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Son corps pour dés-art-mer la Russie de Poutine : impressionnant « Pawlenski » au FIPA Biarritz

28 janvier 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Le sujet est fantastique, et le traitement du portrait de l’artiste activiste russe Piotr Pavlenski l’est tout autant : « Pawlenski – Der mensch und die macht » (« L’homme et le Pouvoir ») est l’un des très grands documentaires qui ait été donné d’être vu cette année au FIPA Biarritz, encore visible ce samedi 28 janvier à 17h15 au Casino Municipal.

Quelques mois durant, la caméra de la réalisatrice allemande Irene Langemann est restée au contact de l’homme qui dérange le pouvoir de Poutine,  Piotr Pavlenski, par des performances artistiques radicales dont la violence physique est tournée vers son seul corps, et qui a pour effet depuis 2012 de faire tourner en bourrique les juges qui s’acharnent à le condamner, et à le faire cesser.

Ne reculant devant rien pour dénoncer l’oppression liberticide sur le peuple, Piotr Pavlenski enchaine effectivement des mises en scène d’auto-mutilations très spectaculaires pour éveiller les esprits.

Natif de Saint-Pétersbourg, le militant assume un contenu politique, « mon objectif est de montrer aux gens qu’ils doivent cesser d’être des objets passifs, soumis à un système, pour devenir des sujets de leur propre existence », dit ce père de deux enfants qui vit en ermite dans un appartement moscovite.

« Cousin intellectuel » du dissident chinois Ai Weiwei et « héritier » naturel des punkettes des Pussy Riot, Pavlenski bénéficie, en Russie, de la reconnaissance de la communauté artistique.

Sa première action date de juillet 2012 lorsque, en signe de protestation à l’arrestation du groupe punk Pussy Riot par les autorités russes. il décide de se coudre la bouche avec du fil de fer, devant la cathédrale de Kazan à Saint-Pétersbourg : il en sera délogé par les policiers, non sans avoir d’abord semé l’effroi et la sidération avec ce qu’il définit comme une intervention artistique, baptisée « Bouche cousue ».

Ses ennuis avec la justice et un avenir de mois de prison face à lui ne l’empêchent pas, à chaque sortie de cellule, de renouveler ce type d’actions.

En mars 2013, c’est Carcasse, Pavlenski s’emprisonne, nu, dans un rouleau de fils de fer barbelés pour protester contre la loi interdisant la promotion de l’homosexualité.

En novembre 2013, autre scandale avec Fixation : Pavlenski, entièrement nu, se cloue la peau des testicules sur le pavé de la place Rouge lors de la Journée de la police.

En février 2014, à Saint-Pétersbourg, il improvise une barricade de pneus, qu’il brûle, et hisse un drapeau ukrainien, pour Liberté, en solidarité avec le soulèvement populaire de Kiev.

En octobre 2014, il escalade, nu, le toit du tristement célèbre hôpital psychiatrique Serbsky de Moscou, où furent jadis enfermés des dissidents soviétiques : il se tranche un lobe d’oreille à la manière de Vincent Van Gogh, Séparation entend « dénoncer l’Etat policier qui utilise à nouveau la psychiatrie à des fins politiques ».

Le film retrace ces étapes, en donnant la parole à l’activiste radical, éclairant sa démarche dans la continuité d’une pensée radicale où « être Russe aujourd’hui, c’est accepter de perdre quelque chose, fusse-son propre corps ».

Le portrait se termine en juin 2016, où Piotr Pavlenski sort libre d’un procès pour avoir aspergé d’essence le siège du FSB, les services secrets russes, immortalisant sa figure méphistophélique figée devant la « Porte de l’enfer ».

L’histoire est sidérante, et ne vaut ni exemplarité ni compassion devant un martyr illuminé : son art violent est assumé comme l’un des moyens d’échapper à l’étouffement d’un peuple, et de choisir soi-même les limites de sa liberté, en transformant son corps en champs de batailles.

Elle porte la radicalité d’une expression où tant d’autres actions se sont heurtées à la violence du régime de Poutine, quand cela ne se termine pas d’une balle dans la tête devant le Kremlin, comme ce fut le cas en février pour l’opposant politique Boris Nemtsov (sujet du doc moins réussi Moï Drug Boris Nemtsov de Zosya Rodkevich, également présenté au FIPA cette année).

« Moï Drug Boris Nemtsov », FIPA 2017

Il a quelques jours, Piotr Pavlenski et sa femme ont fui la Russie, après l’accusation qu’ils contestent du viol d’une amie comédienne : les services secrets leur ont apporté toutes les facilités possibles pour quitter le pays et leur ficher la paix.

Actuellement en France et soutenu par de nombreux médias dont Mediapart, le couple a demandé l’asile politique au président François Hollande : très espéré, un FIPA d’Or au palmarès de ce soir n’est donc pas le seul geste inspiré attendu.


Pawlenski – Der Mensch und die Macht

En 2012, l’artiste russe Piotr Pavlenski a attiré l’attention du monde entier en se cousant la bouche pour montrer sa solidarité avec les membres des Pussy Riot. D’après Pavlenski, les artistes politiques de la Russie de Poutine sont condamnés au silence. Son intention est de révéler comment le pouvoir réduit les gens à l’état d’objets. Ce film témoigne des inquiétudes de Pavlenski pour les libertés individuelles confrontées à la puissance de l’État.

Allemagne – 2016 – 01h39 – Réalisé par Irene Langemann
Encore projeté ce samedi 28 janvier à 17h15 au Casino de Biarritz


Moï Drug Boris Nemtsov

Boris Nemtsov, portrait intime par un journaliste devenu son ami. Vice-premier ministre et « héritier présomptif » du président Eltsine puis adversaire inflexible de Poutine, ce chef de l’opposition russe fut assassiné, tout près du Kremlin, en février 2015. Campagnes électorales et chambres d’hôtel, manifestations et travail de bureau, compartiments de trains et salles d’audience, promenades nocturnes et fourgons de police… vous n’avez jamais côtoyé d’homme politique d’aussi près.

Estonie – 2016 – 1h13 Réalisé par Zosya Rodkevich
Encore projeté le samedi 28 janvier à 15h45 au Colisée Biarritz


 


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