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Avant le cri de « Podemos » : ‘Remine’, film-choc sur la colère en Espagne

17 février 2015 > > Un commentaire

Lors du dernier FIPA, un seul film espagnol au programme, Remine, portrait choc d’une Espagne avant le mouvement Podemos, et récit d’une guérilla sociale qui l’annonce.

Une ultime projection au FIPA 2015, avant le palmarès du lendemain. Un documentaire espagnol, Remine, sous-titré « el ultimo movimiento obrero ». Une quarantaine de spectateurs, le film commence après qu’aient été présentés son réalisateur, et la productrice.

Rien que de très normal dans un festival ayant pour idée de montrer tout ce que vous pourriez ne pas voir ailleurs, en particulier sur le petit écran.

Nous sommes dans les Asturies, début 2012, une mine en grève, et des hommes, sommairement encapuchados, qui progressent dans un flan boisé de montagne.

remine-podemos-7Images reconnaissables d’une guerre, ou d’une résistance, c’est selon, contre la cible que la caméra isole, sur une route en contre-bas.

Et l’ennemi n’a pas besoin d’être décrit avec une voix-off, un bataillon de guardia civile qui avance derrière ses boucliers, fusil à la main. Le temps n’est pas au dialogue, pelotas en caoutchouc contre fusées explosives : l’a-t-il été un jour ?

remine-podemos-6Trois ans après le tournage de ces images qui forment l’introduction de Remine, revient seulement le vague souvenir d’une courte brève télévisuelle d’une grève des mineurs espagnols, qui avait débouché le 10 juillet 2012 sur la Marche Noire, jusqu’au coeur de Madrid.

Réalisé par un collectif de professionnels de l’audiovisuel en dehors de leurs commandes professionnelles habituelles, le documentaire plonge dans le quotidien d’une contestation sociale qui n’a aucune autre certitude que celle d’avoir à mener cette lutte.

« Pas sur les mineurs asturiens, mais avec eux », précise Marcos M. Merino, désigné comme le réalisateur de ce travail de récupération de l’histoire ouvrière.

Les syndicats sont écoutés, mais pas forcément considérés comme crédibles, la colère déborde sur les routes, régulièrement coupées pour manifester leurs refus de crever là, figures mythiques de l’Espagne qu’un pouvoir central a décidé de sacrifier.

Ils le savent tous, le charbon n’a plus d’avenir, mais les coupes budgétaires dans les projets de reconversion des bassins de vie sont désormais consciencieusement inacceptées.

Il aura fallu 14 mois en tout pour monter avec une belle efficacité les 400 heures de rushes, de ce qui apparait progressivement comme un frère jumeau des Raisins de la colère de John Ford.

Nous sommes avant le cri de Podemos, qui n’interviendra qu’en janvier 2014, et un an après le mouvement 15-M des Indignados. Et la lutte n’a pas hésité à trouver son slogan : « Si, se puede ! » (« oui, on peut ! »), père du cri qui bouleverse l’Espagne politique aujourd’hui.

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Oui, on peut attaquer le pouvoir central, quand il n’a que ses chiens de garde à envoyer aux contestataires, ou à ces femmes de mineurs, qui, à leur tour, défilent devant tous les bâtiments publics des Asturies.

Oui, le mineur espagnol est une figure historique de la résistance au fascisme, et de la lutte pour les droits sociaux, qui n’a pas ses entrées dans le Palacio de la Moncloa, siège du gouvernement de droite de Mariano Rajoy.

Et qui estime pouvoir les intégrer au corpus bras levé des autres protestataires, quand bien même le pouvoir central est secoué par des affaires de corruption à répétition.

remine-podemos-10Cela n’aurait été que cela, que Remine serait déjà en soi un estimable témoignage de ces années de crise, et du rejet de la brutalité gouvernementale qui l’accompagne.

Ce qui le hisse à un niveau encore supérieur, c’est le récit filmé de cette longue marche des gueules noires vers Madrid, dans une procession de 500 kms qui voit tous les villes et villages espagnols comprendre, et adhérer à cette longue manifestation.

remine-podemos-11L’Espagne qui dit « basta, ya » ne crache sur son histoire, ni sur ces gars-là, jeunes et vieux, qui marchent pour une liberté qui se partage mètre après mètre.

Le tableau saisissant se dessine d’un pays qui n’en peut plus, ne croit plus ni aux politiques ni aux syndicats, à la lumière des torches sur le front de ceux qui n’ont plus l’intention de le baisser.

Minerosmarcha 2Inutile de laisser trop de place au fantasme d’un Grand Soir libérateur : ceux qui se sont rassemblés devant la Puerta del Sol n’obtiendront rien. Pas plus les mineurs que ceux qui les ont acclamés.

Les coupes budgétaire sont appliquées, les Asturies comme d’autres régions d’Espagne se vident de leurs jeunes et de leurs espoirs.

Et un Prix est décerné cette année-là à deux milliardaires, Iker Casillas du Real Madrid et Xavi Hernandez du FC Barcelone, deux joueurs qui « symbolisent les valeurs de l’amitié et de la camaraderie au-delà de la grande rivalité de leurs équipes respectives », a expliqué le noble jury du Premio Asturies.

Et empocheront 50.000 euros chacun.

'Principes de Asturias' Awards 2010 - Gala

Loin de ces fastes, une collecte populaire a permis de rassembler les 34.000 euros nécessaires pour achever sa réalisation, par le pré-achat du livre-DVD qui a été commercialisé, baptisé #resistenciaminera.

Le film Remine, réalisé en marge du système audiovisuel espagnol, assume ne rien devoir aux rédactions qui l’auraient censuré, ni aux chaines de télé qui l’ont refusé.

remine resistenciaLe film a été primé dans plusieurs festivals internationaux de documentaires et il circule aujourd’hui encore dans toute l’Espagne, dans des projections exceptionnelles de salles indépendantes.

Inédit en France, il était le seul film espagnol de la sélection du FIPA 2015.

Mais ce n’est pas uniquement de l’Espagne qu’il a brossé le portrait.

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Bande annonce de présentation de Remine


Cartel_remineRemine, de Marcos M. Merino, 2014, 1h41

Site dédié du film : www.reminedoc.com

Cordonnées du réalisateur : reminedoc@gmail.com et martareminedoc@gmail.com


 


Commentaires

Une réponse à Avant le cri de « Podemos » : ‘Remine’, film-choc sur la colère en Espagne

  1. PERTUS gérard dit :

    Venant de Decazeville, j’étais de passage à Campomanès, Mièrès et Pola de Lena le 30 mai 2012. Cette région est le pays natal d’une grand-mère dont le mari était mineur. Recruté en 1937, il vint travailler en France où vivent ses descendants. Ma famille compte de très nombreux mineurs et j’ai moi-même connu l’expérience de la mine… Quelle émotion de rencontrer des hommes et des femmes en lutte pour défendre leur emploi, comme nous l’avons fait nous-même, à Decazeville en 1961 ! Je salue leur courage et les valeurs qu’ils défendent dans lesquelles je me reconnais pleinement. Résistons encore, résistons toujours !
    Amitiés

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