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Ragnar Kjartansson, le show depuis le froid islandais

10 septembre 2014 > > Un commentaire

L’artiste islandais Ragnar Kjartansson bouillonne de créativité. Pour preuve, sa magnifique installation vidéo The Visitors (Les visiteurs), à voir et à revoir, mais aussi à ressentir et à vivre au musée Guggenheim de Bilbao, jusqu’au 2 novembre.

Comme la plupart des oeuvres de Ragnar Kjartansson (né en 1976 à Reykjavik), cette installation vidéo (datant de 2012) témoigne des affinités de l’artiste avec la musique et la performance. Mettant en scène une performance musicale, elle entraîne le spectateur dans l’univers romantique et bohème de la Villa Rokeby, une villa légendaire située sur la rive pittoresque de l’Hudson dans l’État de New York, et occupée depuis les années 1970 par un couple d’amateurs de shamanisme.

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Photo : Frederik

L’installation, qui se trouve actuellement dans la salle Film & Vidéo du Musée Guggenheim de Bilbao (salle 103, au rez-de-chaussée), consacrée en permanence, depuis le 6 mai dernier, à l’art vidéo et à l’image en mouvement, est composée de neuf projections simultanées: sept grands écrans remplissent les quatre murs de la salle et deux se trouvent au milieu de celle-ci. Chaque écran de cette fresque vivante dispose de son propre haut-parleur et montre une pièce de la demeure et un musicien. Chaque musicien, un casque sur les oreilles, participe à l’interprétation d’une chanson sentimentale – un “gospel féminin nihiliste”, d’après l’artiste – basée sur une phrase tirée d’un poème d’Ásdís Sif Gunnarsdóttir, l’ex-femme de Kjartansson: “Once again I fall into my feminine ways” (« Encore une fois, je tombe dans mes habitudes féminines« ).

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Photo : Frederik

Dans une chambre, un homme joue de la guitare sur le bord d’un lit où une jeune femme est allongée. Dans un salon, un autre joue du piano; là une jeune femme chante et joue de l’accordéon; ici, une autre joue du violoncelle; et un batteur se produit devant un placard de cuisine, alors que Ragnar Kjartansson lui-même gratte sa guitare dans une baignoire… Bien que l’artiste et ses amis interprètent tous ensemble la même chanson, chaque musicien se produit dans une pièce différente de la Villa Rokeby: ils sont unis par la musique (et des casques) mais séparés physiquement.

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Photo : Elísabet Davids

L’histoire musicale, d’une soixantaine de minutes, est projetée en boucle et aucune information n’est fournie sur le temps écoulé ou restant, de sorte que la plupart des spectateurs débarquent dans la salle avec la projection en cours. Vu qu’il y a un début (les artistes s’installant dans les différentes pièces) et une fin (tout le monde sort peu à peu, traversant les champs qui entourent la villa), ceci pourrait paraître déconcertant au départ mais, en fait, il n’en est rien. Il n’y a aucune narration, aucune histoire. Le spectateur peut facilement entrer et sortir quand il veut. La performance musicale est une succession de variations sur un même thème, qui cherche à “rendre visible l’émotion de la musique, l’émotion de faire de la musique avec des amis”, à “faire de la musique une forme d’art visible” et qui incite à une réflexion sur l’amitié, l’amour, la mélancolie, etc.

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Photo : Elísabet Davids

En déambulant dans la salle et en s’attardant à loisir devant les différents écrans, les spectateurs, voire les “visiteurs” (en allusion au titre de l’installation), se plongent dans une expérience aussi déconcertante que fascinante. Une expérience que l’on ne peut pas reproduire ailleurs (il faut donc se rendre au musée ou à la salle d’exposition). Placé au centre de l’œuvre, on se sent comme un visiteur de plus, assistant à une réunion d’artistes maudits plongés dans un spleen baudelairien. On écoute la musique produite collectivement et retentissant partout dans la salle d’exposition, mais, en même temps, on peut voir chaque musicien séparément, dans son individualité, comme s’il s’agissait d’un soliste. Seuls… ensemble. L’individuel et le collectif s’entremêlent, interagissent….

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Photo : Elísabet Davids

L’aspect important de ce projet est le portrait individuel de chaque musicien, de chacun de mes amis,” a dit Ragnar Kjartansson lors d’un entretien tenu à l’occasion d’une exposition au Hangar Bicocca de Milan. “L’idée est que nous sommes tous des individus, mais quand nous nous unissons, nous créons quelque chose ensemble. Et la musique est une bonne métaphore de cette idée,” a-t-il ajouté. “Il faut se centrer à la fois sur soi et sur ce que font les autres. Ça devient comme une espèce de société parfaite. En faisant de la musique ensemble, on crée une société meilleure”, selon Kjartansson.

The Visitors est un hommage mélancolique à l’amitié, mais aussi au groupe de pop suédois ABBA. Le titre de l’installation renvoie de fait à l’album d’ABBA du même nom sorti en 1981, le dernier du groupe avant leur rupture et désintégration.

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Photo : Elísabet Davids

Même s’ils sont rares sont ceux qui restent dans la salle pour regarder la projection dans son intégralité, j’ai pu constater au Musée Guggenheim de Bilbao, l’installation suscite souvent des réactions fort enthousiastes, s’il faut en croire des commentaires postés sur les réseaux sociaux ou sur des sites Internet.

The Visitors est “la plus belle oeuvre d’art que j’ai pu expérimenter”, a écrit Roops sur la page YouTube du centre d’exposition Hangar Bocca. “Je suis restée une heure dans la salle, ça m’a fait presque pleurer. C’est une oeuvre d’art parfaite”, a estimé Eva Prieto Hidalgo sur le même site. L’artiste islandais “vous laissera sans haleine, s’est exaltée de son côté Rosa Carnevale sur le site du magazine féminin italien Grazia.

Si vous préférez le point de vue des spécialistes, lisez le compte-rendu de Sebastian Smee, critique d’art du Boston Globe ou l’article écrit par Hilarie M. Sheets pour The New York Times. Mais surtout, jugez-en vous-même…

Photo : Frederik

Photo : Frederik

Dans le cas où une installation vidéo d’un fou islandais ne vous semble pas une raison suffisante pour vous déplacer à Bilbao, sachez que le musée Guggenheim accueille encore jusqu’au 21 septembre une vaste rétrospective consacrée à Georges Braque.


Ragnar Kjartansson
Los visitantes (The Visitors), 2012
Guggenheim, Bilbao, jusqu’au 2 novembre

Photo : Elísabet Davids

Photo : Elísabet Davids

Projection vidéo HD sur neuf écrans
Durée: 64 minutes
© Ragnar Kjartansson
Courtoisie de l’artiste, Luhring Augustine, New York, et i8 Gallery, Reykjavik
Courtoisie de Paula Cooper Gallery, New York, et de White Cube, Londres.

 


Commentaires

Une réponse à Ragnar Kjartansson, le show depuis le froid islandais

  1. joanes dit :

    Personnellement cela m’a bouleversé. Je suis rentré dans cette salle sans aucune idée de ce qui se trouvait à l’intérieur et je n’en suis ressorti que 60 minutes plus tard tous les sens en éveil.

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