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René Vautier, le Breton à la caméra rouge, n’est plus

4 janvier 2015 > > 3 commentaires

Parrain de l’Autre Cinéma de Bayonne et réalisateur de « Avoir 20 ans dans les Aurès », le cinéaste militant René Vautier s’est éteint ce dimanche dans sa Bretagne natale.

René Vautier s’est éteint auprès des siens ce dimanche 4 janvier 2015, quelques jours avant son 87ème anniversaire. Cette absurdité de la mort, qui prive notre monde d’un de ses hommes les plus remarquables, il l’avait combattue toute sa vie, avec sa caméra comme seule arme.

aures2Internet pourra servir à gommer la méconnaissance de ce cinéaste citoyen et résistant, que Google vous décrira accolé à des oeuvres comme « Afrique 50 », « Avoir 20 ans dans les Aurès », ou la bouleversante BD « Un homme est mort ».

Il y aura une trace virtuelle, même si ses 180 films auto-produits restent invisibles, la télévision française ne se résolvant pas à dépasser son sentiment d’une « image incorrecte » de la France..

Au final, cela importait peu au gars, qui détestait les hommages de circonstances.

Il préférait sourire de joie quand les rugueux du peuple l’appelaient « le Breton à la caméra rouge », dès les années 50, quand ça bastonnait sec sur les quais de Quimper et que retentissaient « Pouvoir ! Assassin ! Médias ! Menteurs ! » devant les piquets de grève.

rene-vautier-2En 2002, cela ne faisait pas si longtemps que cela que René Vautier était accueilli dans le monde entier comme un « homme de paix », en Afrique de l’Ouest, dans tout le Maghreb, en Alaska ou en Afrique du Sud.

En France, c’était un autre bazar, lui qui fut recherché, emprisonné puis interdit de diffusion pendant des décennies.

Pourtant, pour cet éternel minot, cité à 16 ans à l’Ordre de la Nation par le général Charles de Gaulle pour faits de Résistance en 1944, Malraux lui avait sans doute décerné une autre distinction nationale qui lui tenait à coeur, en déclarant, juste après les accord d’Evian : « René Vautier est un français qui a vu juste avant les autres ».

Mais c’est avec son seul regard lumineux et son émotion contagieuse qu’il s’était ému, ce grand monsieur, de voir son nom accolé à l’une des deux salles de L’Autre Cinéma, à Bayonne, dans ce Pays Basque qu’il aimait de coeur, par l’instinct d’une fratrie évidente.

Son cœur était sa force, par la contagion d’amour qu’il suscitait auprès des siens, de ses amis, et auprès de tous ceux qui, comme moi, eurent la chance de le croiser dans leur vie, avec sa casquette de Cancalais solidement vissée sur la tête depuis bien des années.

ennemiIl était un ami parce que, dans la liste de ceux qui ne le seraient jamais, il y avait du beau linge.

Il fut le cauchemar de Giscard d’Estaing dans son rêve d’incarner le Kennedy français (alors que la Bretagne vomissait le désastre de ses plages souillées par le pétrole de l’Amoco Cadiz) ; le témoin qui dissuada ce Jacques « Hiro-Chirac » d’aller à Nouméa se faire congratuler pour ses Mémoires ; et également le reflet dérangeant des années de Ministre de l’Information d’un François Mitterrand, bien plus épris de censure que de libertés des peuples quand il s’agissait de cacher les balles françaises transperçant des Ivoiriens réduits à l’esclavage.

Jusqu’au Borgne vert de gris qui ne pourra nier, lors d’un procès intenté au Canard Enchaîné, ces témoignages filmés par Vautier d’Algériens évoquant sans détours les séances de torture de ce lieutenant de l’armée française, Jean-Marie Le Pen, ivre de la puissance de sa gégène.

rene-vautier6

René Vautier, avec sa fille Moïra

En 2009, René Vautier avait accepté de se rendre à Bilbao, pour recevoir un prix d’Honneur pour sa carrière au Festival Zinebi. Il se méfiait pourtant de ces messes autant qu’un chauve d’un pot de gel.

Le sentiment de n’être pas à sa place, de devoir parler quand lui avait passé son temps à écouter, et à filmer. Et préférait ça.

Mais la voix de la femme, Soazig, et la main tout aussi énergique de sa fille, Moira, l’accompagnaient où qu’il aille, le portaient, parfois jusqu’aux bords des larmes devant un public venant de voir Afrique 50 ou son ode à la poésie résistante Et le mot frère et le mot camarade.

rene-vautier nb

© 2005 ilan ginzburg

Alors, ainsi soit-il. La mort ne nous a rien demandé avant de nous enlever René Vautier.

Ces deux-là se côtoient depuis tant d’années qu’on peut imaginer qu’ils ont pris la décision ensemble de nous faire verser nos larmes, cette fois-ci en son absence.

Le reste, la vie, les souvenirs, et ces cinémas qui passeront ses films sans attendre la permission de la télé, tout ça est notre bien inaliénable. En notre pouvoir.

Parce que la mort ne pourra effacer son nom.

Et parce des mots du peuple,  comme « Salut, René » en français, « Kenavo » en breton ou « Agur eta ohore » en basque, en ce dimanche de tristesse, portent le même sens de respect et de reconnaissance pour cet homme libre.

rene-vautier_AFP


Sur son compte Facebook, un ami très proche de René lui a dédié cette poésie d’Eluard, qui lui ressemblait tant.

Un homme d’image qui avait pour seul arme sa caméra est mort
Il s’appelle René VAUTIER
FRATERNITE disait-il … paix à lui

eluardUn homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli

Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre

Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amies
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.

Paul Éluard


Pour en savoir plus sur René Vautier

homme mortAfrique 50 (vidéo libre)

Le coffret DVD Avoir 20 ans dans les Aurès

La bande-dessinée « Un homme est mort »
(éditions Futuropolis)

indexUn excellent entretien avec René Vautier, par la revue L’Oeil Electrique


 


 


Commentaires

3 réponses à René Vautier, le Breton à la caméra rouge, n’est plus

  1. Muriel dit :

    Merci Ramuntxo.

  2. nops dit :

    Bonjour,

    Sur une des photos, je pense qu’il s’agit de Soazig et non pas Moïra.

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