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« Ravel, portraits basques » d’Etienne Rousseau-Plotto, et découvrir que son Boléro aurait pu s’appeler Fandango (comme la danse de son enfance)

24 août 2016 > > Un commentaire

Réédité ce mois de juillet aux éditions Atlantica, le livre d’Etienne Rousseau-Plotto, « Ravel, Portraits basques » révèle un tableau détaillé du célèbre compositeur du 20ème siècle, avec un Pays Basque entier dans son ombre. Si l’attachement de Maurice Ravel pour « son » pays natal a coloré sa musique et son existence, les lignes écrites par Etienne Rousseau Plotto sont empreintes de la même tendresse.

C’est enrichi d’anecdotes et de correspondances que « Ravel, portraits basques », le livre de l’historien, conférencier et musicien Etienne Rousseau-Plotto, retrouve cet été le chemin des librairies avec cette ré-édition en début d’été chez Atlantica Editions. Ça tombe bien, les paysages qu’on y explore ont un goût d’eau salée et de soleil, ceux-là-même que Maurice Ravel rejoignait dès que possible, lâchant volontiers sa vie parisienne au profit de l’océan et des excursions pyrénéennes.

ravels-portraits-basques-atlantica-editions-6Né d’une mère kaskarote de Ciboure (marchande de poissons, en langue basque) et d’un père plus aisé, d’origine savoyarde, Maurice Ravel nait dans le petit village côtier basque le 7 mars 1875 avant de grandir à Paris.

Celui pour qui on aurait bien du mal à trancher la question parlait bien l’euskara (la langue basque), apprise auprès de sa mère, et ce lien, tenu comme un tissu fœtal, reliera tous les aspects les plus intimes de sa vie.

Dès 1900 et après avoir essuyé quelques échecs, le compositeur commence à exister dans les milieux culturels éclairés. En 1905, il fait partie de La Société des Apaches à Paris, constituée, entre autres, du poète Léon Lafargue, des compositeurs Maurice Delage, Igor Stravinsky, de Vaslav Nijinsky (en photo ci-dessous), …

ravels-portraits-basques-atlantica-editions-10La société disparait après la première guerre mondiale, et la Grande Guerre, tout comme le décès de sa mère, sont les deux déclencheurs de la dépression qui s’installe définitivement dans le cœur de Ravel.

Et ce n’est sans doute qu’au moment de son décès en 1937 (atteint d’une dégénérescence neuro-psychique) que son nom sera reconnu mondialement comme l’un des des plus grands compositeurs.

En l’espèce, le livre se découpe en plusieurs parties, de la naissance de Maurice Ravel à Ciboure à la découverte de son lien charnel avec le Pays Basque quelques années plus tard, jusqu’au spleen de l’après-guerre et de l’enfance défunte.

ravels-portraits-basques-atlantica-editions-3Etienne Rousseau-Plotto s’interroge patiemment ensuite sur l’influence du Pays Basque dans l’œuvre musicale de Ravel, tantôt proclamée ibérique, tantôt inventée « bascoïde » et tente d’y rétablir une mesure plus sensible, à l’image du compositeur.

Maurice Ravel se révèle être un homme de gauche détestant les inégalités sociales et nourrissant un scepticisme certain pour les religions, et sa musique abolira quelques frontières, à l’image de ses convictions, qui lui font refuser la légion d’honneur en citant Baudelaire : « Consentir à être décoré, c’est reconnaître à l’Etat ou au prince le droit de vous juger, de vous illustrer, et cetera ».

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Ravel, en compagnie de Georges Gershwin

Au fur et à mesure d’une lecture non romancée, rythmée des promenades basques de Maurice Ravel, un attachement se tisse pour ce personnage un brin emprunté à Peter Pan, au talent précoce, au parler franc, mais à la pudeur têtue, et à l’existence amoureuse éteinte au profit d’un rapport d’Œdipe exacerbé : « Voyez-vous, on parle de ma sécheresse de cœur. C’est faux. Et vous le savez. Mais je suis Basque. Les Basques éprouvent violemment, mais se livrent peu et à quelques personnes seulement », confiera-t-il.

Le personnage complexe qu’est Maurice Ravel est aussi, en partie, révélé à travers la finesse de ses correspondances, lieu épistolaire où la pédanterie ne trouve pas de place malgré les milieux fortunés fréquentés, à l’inverse de Stravinsky, par exemple, au ton plus mondain.

ravels-portraits-basques-atlantica-editions-4Lié d’une amitié certaine avec le peintre Ramiro Arrue (dont on trouve ci-dessous un dessin savoureux dédicacé, envoyé depuis la côte basque), Gustave Samazeuilh, Gabriel Fauré, Alfred Cortot, Jacques Thibaud (quoi que…), Hélène Jourdan-Mohrange ou encore, Colette (liste non exhaustive), Maurice Ravel reste un homme « de l’essentiel », profondément attaché aux siens de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure, dont on retient surtout Marie Gaudin, à la présence presque maternelle, et sa famille.

La musique de Ravel, qui n’a jamais emprunté de matière folklorique pour concevoir ses œuvres, témoigne cependant des inspirations puisées dans les paysages frôlés dont il était amoureux jusqu’aux purs clichés.

ravels-portraits-basques-atlantica-editions-7Etienne Rousseau-Plotto analyse ainsi de nombreux exemples dont on peut retenir le Quatuor à corde, écrit chez les Gaudin à Saint-Jean-de-Luz ; Shéhérazade, un hymne au départ et à la mer ; Gaspard de la Nuit inspiré par les Laminak (petits esprits magiques dans la mythologie basque) ; Daphnis et Chloé, personnages illustrés dans les paysages basques du peintre Deluc ; ou encore le Boléro qui devait s’intituler initialement Fandango, et que Ravel considérait comme « un défi aux limites de la création ».

A travers les séjours de Maurice Ravel sur la Côte d’argent, Etienne Rousseau-Plotto livre en creux une grande part de l’histoire de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure, de la baie atlantique à la Maison de Ravel, des macarons de chez Adams au vin d’Irouléguy (sans faire de pub, remarquez bien). Les lumières savantes de l’auteur éclairent ainsi jusqu’à la ville de Donostia, dont la récente nomination culturelle trouve, vers 1930 du moins, tout son sens.

La précision de ce livre est jusqu’au-boutiste et livre les moindres détails, de la copie du baptême de Ravel aux arbres généalogiques de son entourage.

Difficile, sans être passionné, de retenir les noms en cascade qui abondent de page en page, ou de saisir les quelques analyses musicales parsemées ici et là, sans être musicien.

ravels-portraits-basques-atlantica-editions-9Mais l’essentiel réside sans doute dans ce que chacun peut saisir en lisant ce livre, ces refuges de Maurice Ravel, teintés de paysages basques, de berceuses en euskara aux ondulations espagnoles, et la sensibilité profonde d’un homme mystérieux qui ne s’avouera que dans sa musique.

« Toi, le cœur de la rose… Tu ne m’as laissé comme un rayon de lune, qu’un cheveu d’or sur mon épaule. Un cheveu d’or… et les débris d’un rêve » (Ravel)

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Maison natale de Maurice Ravel, à Ciboure, Pays Basque


ravels-portraits-basques-atlantica-editions-1Ravel. Portraits basques
par Étienne Rousseau-Plotto

Editions Atlantica
Ré-édition : 20 juillet 2016
344 pages – Prix: 22,90 €


 


Commentaires

Une réponse à « Ravel, portraits basques » d’Etienne Rousseau-Plotto, et découvrir que son Boléro aurait pu s’appeler Fandango (comme la danse de son enfance)

  1. Pierre dit :

    La dernière citation de votre article n’est pas de Ravel, mais un extrait du livret de Colette pour l’opéra L’Enfant et les Sortilèges (musique de Ravel en revanche). Cette phrase apparaît à la fin de l’air de la Princesse.

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