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Patrick Deville, balade tourbillonnante dans le Mexique de Trotsky

30 septembre 2014 > > Soyez le premier à réagir !

VIVA, de Patrick Deville (il sera le 1er Octobre au Festival de Biarritz d’Amérique Latine à 10h, entrée gratuite)

Présentation de l’éditeur :

viva-devilleEn brefs chapitres qui fourmillent d’anecdotes, de faits historiques et de rencontres ou de coïncidences, Patrick Deville peint la fresque de l’extraordinaire bouillonnement révolutionnaire dont le Mexique et quelques-unes de ses villes (la capitale, mais aussi Tampico ou Cuernavaca) seront le chaudron dans les années 1930.

Les deux figures majeures du roman sont Trotsky, qui poursuit là-bas sa longue fuite et y organise la riposte aux procès de Moscou tout en fondant la IVe Internationale, et Malcolm Lowry, qui ébranle l’univers littéraire avec son vertigineux « Au-dessous du volcan ».

Le second admire le premier : une révolution politique et mondiale, ça impressionne. Mais Trotsky est lui aussi un grand écrivain, qui aurait pu transformer le monde des lettres si une mission plus vaste ne l’avait pas requis.

On croise Frida Kahlo, Diego Rivera, Tina Modotti, l’énigmatique B. Traven aux innombrables identités, ou encore André Breton et Antonin Artaud en quête des Tarahumaras. Une sorte de formidable danse macabre où le génie conduit chacun à son tombeau. C’est tellement mieux que de renoncer à ses rêves.

Leon-Trotsky-with-Frida-Kahlo

Leon-Trotsky-with-Frida-Kahlo

Un conseil au futur lecteur de Viva. Mettez un vêtement confortable, choisissez une bouteille de votre poison préféré, ajustez la lumière et décrochez le téléphone. Et si possible vous aurez lu auparavant Malcolm Lowry « Au dessous du volcan » et Jeannot Lapin.

Bien, maintenant je vais en parler sans trop en dévoiler. Pour vous laisser le plaisir de voyager dans le temps et dans l’espace. Et parce qu’il est impossible de résumer un livre comme celui-ci. Parce que ma mémoire me fait défaut, parce que je ne me souviens déjà plus du début, parce que les personnages sont nombreux, trop nombreux pour suivre l’histoire, que dis-je les histoires qui se mêlent se chevauchent, se croisent ou s’ignorent.

Le roman commence avec l’arrivée de Trotsky au Mexique

« Au bas de l’échelle de coupée du Ruth, pétrolier norvégien sur l’est, on remet au proscrit Trotsky le petit pistolet automatique confisqué à l’embarquement trois semaines plus tôt. Celui qui a commandé l’une des armées les plus considérables du monde glisse dans une poche tout ce qui reste de sa puissance de feu. C’est un homme d’âge mûr, cinquante-sept ans, les cheveux blancs en bataille, à son côté sa femme aux cheveux gris, Natalia Ivanovna Sedova. Ils sont pâles, éblouis par le soleil après la pénombre de la cabine. On voit sur une photographie Trotsky se coiffer d’une casquette de golf blanche et peu martiale. »

Accueilli par Frida Kahlo et son mari Diego Rivera, l’homme n’est plus grand chose et ne sait pas encore que sa vie va se terminer sur cette terre étrangère.

Lowry se rend également dans le même pays.

« Il vient de quitter Hollywood où il a cherché en vain un petit contrat de scénariste. Jan et Lowry débarquent du paquebot Pensylvania au milieu d’un grand nuage de papillons jaunes qui tourbillonne sur les eaux bleues du Pacifique. Ils entrent en baie d’Acapulco le premier novembre, el Día de Todos los Santos, ou peut-être le deux, el Día de los Difuntos, traversent le port parmi les cérémonies funèbres et les musiques joyeuses, les pétards, les tambours et les fumigènes rouges et verts et blancs. Les deux gringos dont les bagages sont constellés d’étiquettes se dirigent vers l’hôtel Miramar. »

« Voilà Lowry y Trotsky en la misma ciudad« 

Au lecteur de se dépatouiller avec ces histoires parallèles, ces deux destins bien différents dont le seul point commun est la fuite plus ou moins forcée.

Le livre est intense, riche, trop riche même ; il suffit de voir les 5 pages de références à d’autres ouvrages.

« On doit bien naître quelque part et Margo est mexicaine. Cinq ans avant sa naissance, ses parents avaient débarqué à Veracruz, en mai 1925, et aussitôt pris le train pour Mexico. Son père avait choisi de s’appeler dès lors Jacobo Glantz.
Comme Trotsky, c’était un juif d’Ukraine qui avait passé son enfance à la campagne, avant de se faire révolutionnaire à Odessa où il avait rencontré Radek, Zinoviev et Kamenev qui mourront dans les procès de Moscou, mais aussi Isaac Babel et Alexandre Blok. Jacobo Glantz avait commencé son œuvre poétique en ukrainien, avait appris le yiddish au Mexique et publié des recueils en russe. Devenu pour survivre vendeur ambulant, puis dentiste, commerçant, restaurateur, il avait connu les muralistes Siqueiros et Orozco.
Dans son restaurant El Carmen, le peintre Vlady, Vladimir Kibaltchitch, le fils de Victor Serge, l’avait représenté monté sur un bouc, en juif éternel bouc émissaire. Il avait côtoyé Chagall qu’il avait retrouvé plus tard à Saint-Paul-de-Vence, et aussi Maïakovski, et Eisenstein venu tourner « ¡ Que viva México ! ». Il recevait Diego Rivera avec sa deuxième épouse Lupe Marín, puis avec sa troisième épouse Frida Kahlo, puis avec sa maîtresse María Felix. Une fois Trotsky lui avait dit qu’il ressemblait beaucoup à son frère, mais c’est avec Trotsky lui-même que la ressemblance sur les photographies est troublante. Et Diego Rivera lui avait demandé de poser pour un portrait de Trotsky jeune. Jacobo Glantz avait échappé de peu aux fascistes des Chemises dorées qui avaient tenté de le lyncher, à l’issue d’un meeting de soutien aux anarchistes Sacco et Vanzetti.« 

J’entends le bruit, je vois le tumulte, les colères, les passions, les amours passagères et les révolutions ici et ailleurs qui agitent le monde. Je dois revenir en arrière, je ne comprends plus bien qui est qui, qui fait quoi. C’est un vrai travail de recherche, de dates, de noms, de rencontres et d’évènements qui me perdent et me donnent le vertige.

Et je me dis que ce livre n’est pas fait pour moi. L’ex documentaliste, admire le travail, la lectrice a plutôt la migraine.

Je me dis pourtant que ce serait un film formidable.

deville


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