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‘Papalagui’ : le souffle du griot sur une Europe asphyxiée

15 avril 2015 > > Soyez le premier à réagir !

C’est depuis le théâtre de Bayonne que Touiavii, un chef des îles Samoa, s’est adressé à sa communauté pour raconter avec bon sens et ironie mordante les souvenirs de son périple européen chez les Papalagui, au début du XXème siècle, deux soirs durant (14 et 15 avril).

Un monologue théâtral écrit en 1920 par l’auteur allemand Eric Scheurmann, imprégné d’un voyage en Polynésie, conté par la compagnie Deux temps – Trois mouvements, comme donné par la Scène nationale Bayonne Sud Aquitain.

Les papalaguis (en l’occurrence, nous…) sont des européens qui vivent dans des huttes de pierres carrées ou rectangles, avec un seul passage nommé « entrée » ou « sortie » selon le sens où on y passe.

Avec un premier trait aucun qu’aucun d’entre eux ne connaît son voisin, leurs corps sont habillés de tissus de haut en bas. De ce fait, ils passent une bonne partie de leur temps à tenter de deviner le corps de l’autre.

S’appuyant sur des diapositives gentiment moqueuses, le chef Touiavii rapporte donc à sa communauté les étranges mœurs des papalaguis, dans une forme proche de Gulliver au pays des Lilliputiens.

A moitié nu, cet homme nous assoit sur son île, mais a tôt fait de nous déshabiller de notre journée pour nous révéler, avec humour et tendresse, nos vies cloisonnées et sans air.

Sans saler d’amertume le grand bol d’air qu’il nous insuffle, on s’amuse, malgré le fait que ce qu’il raconte, avec humour, est plutôt triste.

Car chez lui, sur les îles Samoa, le « ton » et le « mon » signifient la même chose. Chez les européens, on ne prend pas sans rien le « mon » de quelqu’un. La seule chose qu’on peut prendre sans avoir à demander, c’est l’air. « Sans doute un oubli », conclut-il. Et « Qu’est-ce que le temps ? » fournit à son tour une autopsie nourrie de l’insensé de nos expressions usuelles, à la manière d’un Raymond Devos.

On prend alors en compte la dimension du talent de ce conteur : d’homme tribal en conférencier, de sage en comique, il nous amène où bon lui semble et ce, dans un temps qui parait très « court » (civilisation, quand tu nous tiens…).

Son discours chuchote la difficulté de s’adapter à un lieu « dont on ne connaît aucun code ». Absurde. Jamais méchant. On a presque envie de voir le spectacle s’inverser et que ce soit son île qui soit contée. On serait perdu. Ou lucide.

Cette pièce d’Eric Scheurmannn, entre légèreté et critique, est un joli conte sur l’adaptation, un beau pari tenu.

Par l’auteur, parce qu’il n’a pas écrit une pièce « blanche » mais bien une pièce polynésienne qui n’a de papalaguien que sa langue acerbe purifiée par l’air des îles.

De la part du metteur en scène, Hassan Kassi Kouyate, qui avec un décor épuré à outrance (une chaise et une valise), nous convie à une humilité bien lointaine, attachée aux traditions des griots qui rassemblent autour d’un conte et rien d’autre.

Habib Dembele, le comédien, transmet cette histoire. Son jeu se révèle doucement et sa capacité à capter l’auditoire fait de lui un griot saisissant.

papalagui-bayonne-2Tout semble léger dans cette pièce qu’on a l’impression de presque trop survoler, tant par son ton que par sa durée (moins de 50 minutes).

Jusqu’à la découverte de la musique classique, dans ce monde européen asphyxié, tenant à si peu de choses et où l’on peut s’étonner de ne pas s’être « changer en oiseau » pour s’enfuir.

Là, le visage du chef Touiavii change. Il découvre la tristesse. La nôtre. Il raconte ce qu’un papalagui lui répond lorsqu’il demande pourquoi cette tristesse : « Cette musique nous console de notre barbarie ».

Le regard du chef compatit. Il comprend cela. Avec la culture, on arrive toujours à se comprendre… si on arrive à la transmettre.

Extrait à voir ci-dessous


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