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‘Nous serons des héros’, de Brigitte Giraud : l’Histoire n’est peut-être pas là où on le croit

8 octobre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Je ne sais plus qui disait que « le romancier était l’historien du présent ». C’est certainement le cas avec Brigitte Giraud qui raconte l’Histoire et une histoire dans Nous serons des héros. Avec douceur elle porte un regard sur le monde et sur ceux qui l’habitent.

Partir poussé par le désespoir et arriver dans l’espérance, l’histoire des migrants est le sujet puissant de nombreux romans. Devenir « l’outsider », « l’étranger », « l’autre » est un état dans lequel tous les immigrés et leurs enfants vont se débattre.

Déracinement, exil, intégration dans un âge où on se construit, Brigitte Giraud (lauréate du Goncourt de la Nouvelle en 2007, pour son recueil L’amour est très surestimé) raconte avec talent dans son 8ème roman ce que traversent Olivio et sa mère.

Nous-serons-des-heros_brigitte_giraudL’histoire : En ce début des années soixante-dix, Olivio et sa mère viennent de fuir la dictature portugaise. Ils s’installent dans une banlieue lyonnaise et emménagent bientôt chez Max, un rapatrié d’Algérie, avec qui ils espèrent un nouveau départ. Alors que Max accepte mal l’adolescent, Olivio se lie à Ahmed, un immigré algérien de son âge, auprès de qui il trouve tendresse et réconfort.

«L’exil était confortable, il me tenait à distance et évitait que je sois pleinement le fils de mon père. J’avais changé de langue à temps, avant que je ploie sous un passé trop encombrant et que ma vie se transforme en un devoir de mémoire

L’auteure pose une question très actuelle : est ce que la résilience est possible ? On peut survivre l’exil et sa douleur si on trouve quelque part en soi et chez les autres la bienveillance et l’amour. Mais qu’en est il de ceux qui ne trouvent qu’hostilité? Comment un enfant peut il se construire et trouver quelque chose proche d’un équilibre, si léger soit-il ?

Je ne sais pas si j’avais réellement froid ou si c’est ma mère qui m’avait transmis cette sensation. Je la voyais le soir qui se frottait les épaules et ce geste était devenu un tic, malgré son jeune âge, elle ressemblait parfois à une vieille dame fatiguée. Elle apprenait à vivre sans mon père, je ne me rendais pas compte à l’époque de ce qu’elle traversait, comment elle luttait, elle qui avait vécu sa mort, sa veillée et aussi le tourment des obsèques, […] c’est elle qui avait été là la première fois où, parlant de mon père, on avait dit « le corps » et non plus « votre mari ». L’administration pénitentiaire, le médecin qui l’avait reçue, le petit gradé de la Pide dont elle n’a pas retenu le nom, tous, en évoquant mon père, avaient dit « le corps » et avaient nommé les causes de la mort d’une façon si convenue et probablement mensongère, qu’elle n’avait pas contesté, bien contente encore qu’on lui rende « le corps, il est des dictatures qui les balancent à la mer ou les jettent à la fosse commune.

brigitte-giraudMais Nous serons des héros est aussi une affirmation pour les victimes des dictatures qui n’ont plus voulu vivre à genoux.

Face au déni de l’héroïsme aux opposants de la politique de Salazar, il y a quelque chose proche d’un hommage et d’une réhabilitation de leur histoire quand, à l’école, on ne mentionne pas la Révolution des Oeillets, pas même le professeur d’histoire. Comme si le Portugal n’avait pas droit à son histoire.

…la révolution venait d’avoir lieu au Portugal. Elle m’expliqua que c’était allé très vite, en quelques heures, des militaires avaient renversé la dictature. […]« Ils parlaient des militaires insurgés, le Mouvement des forces armées, et puis ils enchaînaient à propos du marché aux fleurs de Lisbonne où les Portugais s’étaient rassemblés, ils étaient fiers de dire que leur révolution s’était passée sans massacre, quatre personnes seulement avaient été tuées quand la police avait tiré sur la foule […]C’est une date que je devrais retenir, le 25 avril 1974.

Et si les citations sont nombreuses, c’est parce qu’il est difficile de choisir tant le roman est fort.

Pas de fioritures ou effets de styles ; les images sont belles et émouvantes mais elles restent simples.

Grâce à l’écriture fluide, simple – mais jamais simplifiée – de Brigitte Giraud, on s’imprègne doucement de la voix d’Olivio et on l’écoute, le suit, le comprend et on l’aime. Tout comme Ahmed.

Certes il ne faut pas se fier à la couverture. Mais un livre apporte aussi une émotion esthétique et l’éditeur Stock a une collection au design parfait avec sa collection La Bleue.

L’illustration de bande est faite par Manon Baba, en partenariat avec l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs.


Nous-serons-des-heros_brigitte_giraudNous serons des héros de Brigitte Giraud,
édité chez Stock, paru le 19 Août 2015,
Prix: 17,50 €


 


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