Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

« Opération Correa 2 » de Pierre Carles et Nina Faure : quand le religieux s’invite dans le « miracle » politique

14 novembre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Projeté mardi 15 novembre au Royal Biarritz, puis le lendemain au cinéma Itsas Mendi dUrrugne, « On revient de loin » porte la marque d’une vigilance géo-politique lucide et essentielle, déjà portée par le premier volet tourné sur le président Rafael Correa en France : dans un voyage au plus près du « miracle équatorien » s’y insèrent des interrogations plus vastes, incarnées par leurs deux réalisateurs Pierre Carles et Nina Faure.

Pour aborder le deuxième volet de « Opération Correa », ce travail documentaire mené depuis fin 2014 par le réalisateur Pierre Carles, autour de la figure du président équatorien Rafael Correa, il n’est pas nécessaire (quoi que regrettable) d’avoir vu sa première partie, « Les ânes ont soif » (désormais en accès libre sur le site de CP Productions).

« Les ânes ont soif » (Opération Correa), 2014

L’argument initial provenait de l’attitude des grands médias français ayant ostracisé le séjour en France du président équatorien, en novembre 2013, aucune radio ni chaîne de télévision hexagonale n’ayant profité de sa venue pour s’entretenir avec celui qui, dans son pays, refusait d’obéir au FMI, déclarant illégale une partie de sa dette.

Cet économiste de formation engageait par contre son pays dans des programmes de redistribution de finances publiques dans l’éducation publique gratuite, dans la santé, dans le logement, y générant la chute du taux de pauvreté et des inégalités sociales.

operation-correa-2-on-revient-de-loin-pierre-carles-nina-faure-9

« On revient de loin » (Opération Correa), 2016

Le premier volet se concluait sur l’idée d’aller voir sur place le « miracle équatorien », Pierre Carles et Nina Faure (passée de collaboratrice du 1er volet à co-réalisatrice du second) prirent donc le temps de débarquer dans un pays en pleine ébullition sociale, pour finaliser ce « On revient de loin ».

Et sans (mauvaise) surprise, les attentes d’analyse géopolitique et de mises en doute des affirmations sont bien au rendez-vous de ce second volet, sorti le même jour que la bien fade Palme d’Or « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach.

Une dimension inattendue y trouve sa place, recoupant les manifestations des bourgeois de droite opposés aux « pillages » de leurs privilèges mais également les manifestations d’opposition de la gauche traditionnelle et des campagnes : le poids d’une pensée fortement catholique met en doute le principe d’action de Correa, la venue du pape François en Équateur venant faire collision avec le mouvement engagé.

operation-correa-2-on-revient-de-loin-pierre-carles-nina-faure-3La figure du « messie » s’impose dans une troublante opposition, renvoyant à une révélation surprenante de « l’autre Correa », donnant sans qu’on le lui réclame, et retirant sans plus écouter non plus.

Correa s’inscrit dans un protectorat sans hésitations des plus faibles, mais également dans un patriarcat in-négociable (en particulier contre l’avortement, même en cas de viol), en double mitre du Président équatorien.

operation-correa-2-on-revient-de-loin-pierre-carles-nina-faure-11Le film plonge alors cette inconnue religieuse dans une équation politique en forme d’abîme : sur cette planète bouleversée, ne serions-nous finalement pas, les uns les autres, dans un mouvement d’adhésion instinctive à celui qui fera « sauveur », qu’il s’appelle Correa, Trump, Macron, Juppé ou Marine Le Pen, ou tout autre pourfendeur des marchands du temple ainsi désigné ?

operation-correa-2-on-revient-de-loin-pierre-carles-nina-faure-10Quitte à le brûler, à le crucifier, pour les raisons qui l’ont vu être hissé comme un « prophète » ?

« Pas tout à fait le paradis », admet Pierre Carles sur place, « Correa n’est pas éternel », rappellent les paysans interrogés également.

Rien n’est simple, le film ne se résume qu’à ses propres doutes, mais ni la postérité ni l’échafaud ne semblent devoir se dissocier de la trajectoire politique de Rafael Correa.

Par un subtil glissement du récit, les deux réalisateurs endossent peu à peu la dualité du positionnement politique de Correa, devenant des personnages à part entière d’une interrogation qui amplifie et déstabilise à la fois le modèle maitrisé du pilonnage de piédestaux par Pierre Carles (Pas vu pas pris, Attention danger travail, La sociologique est un sport de combat, Juppé forcément,…).

La raison est féminine, Nina Faure portant à la fois une vue contrastée du bilan de Correa mais également une opposition à la stature du « maitre » Pierre Carles, dont il lui faut se dégager peu à peu.

operation-correa-2-on-revient-de-loin-pierre-carles-nina-faure-7Exercice d’une utilité qui ne sera démentie par aucun de ses spectateurs, « On revient de loin » porte la marque d’une vigilance politique lucide et essentielle, Pierre Carles et Nina Faure ayant fait leur ce message biblique : « si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tomberont tous les deux dans un trou ».


On-revient-de-loin-operation-correa-pierre-carles-nina-faure« On revient de loin » (Opération Correa 2) – France – 2016 – 101 min, réalisé par Pierre Carles et Nina Faure – sorti dans les salles (volontaires) depuis le 26 octobre 2016.

Séance rencontre avec Pierre Carles :


Bande annonce « On revient de loin » Opération Correa 2


 


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.