totalement alternative, lucide et solidaire.


Trouver une économie de collaborations entre acteurs de territoires éloignés

production-non-Ptdp-13C’est par la constitution d’un contrat de société en participations qu’a alors avancé la production de « Non », avec une répartition des responsabilités financières valorisées entre le Ptdp, la société audiovisuelle basque Aldudarrak Bideo, et la structure accueillante de Capdenac, Derrière le Hublot.

Depuis 1996, nourrie d’une tradition historique de l’Éducation Populaire, cette structure associative anime une dynamique d’action culturelle dans laquelle les relations entre artistes, habitants et territoire tiennent une place centrale, et avec qui de fortes convergences se sont tissées depuis longtemps avec le Ptdp.

Depuis Capdenac, et par l’intervention de son animateur Fred (surnommé « Mister All Access » durant le tournage), ont donc été mises en place les conditions d’accueil des 40 personnes impliquées par le tournage, qui s’est déroulé du 20 avril au 8 mai 2016.

Derrière le Hublot a pris en charge l’hébergement, le catering alimentaire et l’ouverture gratuite de tous les lieux choisis après plusieurs visites de repérages.

production-non-Ptdp-10Armée de sa pratique forte d’accueil en résidences d’artistes, la ville a aussi présenté l’atout d’un passé ouvrier et ferroviaire encore vivace, et il n’aura pas été trop difficile d’y trouver des personnes ouvrant leurs portes aux comédiens et techniciens, ainsi que près de 500 figurants (dans une commune de 4.500 habitants).

« Notre socle, ici, c’est la transmission d’un faire ensemble qui passe par de nouvelles façons de travailler », commente Fred, « on a aussi trouvé des questionnements convergents avec la trame très sociale du film, avec cette occasion donnée ici de montrer le meilleur de ses habitants ».

production-non-Ptdp-14Durant le tournage effectivement, une visite dans Capdenac démontre facilement cette envie perceptible de partager cette aventure du « il y a eu un film, ici », des rendez-vous de présentation ont été organisés à l’école, au cinéma, « les gens ont eu envie de s’offrir comme un moment d’éternité », savoure Fred.

« Ce film n’est effectivement pas un modèle de production reproductible », insiste Ximun, « c’est une expérience vécue collectivement, autour d’un scénario qui parle d’une humiliation sociale, que l’on a retrouvée avec des larmes dans les récits des anciens de Capdenac, la colère existe ici aussi, encore ».


« Non » à Capdenac, une historie finalement partagée là où elle devait l’être

Tournage-NON-Ptdp-3Les grands guides touristiques n’ont pas fait de cette ville de l’Aveyron une destination majeure de nos GPS, le territoire restant marqué par son passé de ville de cheminots, ancien grand bassin ouvrier entouré de campagnes.

« Un atout », estime Ximun, « la mentalité ouvrière est restée, et c’est finalement une image chaleureuse et ouverte de la France qu’un Basque comme moi peut aimer », offrant ainsi le cadre de tournage du film souhaité.

Toutes les portes se sont ouvertes, de l’école à la maison de retraite ou à l’église, avec bon nombre de lieux municipaux, une Maison du tournage ayant même été aménagée au cœur de la ville, centre d’informations permanent, pour y partager avec les habitants l’avancement du projet.

Une « hyper-exigence partagée », résume Ximun, « on a gagné des mois et des années de fabrication du film grâce à cette collaboration », que Fred résume avec lui par la formule « une dynamique de territoires artistiques convergents, solidaires ».

La post-production est actuellement en cours à Aldudarrak Bideo, la sortie du film est prévue début 2017, et sa première projection aura naturellement lieu ici.

« On n’aurait pas pu le faire ailleurs » pourrait bien servir d’introduction à Ximun Fuchs, ce jour-là.

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Commentaires

Une réponse à Tournage de « Non » : malgré les impasses des institutions, croiser le « Faire ! » du Petit Théâtre de Pain et de « Derrière le Hublot »

  1. Sarrade Nicolas dit :

    Ah !… Les mystères des commissions d’attribution d’aides régionales ! Chaque année vous y croyez en montant un projet bien ficelé des semaines entières… Qui n’attend plus que son financement institutionnel… Et puis arrive le jour J où tout s’effondre sans réelles explications sauf celle de ne jamais faire partie de la bonne case. Personnellement, tombé 4 fois, 5 fois debout.

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