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Un soir avec Nemanja Radulovic [1/3] : Stéphane Garin, lutin Bayonnais par qui nait la tempête

2 février 2015 > > Un commentaire

Du 28 au 31 janvier, l’Orchestre Pau Pays de Béarn a fait de la venue du violoniste prodige Nemanja Radulovic l’occasion d’un programme exceptionnel, auquel Eklektika consacre un dossier enthousiasmé.

Première étape avec ce Concerto pour grosse caisse, magistralement interprété par le soliste Stéphane Garin, sous les yeux de son compositeur, Gabriel Prokofiev, présent au palais Beaumont de Pau pour en partager l’émotion.

Le chef d’orchestre Fayçal Karoui l’avait annoncé, ce Concerto pour grosse caisse écrit en 2012 par Gabriel Prokofiev n’avait pas d’autre destin de première partie que d’être décoiffant, quand ce « gros tambour » ne semble pas pouvoir porter autre destin que celui d’un instrument rythmique.

Inauguré au London Contemporary Orchestra de Londres il y a près de 3 ans, son interprétation par l’Orchestre Pau Pays de Béarn (OPPB), et en particulier par son soliste percussion en titre, le Bayonnais Stéphane Garin, avait décidé son auteur de franchir la Manche pour assister à ces représentations, intégrées en 1ère partie du programme honoré de la présence du jeune violoniste virtuose Nemanja Radulovic (qui enflamma Pau comme il le fit du public de Bilbao en décembre dernier, lire en bas).

Une petite demie-heure après le début de son exécution, même ceux qui y réagirent initialement par de la stupéfaction, ou une forme compréhensible de résistance mélodique, ne se firent pas prier pour applaudir bruyamment ce Concerto ébouriffant et remarquable, morceau de choix d’une soirée qui tint d’emblée toutes les promesses d’un rendez-vous d’exception.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Il avait suffi pour cela débuter par l’arrivée de ce percussionniste hors-norme, lutin discret que les nuits de Bayonne éclairent bien moins que sa place majeure dans l’orchestre, l’homme revendiquant une livrée originale, tee-shirt sur les épaules et coupe Portobello Road.

Du premier mouvement, Lento Scuro, parvint l’atmosphère de ces crescendos très lents qui hantent le début des films de Lars von trier, dans ses trajectoires les plus apocalyptiques.

Penché sur sa grosse caisse inclinée, dans une forme indéniable de combat assumé avec le reste de l’orchestre, Stéphane Garin put entamer une valse d’objets fabriqués par ses soins et frottés, frappés, martelés sur la peau de l’instrument, de la main ou avec par des maillets en bois, une caméra retransmettant sur un grand écran les vibrations d’une surface tannée toute disposée à rugir.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Il pose les deux mains sur l’épiderme de la grosse caisse, accorde ses tremblements de terre, tandis que, tout autour de lui, les violons espèrent par de longues notes étirées l’en supplier de les retenir.

De l’hypnose sonore produite est très vite déployé l’espoir d’échapper aux tempêtes, de prévenir la puissance qui à tout moment peuvent gonfler les joues du tambour monstrueux, un regard circulaire de Stéphane Garin ne donnant aucun signe d’acceptation, les yeux fixés sur son seul maître à bord, les partitions de Gabriel Prokofiev.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Les notes sont perceptibles, feutrées quand elles l’ont décidé, ou répétitives quand s’entend une rythmique de Drum’n’Bass plus attendue dans une boite de nuit de Manchester qu’ici, face aux parterres policés.

La magie du moment tient sans doute à cela, à ce décalage inattendu entre l’à-priori trop simple de cet instrument obèse et la forme certaine d’une mélodie féminine, ludique, qui s’en dégage, comme une sorte de frivolité libérée, un groove rarement entendu.

La certitude nouvelle peut dès lors être attaquée à l’estomac par le 4ème et dernier mouvement, cet Allegro Brillante réveillant les monstres tapis des tumultes, la partition déchainant des arcs électriques entre la poésie russe que Gabriel possède de son grand-père et ces orages dont Pierre Boulez nous transmit les mots secrets.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

La peau de la caisse est agressée de coups de maillets, tout fait sens et son, les « toc » sur la carcasse répondent aux « click » sur son armature de tension, tandis que déferlent des nappes d’émotion sous le grondements des archets.

Le final peut libérer l’extase, les bravos et les applaudissements, nous donnant l’impression d’en avoir fini du sourire du compositeur qui a rejoint l’orchestre sur scène.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Mais l’époque a besoin que l’on se nourrisse encore et encore de nourritures justes et comprises.

Cela n’est pas rien d’avoir fait percevoir la subtilité et la liberté d’expression musicale au milieu du tonnerre simplement perçu.

Alors Stéphane Garin peut revenir sur scène, disposer sous nos yeux ébahis la couverture de Charlie Hebdo et donner à entendre la voix enregistrée de Cabu, « c’est bien des malheurs, oui, la bêtise, notre époque », et son rire rallumé quand on le regrettait trop vite éteint.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Le lutin bayonnais peut sortir les mains jointes au-dessus de la tête, l’émotion partagée, comme cette certitude que, ici, à l’OPPB, le mot « ensemble » a rejeté le lit des raidissements classiques perçus ailleurs.

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Crédit photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com


radulovic-oppb-20A suivre mercredi sur Eklektika

Un soir avec Nemanja Radulovic [2/3] : Faycal Karoui, ressusciter Jacques Brel d’un coup de baguette


 


Commentaires

Une réponse à Un soir avec Nemanja Radulovic [1/3] : Stéphane Garin, lutin Bayonnais par qui nait la tempête

  1. Jean-Claude Quénet dit :

    Mais que diable la récupération CHARLIE HEBDO venait-elle faire en cette galère ?…Je costate que je ne suis pas le seul à faire ce commentaire …

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