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Dans l’angle mort des Présidentielles, la Culture retient son souffle selon les candidats

21 avril 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Passé 20h ce dimanche 23 avril 2017, seules quelques unes des propositions étalées par les 11 candidats resteront encore sur la table, le second tour puis le quinquennat qui suivra se donnant le temps de les transformer en engagements non tenus (Hollande) ou en persistantes frayeurs dans l’échine pour certains programmes radicaux actuels.

A quelques heures de la désignation des deux finalistes du 1er tour des Présidentielles du dimanche 23 avril 2017, la Culture a depuis longtemps anticipé l’annus horribilis qui caractérise habituellement les contre-coups d’une campagne politique qui génère une vacance de la prise de décisions politiques fondamentales, au moins aussi impactante que l’absence de « désirs » qui accompagne généralement la frustration (ou la consternation) après la fin du scrutin.

Un exemple outre-atlantique permet de mesurer le poids des périodes électorales sur cette envie de sortie : au lendemain de la nomination de Donald Trump au poste de président américain, les salles de cinéma et de spectacles se sont considérablement vidées en France, au point de voir les fréquentations être comparées à la déflagration mondiale des attentats du 11 septembre 2001.

Cet état de sidération attendu influe déjà sur les dates repoussées de nombre de nouveaux albums attendus, de tournées ou de films majeurs, du temps étant donné pour accroitre les chances des pénétrants dans un marché morose attendu.

L’impact n’est pas neutre, dans une logique économique très dynamique de la culture qui, il faut le rappeler, produit une plus-value globale extrêmement forte dans l’économie française, en particulier dans la restauration, le tourisme et dans l’industrie des loisirs.

Loin derrière les problématiques d’emplois, de sécurité ou de fiscalité, la culture est restée dans un angle mort de l’exposition médiatique des candidats, quand chacun d’entre eux a pourtant nourri son programme de propositions/engagements/promesses plus ou moins détaillés.

L’aspect le plus notable pour l’ensemble des 11 candidats est le refus de mettre à mal le régime d’intermittent du spectacle, Hamon et Mélenchon proposant de l’étendre aux artistes n’entrant pas dans le champ du spectacle (auteurs, scénaristes, compositeurs), quand Marine Le Pen souhaite par contre de son côté « un contrôle plus stricte des sociétés qui en abusent ».

Les 5 principaux candidats sont ceux qui ont le plus entrepris de clarifier leurs positions, ceux étant désignés comme les « petits » n’y accordant souvent qu’une faible attention.

Ainsi la culture est quasiment absente des propositions de Nathalie Artaud (Lutte Ouvrière) et de Philippe Poutou (NPA), se recentre sur la préservation du patrimoine pour Nicolas Dupont-Aignant, et n’est pas chiffrée chez François Asselineau (axé sur le patrimoine et la déprivatisation de TF1), Jean Lassalle (création d’une Fête de la Philosophie et des Savoirs le 21 mars) et Jacques Cheminade (« mettre à la disposition de chaque département un télescope d’au moins 80 centimètres de diamètre »).

Dans leurs globalités, les programmes de Marine Le Pen et de François Fillon expliquent assez clairement les raisons pour lesquelles ils comptent bien peu de soutiens dans le monde culturel, par la vision réajustée d’une « culture patriotique de proximité » pour la leader du Front National, une « culture au service du récit national » et une volonté « d’adapter l’offre culturelle aux exigences du tourisme » pour celui des Républicains.

Électron auto-désigné comme libre dans ses engagements politiques, Emmanuel Macron est finalement celui qui, des 5 « grands candidats », en dévoile le spectre le plus réduit, un Passeport de 500 euros pour chaque Français à son 18ème anniversaire surdéterminant sa proposition sur cette thématique.

A gauche de ces considérations, Benoit Hamon (Pass Culture pour les 12-18 ans) et Jean-Luc Mélenchon (gratuité absolue et universelle dans les établissements publiques) se portent les candidats souhaitant lâcher la bride à la part financière de ce champ thématique, avec une intervention accrue de l’Etat dans son renforcement à l’éducation et aux pratiques.

Dans un contexte où le budget d’intervention de la Culture est actuellement de l’ordre de 320 millions d’euros (hors frais de fonctionnement, qui le porte en tout à près de 1% du PIB, soit 10 milliards d’euros), les deux candidats souhaitent le voir considérablement augmenter, pour le voir être sanctuarisé à ce niveau (Hamon) ou doublé (Mélenchon), avec les dispositions les plus massives dans le champ de la préservation du Patrimoine, de la pratique renforcée de l’éducation artistique dans l’enseignement.

Une intervention de l’Etat-providence rejetée par Fillon, qui lui préfère le développement du mécénat, du crowfunding, et des partenariats public privé (PPP), par le conditionnement des subventions régionales à un seuil de préfinancement des projets par le privé.

Macron le rejoint sur ce point avec l’introduction d’une « rentabilisation » des industries culturelles et du patrimoine, par un désengagement progressif de l’État et un conditionnement renforcé (non explicité) des subventions.

Les horaires d’ouverture plus étendus des établissements culturels y figurent en socle commun, en développant le bénévolat pour François Fillon, en l’ouvrant systématiquement à tout écolier/étudiant pour Hamon, ou, pour Mélenchon, en imposant la gratuité des musées pour tous sans distinction quand recevant des subventions publiques nationales.

Dans les propositions diverses des candidats, on retrouve chez Fillon une obligation faite aux Fonds Régionaux d’Art Contemporain (FRAC) d’exposer davantage leurs 20.000 oeuvres dans les lieux publics et la « préservation des librairies indépendantes » ; chez Hamon, la volonté de créer des Fabriques de Culture (dédiées à la création artistique et cultuelle, à l’expérimentation et à la recherche) ; chez Le Pen, un « grand plan national de création de filières des métiers d’art », pour dynamiser un secteur en attirant des jeunes vers les professions artistiques ; chez Mélenchon, l’interdiction pure et simple du sponsoring privé pour les établissements culturels, mais la création de centres nationaux dédiés aux jeux vidéo.


La culture numérique, et son gendarme Hadopi, cristallise aussi les différences, Fillon souhaitant « le conforter dans son rôle pédagogique », Le Pen et Mélenchon souhaitant l’abroger définitivement, en ouvrant le chantier de la « licence globale », autour de la possibilité de rémunérer les ayants droits par une taxe universelle sur les abonnements internet.

Hamon et Macron ne se prononcent clairement pas sur la question, le premier appelant à l’augmentation de l’offre culturelle numérique gratuite, quand le second plaide pour un « Netflix européen », en soumettant les poids lourds internationaux du numérique aux mêmes obligations fiscales que leurs homologues français.

Peu ou prou de nouvelles constructions culturelles dans le viseur proche des candidats, dans une période économique où cela n’apparait pas comme absolument prioritaire pour aucun d’entre eux.

Fillon souhaite que soit portée à Strasbourg la création d’un lieu rassemblant des oeuvres d’art en provenance des grands musées européens, tandis que Hamon imagine sur Paris un futur Palais de la langue française.

Mais rien de comparable avec la volonté de Jacques Cheminade d’ouvrir dans chaque commune de 500.000 habitants un Musée de l’Imaginaire : lui même y contribuera certainement, après qu’il ait défendu en 2012  « la mise en place d’un corridor thermonucléaire entre la Terre et Mars, via la Lune », pour faire court.

Passé 20h ce dimanche 23 avril 2017, seules quelques unes de ces propositions resteront encore sur la table, le second tour puis le quinquennat qui suivra se donnant le temps de les transformer en engagements ou en promesses non tenues, comme celle en 2012 de François Hollande de supprimer Hadopi et de faire de la culture « sa priorité pour les jeunes ».

En 5 ans de gestion social-démocrate et trois Ministres à sa tête, le budget d’abord raboté de 2% par an jusqu’en 2014 est revenu au seuil symbolique de 1% du PIB en 2016, les organisations professionnelles ayant pris le temps de critiquer une disposition pré-électorale obtenue par modification de ses critères de calcul.

Dans l’intervalle, ont été rapidement oubliées les mises en place de labels pour la création artistique ainsi que la création d’un Observatoire de la création et de la diversité culturelle.

Cinq ans, cela passe tellement vite, parfois.


 


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