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« L’homme qui a vu l’homme », de Marin Ledun, ses mots, contre nos ombres

14 janvier 2014 > > Un commentaire

Ce mardi matin, à la rencontre de la presse locale au Café des Pyrénées de Bayonne, Marin Ledun n’était que lui-même : un écrivain reconnu, identification actuelle de la trajectoire d’un petit gars de l’Isère venu poser ses valises et son clavier du côté des Landes, il y a quelques années de cela.

Tout le week-end prochain, il se contentera probablement de se présenter ainsi aux personnes venues le rencontrer (vendredi 17 janvier : à 18h, Café des Pyrénées, Bayonne, avec la librairie Elkar ; samedi 18/01 : à 10h30, librairie Jakin, Bayonne ; à 15h, librairie Le 5ème Art, St Jean de Luz ; à 18h, librairie Bookstore, Biarritz).

Les pieds dans la terre sableuse, l’homme a fait de la dissolution des corps la matière ardente de ses plages d’écriture. Que cela soit face à une société qui a apposé le mot « marketing » sur le vivant (La Démocratie assistée par ordinateur, Pendant qu’ils comptent les morts ou La vie marchandise), ou, sur des pages plus noires, dans des polars où la souffrance de ceux qui refusent de marcher les yeux fermés, aux limites de l’asphyxie, se confronte à des desseins de la même encre (Les visages écrasés – Grand Prix du roman noir 2012 du Festival International du film policier de Beaune -, La Guerre des Vanités – Prix Mystère de la critique 2011 -, ou son récent Dans le ventre des mères)

Pour son tout nouvel ouvrage, L’homme qui a vu l’homme (éditions Ombres Noires, sortie le 15 janvier 2014), il l’a redit, doucement : « Ce que j’ai écrit pour ce roman n’est pas la vérité, ou si ça l’est, je n’en sais rien ». Avant de lâcher ce que nous avions deviné, parce qu’il ne l’a jamais caché : « Je me suis inspiré de l’affaire Jon Anza, et de ses zones d’ombres », dans lesquelles, revendique-t-il, un romancier peut intervenir sur une histoire immédiate de notre pays. Pour un « roman noir de chronique sociale », selon ses propos, et comprendre ici : avec des mots tranchants comme des coups.

Il les voit au moment précis où ils se jettent sur lui. Cinq hommes. Trois d’entre eux le saisissent par les bras et le cou, le menottent et le maintiennent debout. Des doigts glissent sous sa veste. Ils prennent ses clés, ses faux papiers, son porte-monnaie, sa carte téléphonique, sa chaîne en or. Ses affaires passent de main en main et disparaissent dans leurs poches.
Il ne proteste pas et ne cherche pas à s’enfuir.
Il connait les règles.

marin ledun BayonneEn face de lui, ce mardi matin, aucun des journalistes présents n’a oublié cette histoire de « guerre sale », telle qu’elle fut qualifiée par les milieux politisés du Pays Basque, après que ce militant basque (identifié plus tard comme un proche de l’ETA) n’ait plus donné signe de vie à compter de son embarquement, le 18 avril 2009, dans un train en gare de Bayonne, en direction de Toulouse.

Dix mois auront été nécessaires à ses proches pour retrouver son corps en mars 2010 dans une morgue de l’hôpital Purpan de Toulouse, et que n’apparaisse qu’il fut pris en charge par le SAMU, gisant et inconscient, dès le 29 avril 2009 à minuit, dans l’un des coins les plus fréquentés de la Ville rose. Sans que jamais, durant ces 10 mois de recherche, l’information ne leur ait été transmise. Ni par la police, censée le rechercher partout, ni par l’administration de l’hôpital.

A l’époque de ce fait divers dramatique aux multiples rebondissements, nous sûmes, nous journalistes, que la vérité que nous recherchions ne se trouverait ni dans les seules déclarations officielles ni dans toutes les affirmations rageuses de ceux qui eurent à pleurer cet habitant de Ciboure, tout près d’ici.

Et nous avions éprouvé un choc.

Marin Ledun l’a également ressenti, assailli par l’intuition de mécanismes occultes, à même d’être les seuls à donner un lien à l’inexplicable. Alors il a puisé dans les limites de cette littérature qu’il a choisie (la fiction, même si très nourrie) les moyens de dépasser les faits connus, pour s’aventurer dans la nuit sombre de ce qui ne pourrait être vu. Ou de ce qui ne devait pas être su.

Ils retirent le sac sur son visage. Ses yeux sont vitreux. Il ne respire plus. C’est à leur tour de paniquer. Les cinq hommes ôtent leurs cagoules à l’unisson, et redeviennent ce qu’ils sont vraiment. /…/ Le coeur ne repart pas. Ils remettent ça. Ils ne doivent surtout pas le perdre.
– C’est fichu, murmure l’un d’entre eux.
Le chef hurle :
– Calláte !
Ils seront dans la merde s’ils ne le réaniment pas. Leur chef lit dans les yeux de ses hommes qu’ils en sont parfaitement conscients.

noir ledun marinDans ce bourbier aux relents de République(s) noire(s), de commandos de polices parallèles, de militants basques, et de journalistes à même de franchir la ligne rouge de leurs prudences salariées, Marin Ledun a donné naissance à 466 pages comme un cri de rages et de peurs, dont on peut se saisir avec la liberté de n’y lire qu’un puissant polar, hanté par un corps disparu au Pays Basque, celui d’un dénommé Jokin Sasko, et peuplé de personnages tourmentés qu’il nous donne à aimer, ou à fuir. Et d’un univers sans pitié ni soulagements, dont la vraisemblance est laissée à l’appréciation du lecteur, sauf pour celui qui prolongera cette lecture par des recherches personnelles sur le mot clé : Jon Anza.

Nous ici, qui eûmes la chance de l’écouter ce mardi matin au Café des Pyrénées, nous pouvons désormais parcourir nous-mêmes ces feuilles, et mesurer nos rythmes cardiaques s’accélérer, nos attentes se ré-oxygéner, dès que prend place ce sentiment que Marin a peut-être trouvé, entre ses mots et nos ombres, la proximité que nous avions cherchée à atteindre, sans pouvoir y accéder dans nos écrits rubriqués et collonnés avec autorité.

« C’est le meilleur roman de Ledun », l’affirmation parcourt déjà les réseaux sociaux, et il sourit. Car l’important, aujourd’hui, est peut-être ailleurs. Dans quelques jours, Marin se rendra disponible pour des signatures dans des librairies du Pays Basque, et il le sait : il croisera des lecteurs pour qui cette « fiction » peut plausiblement être considérée comme un reflet saisissant de l’innommé, alors que bien de nos murs portent toujours des interrogations autour du nom de Jon Anza.

marin ledunIl est Marin Ledun, et il n’est que lui-même. « Romancier, et non-natif de votre Pays Basque ». Il vient tout de même d’y gagner une haute place d’estime.

Je m’appelle Jokin Sasco. J’ai été déclaré mort le 10 janvier 2009 par une poignée d’hommes qui croyaient qu’une cagoule suffisait à couvrir leurs erreurs et à dissimuler les noms et les noirceurs des âmes de ceux qui les payaient pour faire le sale boulot.
Quelle est la part de réalité dans toute cette affaire ? Quelle proportion d’imagination et de tromperie ? Qui peut prétendre détenir la vérité et s’autoproclamer avocat ou bourreau ?
Qui a tort et qui a raison ?
Jugez par vous-mêmes.

marin ledun bayonne

ledun editions OmbresNoires-policier-fichelivreL’HOMME QUI A VU L’HOMME

Collections Ombres Noires

Prix France : 18 euros

(soyez sympas : vos libraires préférés sauront autant vous servir que le réseau Amazon, et eux sauront guider également d’autres vrais choix)

 

 


Commentaires

Une réponse à « L’homme qui a vu l’homme », de Marin Ledun, ses mots, contre nos ombres

  1. […] de Marin Ledun sur le site de Fondu au noir. Et, enfin, un article élogieux sur un blog basque, Eklektika, sans doute une des plus belles reconnaissances dont puisse rêver le […]

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