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Rentrée littéraire 2015 : s’y retrouver dans les Prix (et quelques autres livres)

13 novembre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Ca y est, la liste des livres à offrir à Noël (on n’en a jamais été aussi proche cette année) est officiellement « complète », la saison des prix littéraires venant d’accoucher du dernier nom pour 2015, avec la remise du Prix Interallié pour l’excellent La Septième Fonction du langage de Laurent Binet.

Sans jamais oublié que les Prix ne valent que coups de projecteurs sur les 700 livres sortis cette automne, petit récapitulatif des heureux lauréats, et d’autres livres qui sont passés à côté, en ayant été parfois pressentis.

Ce qui semble malgré tout caractériser la moisson de cette année, c’est la quasi-unanimité qui a accompagné chacun d’eux, en particulier La boussole (Actes Sud) de Mathias Enard, prix Goncourt 2015 : il sera jeudi 19 novembre à 19h à l’excellente librairie Le 5ème Art de St Jean de Luz pour une conférence-dédicace.

On ouvre le paysage en même temps que le débat, après une petite ballade nourrie de curiosité dans les rangs fournis d’une indispensable librairie de Bayonne,

bonnes lectures à tous.


BOUSSOLE, de Mathias Enard
Prix Goncourt

prix-litteraires-2015-5Ed. Actes Sud, 384 p., 21,80 €

Une longue histoire, celle de l’amour de l’Orient, de la passion de l’Orient, et des couples d’amoureux qui la représentent le mieux : Majnoun et Leyla, Vis et Ramin, Tristan et Iseult. Sans oublier ce qu’il peut y avoir de violent et de tragique dans ces récits, de rapports de force, d’intrigues politiques et d’échecs désespérés.

Boussole-goncourtDe la Syrie à Vienne, le roman est soutenu par les questions qui hantent le narrateur du livre, un jeune musicologue autrichien nommé Franz Ritter. Au point qu’il n’en dorme pas. qu’il n’en dort pas. Le roman est le récit d’une insomnie, qui dure de 23 h 10 à 6 heures.

Défile dans sa mémoire démesurée tout le gratin de ceux qui depuis deux cents ans ont fait le voyage, fût-ce en restant dans leur chambre. Heine, Wagner, Bizet, Balzac, Kakfa, et autres. Jusqu’à un certain Frédéric Lyautey, iranologue des temps de la Révolution islamique, personnage qui met le feu à la dernière partie du roman.

Le livre d’un artiste des mots, plus encore qu’un savant des géographies. Assurément un très grand plaisir de lecteur.


LA SEPTIÈME FONCTION DU LANGAGE, de Laurent Binet
Prix Interallié

laurent-binetEd. Grasset, 495 p., 22 €

Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L’hypothèse est qu’il s’agit d’un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l’époque, tout le monde est (forcément) suspect

« Le gros lot », écrivait le 25 septembre dernier Murielle Barthe pour Eklektika, dans son billet de présentation, « c’est un polar-thriller, c’est une comédie, c’est un roman historique. Mais c’est surtout et avant tout un roman intelligent et instruit. Il est le livre compagnon du lecteur qui aime autant apprendre que s’amuser »

La suite de sa chronique à lire en bas de l’article


TITUS N’AIMAIT PAS BÉRÉNICE, de Nathalie Azoulai
Prix Médicis

nathalie-azoulai-titusTitus n’aimait pas Bérénice, alors que Bérénice pensait qu’il l’aimait. Titus n’aimait pas Bérénice, alors que tout le monde a toujours pensé qu’il n’avait pas le choix et qu’il la quittait contre sa propre volonté.

Nathalie Azoulai a eu envie d’aller y voir de plus près, en repassant au plus près de l’héritage théâtral de ce couple déchiré, écrit par un homme comme Racine, coincé entre Port-Royal et Versailles, entre le rigorisme janséniste et le faste de Louis XIV.

Comprendre comment il a réussi à écrire des vers aussi justes et puissants sur la passion amoureuse, principalement du point de vue féminin, c’était se demander comment un homme comme lui pouvait avoir écrit des choses comme ça.

La chronologie est linéaire, elle suit les pas de Racine dans l’écriture et dans le monde, une pièce après l’autre, en choisissant de placer au centre de ce parcours cette fameuse tragédie où il entend « faire quelque chose à partir de rien ».

Titus n’aimait pas Bérénice, c’est une façon de rationaliser le chagrin d’amour, de dire que Bérénice a raison d’être aussi atteinte en comprenant que Titus ne l’aime pas autant qu’elle l’aime.

Mais c’est aussi le moment d’arrêter de penser que Titus l’a quittée contre sa volonté. Il l’a quittée parce qu’il ne l’aimait pas, pas assez, sans doute.

Ed. P.O.L, 316 p., 17,90 €.


D’APRÈS UNE HISTOIRE VRAIE, de Delphine de Vigan
Prix Renaudot

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« Que vas-tu, que peux-tu écrire après cela ? ».

Ceux qui ont découvert l’auteur de Rien ne s’oppose à la nuit (2011) ne peuvent avoir oublier ce roman tellurique, plongée à vif dans les troubles d’une famille « bien sous tous rapports », au scalpel pour trancher dans la découverte de ce qu’il reste de soi, après les drames compris et vécus.

Ici, l’écrivain se prénomme « elle aussi » Delphine, que l’immense succès critique et public rencontré par son dernier roman, d’essence autobiographique et consacré à sa mère, laisse en plein désarroi.

Devenue « ce terrain si fragile, si meuble, si friable », Delphine, lors d’une soirée amicale, fait la connaissance de L., une jeune femme de son âge, 40 ans et des poussières. Elles sympathisent, se revoient, se découvrent ces affinités électives sur lesquelles se scellent les amitiés irrésistibles.

Il y a du Misery dans ce nouveau De Vigan, par le dysfonctionnement progressif de cette ­relation amicale qui révèle peu à peu sa vraie nature : la prise de pouvoir d’un individu sur un autre.

L’enjeu littéraire dépasse le thriller, pour plonger dans l’essence même de cette nécessité de passer par la littérature pour tenter de vivre, creuser plus encore dans son intimité ou prétendre à une pure fiction, « le cauchemar de tout écrivain ».

Ed. JC Lattès, 480 p., 20 €


LA CACHE de Christophe Boltanski
Prix Femina

La-Cache-boltanski

Plutôt une exception dans le genre : cette année, le Prix Femina a récompensé un premier roman.

Fils du sociologue Luc Boltanski, neveu du plasticien Christian Boltanski, l’écrivain-journaliste Christophe Boltanski, 53 ans, nous invite dans « La cache » à suivre sa famille, géniale et névrosée, dans l’hôtel particulier de la rue de Grenelle, à Paris, où ils ont tous vécu.

Personne ne sortira indemne de cette histoire terrible. Le traumatisme de l’Occupation ne va jamais cesser de hanter la famille. Les enfants ne vont plus à l’école. Si on sort, c’est tous ensemble entassés dans la petite Fiat 500. On a peur du « pire » qui « est toujours sûr », se souvient le petit Christophe.

« Je pense aux miens, car mon livre parle de ma famille, je pense aussi à ma grand-mère qui était romancière. J’ai voulu raconter l’histoire d’un enfermement, celui d’une famille qui vit soudée dans un appartement, cimentée par la peur et qui tente de recréer un monde de liberté et de joie », a-t-il expliqué à la presse à la remise du Prix.

« Un livre finement écrit, émouvant, avec des portraits de membres de sa famille particulièrement touchants et une composition tout à fait originale », a affirmé Christine Jordis, une des douze membres du jury exclusivement féminin.

Ed. Stock, 344 p., 20 €.


LA COULEUR DE L’EAU de Kerry Hudson,
Prix Fémina étranger

couleur-de-l'eau-kerry-hudsClairement la victoire d’une outsider, l’écrivaine écossaise, âgée de seulement 35 ans, pour son deuxième roman.

Tombée plus par destin que par simple hasard dans la littérature.

Il y a huit ans, coincée chez elle par une grippe, Kerry Hudson se met distraitement devant son ordinateur et commence à écrire une histoire. « Juste pour le plaisir ». Avec ce texte, elle décide de participer à un concours de nouvelles, et gagne le premier prix. La dotation lui permettra de prendre un congé d’un mois afin d’écrire deux autres histoires, point de départ de son parcours d’écrivain.

Son enfance âpre auprès d’une mère singulière un peu paumée, l’errance entre domiciles misérables et centres d’accueil temporaires, le goût de la littérature venu comme un havre dans la tourmente : elle les a racontés dans un roman d’apprentissage surprenant de maîtrise et d’originalité,  Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman, (Éd. Philippe Rey, réédité en poche 10/18, 8,10 €).

Dans ces récits de la classe ouvrière popularisés en Écosse par A.L. Kennedy ou Irvine Welsh, elle raconte la rencontre de Dave, vigile dans la banlieue de Londres, et Alena, jeune femme venue de Russie, échappée de l’enfer des réseaux de prostitution. La rencontre et la compagnie mutuelle de ces deux « survivants » va les aider à trouver une voie. L’histoire de deux enfants qui voudraient juste qu’on s’occupe d’eux.

Le jury admet avoir complètement craqué.

Éd. Philippe Rey, 352 p., 20 €.


LES PRÉPONDÉRANTS, de Hédi Kaddour,
2084. LA FIN DU MONDE de Boualem Sansal
Grand Prix ex-aequo du roman de l’Académie française

Hedi-Kaddour-preponderantsDeux ouvrages fort différents, deux auteurs engagés, originaires l’un et l’autre du Maghreb : le romancier d’origine tunisienne Hédi Kaddour pour Les Prépondérants, l’écrivain algérien Boualem Sansal, pour 2084 : la fin du monde, deux ouvrages parus cet automne chez Gallimard.

Dans le premier, très romanesque, l’auteur dépeint la Tunisie des années 1920, le colonialisme qui se fissure, la modernité qui fait irruption et ébranle les habitants, Tunisiens et colons.

Une équipe de cinéma venue de Hollywood s’installe le temps d’un tournage à Nahbès, petite ville imaginaire d’un pays du Maghreb sous protectorat français. Cette irruption de la modernité, apportée par les Américains à la fois dans les mœurs et dans la technologie, va bouleverser la vie aussi bien des notables traditionnels et des colons français que d’une partie de la jeunesse qui rêve d’indépendance.

Par un auteur dont la propre vie pourrait être un roman.

Ed. Gallimard, 464 p., 21 €.

2084-la-fin-du-mondeDans 2084 : la fin du monde, son septième roman aux allures de fable politique d’inspiration orwellienne, Boualem Sansal, lui, se projette dans l’avenir, en imaginant l’avènement d’un empire théocratique, l’Abistan.

Un livre-choc, sur fond de dictature islamiste, par un ennemi juré des despotes et des obscurantistes.

C’est en lisant et relisant 1984, de George Orwell, qu’il a imaginé la dictature religieuse de demain, nourrie par un islamisme de type occidental, qui s’appuie évidemment sur l’énergie et les moyens du monde musulman.

Puis il a forgé une novlangue, inspirée de l’arabe, dont il pointe le pouvoir magique et électrisant de la musique, avec ses « Allah akbar », scandés à longueur de journée.

« Dormez tranquilles, bonnes gens », écrit Boualem Sansal dans un « avertissement » placé en tête du ­roman. Ceci est « une oeuvre de pure ­invention. […] Tout est parfaitement faux et le reste est sous contrôle ».

Ed. Gallimard, 288 p., 19,50 €.


APRES LE SILENCE, de Didier Castino
Prix du premier roman

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Une récompense, qui existe depuis près de quarante ans, et qui a révélé, entre autres (voir au-dessus), Boualem Sansal en 1999 et Hédi Kaddour en 2005, les deux lauréats 2015 du Grand Prix du roman de l’Académie française.

Le 16 juillet 1974, Louis Castella meurt écrasé par une meule de plusieurs tonnes, mal accrochée. Il était entré à treize ans dans cette entreprise de chauffage central, y voyant « un élan, une ouverture sur un monde inconnu ». Mort à 43 ans, il laisse une femme et trois fils. L’épouse restera la gardienne du temple, mais c’est le plus jeune des enfants qui décide de donner la parole au père, lui offrant des mots qu’il ne peut plus prononcer, figé qu’il est désormais par la mort.

Après le silence est donc le récit d’un fils qui se remémore la mort du père, et fait le portrait de la France ouvrière des années 70, avec tout ce qui est à dire du poids de l’absence de la figure paternelle et des interrogations sur ses origines sociales.

L’une des voix les plus fortes et les plus émouvantes de la rentrée littéraire.

Ed. Liana Levi, 224 p., 18 €.


Sur les autres étagères

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L’IMPOSTEUR de Javier Cercas
Actes Sud, 416 pages, 23,50 euros

Ca commence trop mollement sans doute, avec cette plongée dans le mensonge historique de Enric Marco.

Icône nationale antifranquiste, symbole de l’anarcho-syndicalisme, emblème de la puissante association des parents d’élèves de Catalogne, président charismatique de l’Amicale de Mauthausen, qui pendant des décennies a porté la parole des survivants espagnols de l’Holocauste, Enric Marco s’est forgé l’image du valeureux combattant de toutes les guerres justes.

Mais en juin 2005, un jeune historien met au jour l’incroyable imposture : l’homme n’a jamais, en vérité, quitté la cohorte des résignés, prêts à tous les accommodements pour seulement survivre.

Et puis ça commence à vous prendre à la gorge, quand sont disséquées les conditions historiques de ce mensonge, quand apparaît que l’Espagne avait « besoin » de ce mensonge, Enric Marco se faisant alors le garant d’une mémoire à ne pas oublier.

Un gouffre de mystification, et une profonde interrogation sur le littérature. Implacable.


VERNON SUBUTEX 1 et 2, de Virginie Despentes
Editions Grasset, 400 pages, 19.90 €

 

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« Une légende urbaine. Un ange déchu. Un disparu qui ne cesse de ressurgir. Le dernier témoin d’un monde disparu. L’ultime visage de notre comédie inhumaine. »

On attendait sans doute pas Virginie Despentes à cette hauteur de récit-là, qui fait de ce « fantôme à nous tous » le relayeur d’une génération des années 90 qui accepté sans brocher de voir le CD détrôner le vinyl, sans s’interroger sur le début de la glissade vers un monde qui tiendrait sans eux.

La preuve n’est pourtant pas apportée que le tome 2 s’impose si aisément que cela, après que le tome 1 ait permis le vertige.


PROFESSION DU PÈRE, de Sorj Chalandon
Editions Grasset, 320 pages, 19 euros

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Il n’est plus guère possible de mégoter sur le plaisir d’avoir un livre de Chalandon entre les mains, après son magnifique 4ème Mur, en 2013, justement rattrapé de l’indifférence du jury du Goncourt par celui, à suivre avec intérêt, toujours, du Prix Goncourt des Lycéens.

Ici, il est question du père, et du chemin qui le relie à son fils.

« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. »

Un incontournable de la rentrée, Sorj Chalandon a attendu la mort de son père pour écrire ce conte de la folie extra-ordinaire. « Il était prêt depuis longtemps », confie-t-il. Mais il ne l’a commencé qu’au moment de la crémation de son père.


 


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