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Serbielle : « Valls m’empêche d’être Basque ? Ce n’est pas mon problème, c’est le sien »

30 août 2014 > > Soyez le premier à réagir !

En écoutant le chanteur basque Peio Serbielle prononcer sans colère ni ricanements cette phrase lors de notre rencontre ce jeudi 28 août 2014, on mesure combien sa longue route, passée de la lumière à l’ombre (carcérale) il y a dix ans, n’a pas éteint son âme, mais l’a enrichie d’une nouvelle force, perceptible derrière ses lunettes noires.

Son 7ème album, ZARA, finalisé ces jours-ci, l’atteste. Sa voix est toujours là (comme ici, pour son puissant Ziburutik Sarara), qui lui avait ouvert la reconnaissance du monde entier et des plus grandes maisons de disques françaises (Polydor, Universal, Sony). Et ses textes en langue basque n’ont nul besoin de traduction pour partager son univers polyphonique, généreux et terrien, « comme le voyage de quelqu’un qui partant de chez lui, l’odeur de sa terre en bandoulière, traverse d’autres quartiers, son voisinage, d’autres banlieues, d’autres pays, d’autres peuples, et chaque fois, s’enrichit de toutes les rencontres qu’il a faites”, résume-t-il sur son site personnel.

zaraCe citoyen du monde est né en Soule, sous le signe de ceux qui ne renoncent pas, dans le contexte connu où le 1er ministre Manuel Valls n’a pas adopté une attitude plus ouverte que ces prédécesseurs sur les revendications de reconnaissances culturelles ou territoriales du Pays Basque. Notre homme ne baisse pas les yeux, quand, en sous-titre de toute sa vie, il revendique une foi polythéiste intacte. Dans la nature qui l’a vu naître du côté de Mauléon et fortifie ses racines, dans ceux d’hier qui gisent dans les cimetières de villages sans nous avoir jamais quittés. Et dans ceux qu’un pas décidé permettra de rencontrer à l’avenir.

Auto-produit et auto-distribué comme le premier volet NAIZ en 2008 (« je suis » en basque) d’une trilogie, ZARA (« tu es« ) précèdera GARA (« nous sommes« ), avec cette même idée que la musique peut être une grande table de famille. Sans à avoir à présenter ses papiers d’identité (et tant pis pour Valls). Chacun est invité à s’en rapprocher, à apporter ce qu’il souhaite partager, et n’en sont exclus que ceux qui demandent qu’on leur précise avant ce qu’ils pourraient y trouver.

Et c’est l’une des plus belles nouvelles qu’un grand artiste comme lui pouvait nous apporter.

« LA DIFFICULTÉ N’A JAMAIS ÉTÉ DE SAVOIR QUOI FAIRE, MAIS COMMENT LE FAIRE »

peio serbielle bayonneQu’il ne soit plus celui qui, à la fin des années 90, comptait au quotidien des amis proches comme Foulquier et son émission « Pollen », Renaud, Moustaki ou Higelin, ne le tracasse pas. Sans se hâter aujourd’hui sur ce chemin qu’il n’a jamais quitté, il se souvient en souriant que ce « quelque chose ou je ne sais quoi« , qu’il composait avec une humilité nourrie de travail, en langue basque, lui valait à la fois une éclosion internationale dans cette grande famille française, et d’être parfois classé chez les grands disquaires parisiens dans les bacs de « variétés internationales ».

Car il le profère les yeux baissés : sa chance est sans doute d’être né sous la bienveillance d’une mère qui l’envoie prendre des cours de piano tout bambin, quand son milieu familial n’est pas tourné vers cet univers, mais « elle m’a toujours accompagné là où c’était indispensable« .

De passe-temps, la musique devient un besoin, et le 1er avril 1971, lorsqu’il subit un traumatisme crânien qui le plonge 5 jours durant dans le coma, c’est encore elle qui place une guitare dans les bras de son gamin, pour qu’il puisse renaître doucement au monde.

Une deuxième date d’anniversaire intime, qu’il mettra à profit pour ses 4 premiers albums, nourris des frissons portés par l’écrivaine basque Itxaro Borda, ou de son amour pour la nuit, « ce moment de rébellion possible et poétique contre l’ordre exigé par le jour« .

Avant ce choc frontal du 3 octobre 2004, comme un nouveau trauma, lorsque son nom apparait dans les pages Justice de tous les quotidiens nationaux.

« TU AS L’IMPRESSION DE TE RETROUVER COMME UN GLAND »

peio serbielle basqueLe passage en tôle, pour 16 mois de préventive (assorti d’une interdiction de sortie du territoire français de 6 ans) aurait pu lui casser les genoux, quand, avant son emprisonnement pour avoir hébergé des militants basques criminalisés au Sud, il finalisait un grand projet baptisé « L’héritage des Basques ».

Il l’avait imaginé enrichi de musiques traditionnelles de Corse, de Grèce, du Maroc, de Bulgarie ou du Japon, mais tout ou presque est effondré à sa sortie de prison, préfère-t-il résumer sans employer le mot « pestiféré ».

Une nouvelle fois, renaître au monde passera par la composition musicale, reprise pied à pied, pour ce EGON, LE CHANT DES LEGENDES BASQUES (2006, Sony Music). Album collectif particulièrement cher aux âmes de ceux qui se sont éloignés de ces terres, Peio Serbielle écrit les textes des chansons originales, participe aux arrangements et à la composition de certains autres, et prête sa voix à quatre des titres de l’album.

Une aventure qui clôt une route, mais précise un nouvel itinéraire, celle d’une trilogie primale, forte de ses interrogations sur l’âme basque : Naiz (2008) – Zara (2014) – Gara.

« ON N’A PAS BESOIN D’ATTENDRE L’AUTORISATION DE NOUS RETROUVER, POUR ÊTRE BIEN ENTRE NOUS »

peio serbielle 3Depuis sa genèse, la trilogie tire sa force du partage d’un maitre mot (« c’est un compagnonnage »), qui invite à se rejoindre, en famille et dans un même titre, des couplets en breton, en basque ou en gaélique. Qu’il entonnera en famille, avec le chanteur Renaud ou l’accordéoniste Philippe de Ezcurra, le quatuor à Cordes Arnaga, mais également aux côtés du Breton Gilles Servat et de la chanteuse écossaise Karen Matheson.

Aux années fastes des grands labels internationaux (Polydor, Universal ou Sony), Peio Serbielle est certes passé à une phase volontaire d’auto-production et d’auto-distribution.

Ce nouveau combat-ci, abordé en pleine conscience, est porté comme le moyen de gérer en direct le travail nécessaire sur un mal profond, transformé en combat déterminé : un hymne puissant aux cultures minorisées, « vernaculaires, pour être précis, c’est à dire indigènes« , sourit-il, soutenu par des rythmiques celtes ou des grandes lignes de contre-basse.

A l’évidence, le projet artistique global échappe aux seules logiques des labels « innervés de fonds de pension américains« , mais il s’enrichit de parcours de vies partagées, que l’on peut suivre sur Internet dans le projet Peioren Bobinoak (« Les bobines de Peio ») : dans le cadre du projet musical ZARA, il interroge des acteurs de ces territoires, natifs ou « allogènes », sur leur relation avec leur terre, leur histoire ou leur culture.

Peio Serbielle reste porté par une certitude offerte à tous et partagée par de nombreux artistes invités : « la joie, l’humour, l’humain : des armes plus fortes que celles qui tuent des gens« .

Les échanges se multiplient, comme celui entre une Ikastola de Donostia et une école Diwan de Vannes, terreau de Bretagne où sortira en premier le nouvel album Zara. 25% des recettes bénéficieront directement au soutien qu’il a souhaité apporter à cet enseignement immersif du breton, avant que le disque Zara ne fasse son apparition sur les bacs du Pays Basque (ou sur son site personnel).

Dans les prochains mois, il fera également partager sa certitude des échanges nourrissants en Ecosse, en Allemagne et en Belgique. Ou ailleurs, puisque le hasard n’est pas une inconnue, mais une compagne à ne jamais sous-estimer. Et Peio Serbielle continuera sa marche, de sa terre des Basques vers les terres des autres.

« Sans la tendresse, et partant, ces mégatonnes d’Amour que nous nous devons de donner à l’Autre, rien n’existe … Rien ne peut exister !« , et il sourit…


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