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Reconstruire le Mali : la poésie contre les armes et le silence

24 novembre 2013 > > 2 commentaires

Rares sont les médias français à consacrer une grande place à cette journée importante du dimanche 24 novembre 2013 au Mali, qui participe avec inquiétude et conviction mêlées aux premières élections législatives du pays un an et demi après le putsch du 22 mars 2012, qui vit l’État malien s’effondrer devant l’offensive des djihadistes du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA).

Réunies à l’initiative du Théâtre du Versant pour son Colloque Sud Nord, plusieurs personnalités maliennes et internationales sont intervenues vendredi au Casino Municipal de Biarritz pour évoquer les plaies toujours ouvertes, et dresser les conditions d’un espoir possible pour le pays, avec le recul actuel des séparatistes touaregs (en particulier devant l’armée française, depuis le 11 janvier 2013).

Adama Traoré, metteur en scène ; Ibrahima Kampo, chef du village de Konna ; Ibrahima Aya, poète et éditeur, entourés des journalistes Françoise Nice (RTBF), Françoise Escarpit (ex-correspondante de L’Huma) et Emmanuelle Fère (Sud Ouest), rejoints en milieu de matinée par Guy Mondorge, Adjoint à la Culture de la Ville d’Anglet (jumelée avec la ville de Konna) : tous auront apporté leurs contributions à un échange riche et lucide, au-delà de nos simples connaissances superficielles.

Une présence invisible sembla planer sur cette rencontre, celle de l’écrivain espagnol Jorge Semprun, et de sa terrible obligation de comprendre comment « bien » raconter la tragédie d’un peuple, ébranlé par une peur dévastatrice. « Reconstruire par les mots, par l’art » : rien n’a cédé ce jour-là à l’imprécation gratuite, quand les Maliens qui se sont exprimés ont pris conscience depuis longtemps que leurs convictions culturelles faisaient d’eux les premières cibles des obscurantistes.

La poésie est la flamme qui fait avancer les choses, la poésie est en avant, soutint le poète Ibrahima Aya, s’engageant avec détermination dans des sillons également creusés par Stéphane Hessel, Léopold S. Senghor, ou Aimé Césaire.

Et nous entendîmes alors dans nos cœurs qu’il faudrait « enjamber la tragédie, parce que la fin des fins, c’est que l’être humain soit, ou redevienne, un être intégral ». Nous avons alors fermé les yeux, fait nôtre cet avenir désiré, et remercié le Théâtre du Versant.

RACONTER LE MALI D’AUJOURD’HUI

mali-versant-4Journaliste belge à la RTBF, Françoise Nice apporta tout autant son témoignage du « Mali avant le drame » que sa colère devant l’impossibilité d’y retourner actuellement, l’exécution des deux journalistes Ghislaine Dupont et Claude Verlon, le 3 novembre dernier, ayant contraint sa rédaction à « ne plus prendre de risques ».

« Il faut faire quelque chose », répéta-t-elle à plusieurs reprises, quand les passeurs de culture (« ceux qui nous ont fait découvrir le Mali et sa diversité impressionnante ») sont en première ligne des djihadistes, pour qui « les livres et le théâtre sont des armes » pourchassées par leur idéologie brutale.

« Aujourd’hui, comment parler du Mali ? Il faut absolument éviter de tomber dans le piège des hot news, qui enferme ce peuple dans une logique de batailles, et de morts. On ne parle que du sang du Mali, pas des efforts de ses habitants pour continuer à vivre malgré le drame profond », confia-t-il, avant de lancer un appel à la solidarité : « Tout passera par l’amitié et par la connaissance, je demande à mes amis, ici, là-bas, de nous nourrir d’informations, une première revanche contre ceux qui ont plongé les Maliens dans le silence ».

Un voeu partagé à l’évidence par Françoise Escarpit, rejointe en cela par Emmanuelle Fère, journaliste à Sud Ouest, qui salua le contact permanent maintenu pendant les évènements par Ibrahima Kampo, chef de village de Konna, « le symbole de la résistance », quand il se trouva à une centaine de kilomètres de l’avancée djihadiste.

« On a été abasourdis par la faiblesse de l’Etat malien », lui répondit-il à ses côtés, « par la débâcle face à des djihadistes qui s’entraînent depuis 20 ans en Libye, pour une guerre préparée et planifiée depuis très longtemps ».

Et il le rappela, d’une voix forte : « La grandeur du Mali, c’est son brassage de cultures, pas sa séparation », dressant l’obligation de reprendre contact avec la nature profonde de son peuple, « sa joie de vivre ensemble ». « Nos agresseurs ont fait beaucoup de mal à cette notion essentielle et historique, par les atrocités commises, qu’est heureusement venue interrompre l’action militaire française, une donnée à laquelle n’avaient pas cru les djihadistes ».

« COMMENT NOUS MALIENS POUVONS-NOUS RACONTER NOTRE PROPRE HISTOIRE ? »

mali-versant-theatreLa compréhension du Mali d’aujourd’hui ne peut se réduire à un simple exposé des faits présents, proposa Emmanuelle Fère, en lisant sur invitation du Théâtre du Versant un extrait des Manuscrits de Tombouctou de Jean-Michel Djian, « tout sauf l’actualité, avec le rappel de ces textes du 16ème siècle, qui proposent une temporalité longue, du familier et du familial, et en particulier le récit de la grandeur de l’Empire songhaï », introduit-elle.

Des textes séculaires qui, le 2 avril 2012, nourrit une offensive spécifique d’un commando d’Abou Zeid et de ses hommes d’Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique), contre le lieu supposé de leur conservation à Tombouctou, pour les détruire et « défendre l’Islam ».

« Il est utile de rappeler effectivement que le Mali n’est pas né d’une guerre d’indépendance dans les années 60 », embraya le poète et éditeur Ibrahima Aya, qui défendit « l’obligation de raconter notre histoire pour parvenir à notre présent ».

Après l’avoir opposé à Bamako, « cette imposture de capitale créée par les colons », il rappela combien « Tombouctou a été plongée dans le silence, parce qu’elle a abandonné ses propres récits, et sa propre littérature : or, c’est l’effort de se définir nous-mêmes qui refondera notre pays ».

Pour cela, développa-t-il, il faut recréer les échanges et les collaborations, et « ré-équilibrer le rapport d’absence du peuple à lui-même, sur le champ de ses propres récits, de ses propres mots ».

« Tous les écrivains du monde entier viennent de Tombouctou la Mythique, celle qui au 16ème siècle accorda un droit de vivre ensemble à toutes les cultures, à toutes les religions, et à un rêve d’humanité commun » fut alors salué comme une revanche définitive sur les propos imbéciles du « rendez-vous manqué par l’Afrique » tenus en son temps par le Président français Nicolas Sarkozy.

« Contre le doute et le drame, contre le langage des seules armes ou face au silence, c’est par la perception de l’autre et de soi-même que nous parviendrons à ce que le Mali redevienne le Mali. Et je pense que c’est la poésie qui peut à la fois décrire au mieux le drame que nous avons vécu et vivons encore, même si je peux comprendre que beaucoup de gens auront besoin d’éclairages complémentaires », conclut celui qui édita dans son pays deux ouvrages particulièrement remarqués : Voix hautes pour Tombouctou, recueil de poèmes écrits dans la douleur de l’année 2012 (en cours de ré-édition), et Le Mali, entre doute et espoir, contributions de sociologues et d’historiens sur ce pays.


Commentaires

2 réponses à Reconstruire le Mali : la poésie contre les armes et le silence

  1. françoise Nice dit :

    qui est l’auteur de l’article? je voudrais lui demander de rectifier 2 inexactitudes, dont une relative à mon intervention. Merci de me répondre en MP ou par mail.Merci

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