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Pacôme Thiellement, un dingue de pop et de cinéma en approche de l’École d’Art de Bayonne

15 février 2017 > > Soyez le premier à réagir !

L’Ecole d’art de Bayonne, en partenariat avec Le Festin Nu de Biarritz, vous convie à la conférence de Pacôme Thiellement, le 9 mars 2017, on vous explique pourquoi il ne faudra pas aller à la piscine ce jour-là.

Il ne faudrait pas s’attendre à autre chose qu’un ravissement de tectoniques sismiques, ponctué de très grands éclats de rires, sans que jamais les mots choisi par cet hyper-actif de la contre-culture ne s’écartent de son sentiment de l’omniprésence de faux Dieux, à combattre pied à pied par la musique, le cinéma, ou l’acide épistolaire.

Officiellement identifié comme essayiste et vidéaste, Pacôme Thiellement est d’abord passé par ce qui devait être écrit dans des magazines comme Rock & Folk et Chronic’art ou sur son blog personnel, quand il s’est nourri main droite main gauche de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles ou de Zappa et de l’œuvre de Philip K. Dick, sans se priver d’une bonne rasade de séries télévisées, de Buffy, des Simpsons à Lost ou Person of Interest.

Sans illusion sur le statut d’humains plongés dans un monde-cadavre ou cosmos de carton-pâte, le bonhomme appelle au rejet de tous les pouvoirs, spirituels comme temporels, et à la nécessité également de « lâcher prise », d’être un étranger sur cette Terre, un exilé ou un « passant ».

Quand il dit « rejeter tous les pouvoirs »,  l’expression englobe, fourchette dans le pif, le rejet de nos « personnages » politiques, comme on le dirait d’une (mauvaise) série, en trompe-l’oeil de notre démocratie.

« Si l’œil est trompé, alors le trompe-l’œil a rempli sa fonction. On ne lui en demande pas plus. Nos hommes politiques sont pareils : ils n’ont pas besoin d’être bons, ils n’ont même pas besoin d’être intelligents : il se trouve qu’il y a des candidats. /…/ Le mec a posé son cul sur cette chaise, « il y a » cet homme ».

Et de préciser : « nous n’aurons d’autre choix que de prendre possession de leur bâton de feu pour faire ressurgir les flammes de la vision retrouvée. »

Grande Prostituée de Babylone, 1800 environ, Gravure Russe

Son intervention le 9 mars prochain pour l’Ecole d’Art de Bayonne, en partenariat avec  la Librairie le Festin Nu de Biarritz, débutera par une considération sur le passage de la pop à la gnose (la connaissance, vouée au salut de l’âme), ligotée, violée puis éventrée par la culture de masse, cette déviance contemporaine conçue, fabriquée et imposée par « ceux qui n’aiment pas la culture ».

Un grand carnaval « populaire » dont il est temps de refuser la confiscation, « on est dans une époque de terreur et de monstres, quand la fonction de l’homme est de chasser les démons et les vampires », qu’il trouve plus sympathiques quand ils ne prennent la place au milieu de la photo d’actus, une cravate autour du cou.

Une fois partagé son sentiment que nous avons été abandonnés par le recul organisé de la beauté, et sans place définie dans ce grand Chemin divin qui nous a fait nous combattre au lieu de nous rapprocher, Pacôme Thiellement garde sa confiance dans une destruction méthodique des stéréotypes, certains films gardant encore la possibilité d’être des refuges salutaires.

On n’y arrive pas la bouche en coeur ni les mains en croix, le réflexe passe d’abord par l’identification nette et avec bavures de « cette conspiration des films qui piègent en prétendant qu’une vie meilleure aura lieu, que vous rencontrerez les good guys et que l’amour existe (love stories, comédies romantiques, avec leurs happy ends) », implantés à coup de masse dans le crâne. Ou « qui vous piègent parce qu’ils sont pessimistes, sans espoir, à en devenir cyniques, ironiques, dégradants, déplaisants, délétères ».

Qu’ils ne soient pas sérieux n’est pas le plus grand danger : « le problème est qu’ils sont très dangereux ».

« Une femme sous influences », John Cassavetes, 1974

Certaines cinéastes restent donc absolument nécessaires, en particulier un réalisateur comme John Cassavetes, « obsessionnellement un acte d’exorcisme face à la dimension morbide du cinéma stéréotypé, de la fiction stéréotypée ».

Ce mercredi, alors que sort le documentaire David Lynch – The art life de Jon Nguyen et Rick Barnes (au Royal de Biarritz), il est sans doute temps de se rappeler que ce fan du chaos qui engloutirait tous les films (ou presque) de super-héros gigotant sur nos écrans a commis en 2010 un essai de réflexion sur La Main gauche de David Lynch – Twin Peaks et la fin de la télévision, (éditions P.U.F)., sous-titrée « réflexion sur les conséquences matérielles et spirituelles de la fin de la télévision, à travers la série Twin Peaks, vue comme l’incarnation de la crise télévisuelle ».

« Lynch est le cinéaste de la question de l’éthique, celle d’un homme bien déterminé à traverser les ténèbres, et l’on peut voir dans ce documentaire toutes les épreuves que le cinéaste a lui-même dû affronter pour être le réalisateur qu’il est devenu », et de conclure à « un film à recommander à tous les aspirants artistes ».

Son essai paru l’an dernier, Vos films cultes comme vous ne les avez jamais lus (introduit par son éditeur Super 8 par « Et si les salles de cinéma étaient nos derniers temples obscurs ? »), lui a permis d’être invité ici et là sur de multiples plateaux télés, ou dans des reportages sur sa vision du monde-stéréotype, qu’il oppose vivement à la résurrection non négociable des Nosferatu et autres Shining.

Il faut voir son sourire hilare en interview en brandissant « Aller au cinéma ou faire l’amour » de Christine Masson (France Inter), nettement plus recommandé que le sien, pour achever de vous convaincre de ne pas le rater le 9 mars prochain.


On a piqué ça

Les photos prises sur Internet, mais en particulier celle de Une, à créditer à Charlélie Marangé pour Tecknicart (mais tellement belle)


 


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