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L’oubli, de Frederika Amalia Finkesltein : un premier cri, et le vertige

25 septembre 2014 > > Soyez le premier à réagir !

C’est compliqué, les premier romans. On se veut indulgent et pourtant on se voit exigeant, peut-être envieux de voir une jeune fille se retrouver chez Gallimard – dans la collection l’Arpenteur– et déjà sélectionnée pour le Prix Renaudot et le Prix de Flore.

Cela dit, le Prix de Flore ayant été créé par Beigbeder, wannabee Fitzgerald, illustre fondateur du Caca’s Club avec son pote Jean François Copé et faiseur mondain des nuits du Sud-Ouest, on relativise sans peine…

Donc. Le roman. C’est L’Oubli de Frederika Amalia Finkelstein.

oubliQuatrième de couverture :

« Je m’appelle Alma et je n’ai pas connu la guerre. J’ai grandi en écoutant Daft Punk, en buvant du Coca-Cola et en jouant à des jeux vidéo sur la Playstation 2. Un jour, j’ai appris que mon grand-père avait fui la Pologne quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, avant la Shoah. Ce mot m’a longtemps agacée : son côté spectaculaire. Mais vendredi soir, quand je me suis retrouvée face à la petite-fille d’Adolf Eichmann et qu’elle n’arrivait pas à se remémorer le nom du camp d’Auschwitz, j’ai ressenti comme une douleur – elle a duré quelques secondes. Je me suis rappelé l’exergue de Si c’est un homme de Primo Levi : « N’oubliez pas que cela fut, non, ne l’oubliez pas » ; je crois que je veux faire exactement le contraire. Oublier tout« 

Je vais commencer par un grand Ouf  de soulagement ! Ce n’est pas Lolita Pille le retour. Et simplement pour ça, je suis dans de meilleures dispositions.

C’est une histoire étonnante que celle de cette jeune fille, Alma, qui oscille entre sa vie moderne faite de musique electro, de junk food et soda et sa vie de petite-fille de déporté juif, hantée d’images d’horreur pure, de cauchemars de chambre à gaz et de volonté d’oubli. Plus qu’une simple oscillation, sa vie est un clash violent.

« Je continue d’espérer que les morts me laissent tranquille, mais il n’en est rien. La vision d’une salle de douches d’Auschwitz après la propagation du Zyklon B par les SS vient me déranger le soir quand je ne parviens pas à dormir. » […] « Les toux, les gémissements, les suffocations ont cessé : il ne reste que le silence de la mort.
J’ai oublié la date du jour que je suis en train de vivre. Je me lève et je m’assois sur mon lit, le dos contre le mur. Je demande au logiciel de reconnaissance vocale de mon téléphone quelle est cette date ; une voix féminine (son nom est Siri, elle a un timbre de blonde) me répond que nous sommes le dimanche 25 avril et qu’il est 2 h 30. Je lui dis : «Siri, j’ai peur de dormir» mais elle fait mine de ne pas comprendre. J’enfonce des écouteurs blancs dans mes oreilles, One more time démarre à un volume faible.« 

Il y a des jeunes gens, des écrivains en herbe, qui adoptent une attitude, celle de l’intellectuel, du proustien, du décalé, du branché, ou du faux-vrai con.
Puis, parfois, une perle apparait, une jeune personne qui parle d’un ressenti et d’un vécu sans esbroufe, sans mots compliqués qu’il faut placer pour impressionner les critiques littéraires ou sans formules pseudo-philosophiques pour faire bander les plus blasés des jurés.

FinkelsteinFrederika Amalia parle en quelques phrases de la condition humaine, simplement et violemment.

« Je prends la rue de Seine, le vent qui la traverse a une odeur singulière : elle porte en elle la fraîcheur d’une mer lointaine, les algues, et peut-être la somme de tous les fragments de corps qui pourrissent au fond du fleuve, prisonniers de la vase. Des cadavres de bêtes, des chats, des chiens, peut-être même des chevaux, et puis bien sûr des cadavres d’hommes.
Je serai bientôt chez Balthazar, nous jouerons à un jeu vidéo. Ceux qui prétendent que la vie est compliquée se trompent : la vie n’est pas compliquée. Il suffit de marcher une demi-heure par jour, de manger un peu, de travailler un peu, de dormir un peu, de boire 1,5 litre de liquide non alcoolisé toutes les 24 heures. Ce qui est compliqué, c’est de vouloir réussir et de ne pas réussir.« 

C’est une voix toute en contradiction ; douce et fiévreuse, émotive et détachée.

Je n’utiliserai aucun terme psychiatrique pour définir son écriture – l’emploi du vocabulaire des maladies psychiques est une facilité à laquelle il ne faut jamais céder pour faire un trait d’humour ou d’esprit. C’est un geste idiot et déplacé par les sans-cœur et les sans-imagination.

« Plus que tout, je voulais une tête, une intelligence, un cœur pour m’accompagner dans cette interminable errance, et dans l’âge aussi, dans les années qui tombent ; et je le veux toujours. Mais je suis un orage interdit de croyances, profonde malédiction. »

Certainement trop marquée par l’Histoire qu’elle vit par procuration, elle est amenée à commettre un geste irréparable.

Ce roman est le reflet de ces gens qui savent plus qu’ils ne croient mais continuent de douter. De elles et ceux qui doivent sans cesse choisir entre le vrai et le faux, le bien et le mal et qui ne le veulent pas.

« La possibilité qu’il ne se passe rien me préoccupe. Et plus j’y pense, plus cela me paraît évident : nous vivons d’illusions. Peut-être pas seulement dans l’amour. Peut-être aussi dans la haine : dans le bien et dans le mal. Il se peut même que le mal comme le bien n’existent pas.« 

Les mot me manquent parfois quand je suis touchée, choquée ou marquée par un livre, un film ou une chanson. Parfois les larmes sont la seule expression possible d’un ressenti.
Là je n’ai pas envie de pleurer mais je ne sais pas comment terminer cet article.

J’ai envie de vous le conseiller à tous mais avec le principe de précaution suivant :
« Âmes sensibles s’abstenir. Vous n’oublierez pas ce que vous lirez« 


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