Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

« Paterson » : ceux qui aiment Jim Jarmusch prendront le bus (et ne le regretteront pas)

23 décembre 2016 > > 2 commentaires

Sorti le 21 décembre sur les bonnes toiles près de chez vous, le nouveau film du réalisateur américain célèbre une poésie de l’instant quotidien, pour laquelle y sont convoqués les thèmes de ses films précédents, dans une veine lumineuse, parfois tremblante.

C’est l’histoire d’un gars qui s’appelle Paterson, qui est conducteur de bus dans la ville de Paterson (New Jersey), et qui passe son temps à écrire de courts poèmes dans la veine de son livre préféré, « Paterson » (écrit par le poète William Carlos Williams, d’un bled proche de Paterson).

C’est l’histoire de ce gars qui partage sa vie avec Laura, sa compagne, qui ne voit la vie que par le noir et le blanc assemblés : cookies, collier du chien (Marvin), rideaux de douche et du salon, ses robes, les sets de table et serviettes, et les murs de leur maison.

paterson-jim-jarmusch-critique-1Salué cette année à Cannes mais absent d’un Prix de la mise en scène qui n’aurait pas dû lui échapper, Paterson fonctionne en boucles douces, pour chacune des 7 journées que l’on passe avec ces deux-là, du matin au soir, dans leurs routines régulières, pour lesquelles le spectateur est invité à en mesurer les petites variations.

And that’s all, folks, pour résumer, sauf que, aux manettes, c’est l’immense réalisateur américain Jarmusch qui propose cette ballade de Jim avec, chevillée à la caméra, cette idée toute simple d’un cinéma qui pourrait prendre le temps, nous proposer le détour d’un propos libre, et nous offrir à nouveau les allers-retours entre ses films.

En ce sens, le film est réellement lumineux, dans le sens où il agit en parfait contre-point de son précédent (et merveilleux) Only lovers left alive : interprétés par Tom Hiddleston et Tilda Swinton, ces Adam et Eve vivaient la nuit, vampires attentifs aux signes de fin de toutes choses, dans un environnement post-crise (Détroit) ou dans un paradis en voie de disparition (Tanger).

Dans Paterson, la nuit est devenue inattendu repos, et le matin n’est pas danger, mais poursuite du bonheur d’être ensemble.

only_lovers_left_aliveIci, à Paterson, les personnage principaux, interprétés par l’Américain Adam Driver et l’Iranienne Golshifteh Farahani (vue en particulier chez Bahman Ghobadi et Asghar Farhadi) , sont à l’affut de tout ce qui fait bonheur et lueurs d’espoirs, les deux films ne partageant finalement qu’une foi dans l’amour (et ce n’est pas rien).

Une fois monté dans le bus, l’environnement s’enrichit de discussions captées par le hasard, de présences régulières de jumeaux, et d’un bar où Paterson traine le soir (après avoir laissé le bouledogue à l’entrée, une habitude que l’animal peut prendre comme inamicale, et qu’il finira par lui rendre).

paterson-jim-jarmusch-critique-4paterson-jim-jarmusch-critique-10Dans ce petit théâtre de choses, finalement, seul y règne une forme d’amour perpétuellement en danger, avec une galerie de personnages rapidement familiers, autre marque de fabrique délicieuse du réalisateur.

L’enjeu du film se dévide sur deux heures, chacun y trouvera à la fois le langage et les obsessions de l’auteur de Dead Man (poésie), Stranger than Paradise (l’indécision), les discussions de comptoir (Coffee and Cigarettes), ou le sens de la vie (Broken Flowers).

paterson-jim-jarmusch-critique-6paterson-jim-jarmusch-critique-11On peut y percevoir une tonalité sombre, malgré tout, avec cette notion de perte qui relèverait d’une méthode éprouvant votre code moral (Ghost dog), et, quelques jours après l’avoir découvert, monte doucement l’envie de le revoir, de remonter dans le bus de Paterson. En accepter la routine, pour se rendre disponible aux détails, et aux reflets de visages dans le pare-brises.

Puis écrire, sans doute, à son tour. Ou sentir s’ouvrir en soi quelques mots simples.

Quand j’étais petit garçon, je conservais un livre
dans lequel, de temps à autre, je pressais des fleurs
jusqu’au jour où j’eus une belle collection.
L’asphodèle, comme un présage,
en faisait partie.
Je t’apporte, ressuscité,
un souvenir de ces fleurs.

William Carlos Williams

« Film mineur dans une oeuvre majeure », comme on peut le lire joliment dans la presse cinéma, Paterson doit pouvoir être considéré comme un voyage immobile où ceux qui aiment l’univers de Jarmusch se sentiront confortés par ces nouvelles retrouvailles.paterson-jim-jarmusch-critique-5


 


Commentaires

2 réponses à « Paterson » : ceux qui aiment Jim Jarmusch prendront le bus (et ne le regretteront pas)

  1. Jgarate dit :

    Une petite merveille, ça m’a donné l’énergie pour affronter Noël, 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.