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‘Parque Lenin’, d’Itziar Leemans : les yeux au loin, et son « amatxi » dans le coeur

1 octobre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Samedi 3 octobre à 10h au Royal sera rediffusé le documentaire Parque Lenin, sur l’exil depuis Cuba, de la jeune réalisatrice basque Itziar Leemans, retour sur l’émotion de sa première présentation hier mercredi.

Il lui a fallu franchir cette étape, de l’ombre vers la lumière, et de cette Amérique centrale où elle vit aujourd’hui à ce Pays Basque natal quitté il y a 6 ans, pour présenter hier mercredi son premier long-métrage documentaire, Parque Lenin, au public du Festival de Biarritz.

Ce moment où il faut passer de derrière la caméra jusqu’au devant de l’écran, la Luzienne Itziar Leemans l’avait déjà vécu en Suisse, en avril dernier, au Festival Visions du Réel, et la sélection du film dans un Festival mexicain dans quelques jours le lui demandera encore.

Comme peut-être bientôt également, l’annonce est imminente, le film pourrait être sélectionné au prochain Festival de films de la Havane à Cuba, là où elle co-réalisa le film avec son compagnon Carlos Mignon.

Hier, à Biarritz, l’émotion était forcément différente, qui n’était pas simplement celle de prouver, comme l’Ulysse de Joachim du Bellay, à quel point le voyage fut beau.

Ceux qui eurent la possibilité de partager un court temps de débat avec elle, à la fin du film très applaudi, purent ressentir combien cette histoire d’une migration loin des siens par un frère qui quitte Cuba pour le Jura (et tenter de devenir chanteur lyrique) fait corps avec la propre histoire d’Itziar.

itziar-leemans-biarritz-1Après quelques années de licence d’Histoire puis des études de photographies, elle-même a quitté les siens pour aller étudier le cinéma à Cuba, dans un voyage inverse de celui d’Antoin, son personnage principal.

A l’écran, le déchirement de la fratrie est perceptible, pour le frère Yusian et la soeur Karla, encore adolescents au moment du départ du grand frère. Celui qui part engendre le silence de ceux qui restent, confronté à un désir qu’ils peuvent admettre.

Et Parque Lenin parle de ça, de ce manque partagé, des bouleversements de la vie, mais aussi du prix à payer au moment de ne pas se retourner, quand on a le sentiment que le saut dans l’inconnu vaut mieux que l’immobilisme, qui est condamnation de son désir.

Refuser une existence de regrets, ne pas rêver sa vie, mais vivre son rêve.

parque-lenin-4Itziar aurait pu, elle aurait dû, elle aussi, rester dans ce Pays basque qu’elle aime et dont elle parle la langue. Être professeur d’Histoire ici, se contenter peut-être de cela, quand réalisateur(trice) de cinéma ici a pu faire sourire autour de la table de famille, une fois entendu, maintes fois répété.

Et se marier, et avoir des enfants ici, probablement.

Un événement intime a tout déclenché, et tout bouleversé.

Les quelques derniers mots de son amatxi (la grand-mère, en basque), ceux-là même qu’elle attendait, qu’elle espérait tant.

« Ne regrette pas ta vie, Itziar, suis tes choix, ton instinct. Et si tu dois partir d’ici, pars. Ne regrette rien, embrasse les tiens, et vie ta vie » furent le message laissé, dans un dernier souffle qui devait l’emporter.

« Dans la semaine suivante, durant le deuil, je ne sais pas pourquoi, j’ai entendu cette école cubaine, l’EICTV, plusieurs fois évoquée dans mon entourage, et je savais depuis bien longtemps que c’est l’une des plus grandes formations de cinéma au monde ».

Elle a fermé les yeux, senti son coeur s’accélérer. Quelques jours plus tard, sa candidature a été acceptée, et sa vie a bifurqué.

Être migrante à son tour. Rien n’est offert. Et l’éloignement, dans un pays où le téléphone coûte cher et où Internet n’existe quasiment pas, est un quotidien qu’il faut porter.

De retour pour quelques jours sur sa terre natale, hier, elle a confié deux projets en cours : un nouveau documentaire, au Mexique, et un film de fiction, qu’elle essaiera de tourner au Pays basque en fin 2016.

Elle a souri à la salle qui l’applaudissait, et a fait de son nom l’un de ceux qu’il faudra suivre, à l’évidence.

Dans ses yeux, un flou s’est installé, un visage s’est formé, elle a murmuré pour elle-même « gogoeta bat nere amatxirentzat… » (« une pensée pour ma grand-mère… »).


 


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