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Rentrée littéraire : 10 livres-ovnis à l’écart des « orages au parfum de business » par une librairie de Biarritz (III)

16 septembre 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Troisième rencontre avec un libraire du Pays Basque, au Festin Nu de Biarritz cette fois, pour une nouvelle immersion dans les tourbillons de la rentrée littéraire 2016 : ici, la sélection a tout de l’élixir à maturation lente, en marge, plutôt très en marge, des ténors de l’édition et des têtes de gondole.

Début septembre, la rentrée littéraire bat son plein et se rapproche au triple galop de la saison automnale des Prix (Goncourt, Renaudot, Femina, …), distraction culturello-business qui conditionne quasi à elle seule, avec Noël « tout proche », le raz-de-marée annuel qui submerge les libraires à la sortie de l’été.

Pour Nicolas et Caroline, âmes des lieux du Festin Nu, être soumis à l’impératif des dates de sortie est un fichu sujet de contrariété. Ces turbulences commerciales ne sont pas de leur goût et Nicolas sait qu’il lui faudra des mois pour défricher la luxuriance des propositions.

rentree-litteraire-festin-nu-biarritz-14« Je sais que c’est le métier, mais je déteste être pris dans cet orage au parfum de business », confie Nicolas, « ce que j’adore en revanche, c’est laisser traîner les choses 1 mois ou 2, et voir ce qui surnagera une fois les turbulences calmées. C’est souvent en étant à rebours du flux que l’on trouve les pépites, plus tard, en retrait de l’agitation médiatique et des demandes des clients, qu’elle conditionne. »

Sa rentrée littéraire à lui, c’est donc une alchimie entre des rencontres fortuites, flâneuses, avides, entre le silence des pages et les échanges avec les lecteurs, mais aussi et surtout une fidélité à de petites maisons d’édition à identité remarquable et pedigree bien senti, des attentes aussi, fébriles, autour d’auteurs aimés et suivis de longue date.

rentree-litteraire-festin-nu-biarritz-16En substance, et en attendant la digestion complète du menu 2016 – « ça peut lui prendre un an, somme toute, cette affaire » –, on retrouve ici le même son de cloche qu’à la librairie Elkar de Bayonne : « on a d’ores et déjà à faire à une super rentrée, ce qui n’est pas toujours le cas, et c’est loin d’être fini ! »

La suite, c’est un défi d’amour et de curiosité, de fidélité aussi, qui permet de porter des livres qui ne trouveront pas le chemin des médias et seraient vite condamnés à l’oubli immédiat. Les défendre sur le long cours, en parler, longtemps, l’œil brillant, les signaler en rayon par quelques lignes s’il le faut.

« Comme dirait Lars Iyer (voir liste des coups de cœur), en gros, dans notre univers marketé, un type qui ne vend pas est à peine un écrivain, il n’existe pas. C’est un peu brutal, formulé comme ça, mais c’est le paradoxe plutôt bien résumé du phénomène « rentrée littéraire » à la française. »

rentree-litteraire-festin-nu-biarritz-19L’amiral du Festin trouve ça plutôt dégueulasse, en vérité, ces histoires de fric et d’auteurs renvoyés au néant commercial, face noire de la profusion trépidante.

Alors, puisque le catalogue des cadors ne saurait faire programme, il sélectionne l’œil rivé à l’arrière du podium, visant plutôt des inconnus, ou des prodiges de 2ème cercle, dès que c’est possible.

Ça ne changera pas la course des planètes, mais à tracer sa propre carte des astres, il prend franchement un furieux plaisir.

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rentree-litteraire-festin-nu-biarritz11Le Voyage de Hanumân
Roman de Andreï Ivanov

Editions : LE TRIPODE
Paru le 1er septembre 2016
444 pages, 24 euros

« Bienvenue dans un barnum étrange porté par la langue d’un très grand prosateur, drôle et puissant, qui vous emporte dans une interzone bien particulière, celle d’un centre d’accueil pour demandeurs d’asile.

Un univers qu’Andreï Ivanov connaît sur le bout des doigts, lui-même ancien immigré clandestin au Danemark, où il séjourna dans un centre de la Croix Rouge. Ce roman, c’est la rencontre entre deux paumés en errance, Johann l’Estonien et Hanumân l’Indien, qui se rêvent un Eldorado qui ne cessera de les décevoir : en guise de fortune et de jouissance leurs rêves (fric, drogue, alcool et petites pépés) se cognent à un Danemark trop lisse, trop calme, trop fade…

Entre absurde, espoir, peur, bricole, magouille, mensonge, la langue d’Ivanov fait des étincelles et nous balance en pleine tête le quotidien tragi-comique de milliers de nos semblables. »


rentree-litteraire-festin-nu-biarritz10Cartel
Roman de Don Winslow

Editions : SEUIL
Paru le 8 septembre 2016
720 pages, 23,50 euros

« C’est plutôt la grosse artillerie de rentrée, mais retrouver Winslow sur 700 pages pour une suite à La Griffe du Chien, est une vraie bonne surprise !

L’auteur de polars revient de façon spectaculaire avec cette nouvelle plongée dans l’univers des cartels mexicains de la drogue, placée sous la figure tutélaire du parrain Barrera, directement inspiré d’El Chapo, qui peut s’enorgueillir d’avoir porté la violence à un niveau d’incandescence jamais atteint dans le monde du narcotrafic entre 2004 et 2012.

Le roman s’ouvre d’ailleurs sur la liste nominative des 128 journalistes tués ou disparus au Mexique pendant le temps consacré par Winslow à son écriture…

Le traitement polyphonique autour de sept voix principales, les chapitres courts, l’écriture nerveuse et galopante sont pour beaucoup dans la réussite de ce Cartel dont on sort lessivé, scotché par l’énergie pure du texte et sonné par la violence. »


rentree-litteraire-festin-nu-biarritz-9Contrenarrations
Un roman de John Keene

Editions : CAMBOURAKIS
Paru en août 2016
352 pages, 24 euros

« Attention ovni ! Grand moment de littérature avec ce roman inclassable de John Keene qui se joue des formes et de l’espace temps avec un talent sidérant.

Pêle-mêle, treize voix de figures de l’histoire de l’esclavage et de leurs descendants, une course entre 17ème siècle et époque actuelle, entre les continents aussi… Et surtout un jeu d’écriture magnifique entre aphorismes, lettres, monologues, coupures de journaux, comptes-rendus d’enquêtes, etc.

On retrouve dans Contrenarrations l’esprit d’un Howard Zinn et son « Histoire populaire américaine », le regard planté dans les oubliettes de l’Histoire, à ceci près que John Keene met en présence personnages réels et figures purement fictionnelles.

Impossible à définir, impossible à résumer, Contrenarrations est une expérience de lecture absolument sublime. »


rentree-litteraire-festin-nu-biarritz-8London Overground
Roman de Iain Sinclair

Editions : INCULTE
Paru le 31 août 2016
320 pages, 21,90 euros

« Investir un lieu comme un paysage mental est un genre littéraire en soi.

Après le superbe « London Orbital » qui explorait méticuleusement l’autoroute M25 construite sous Margaret Thatcher et qui encercle Londres, Iain Sinclair renoue avec la psycho-géographie et porte ses semelles et son regard fureteur sur la ligne de métro terrestre londonienne (Overground) construite en 2010.

Sous la plume de Sinclair, considéré par ses pairs comme l’un des meilleurs auteurs britanniques de ce siècle, parkings, stations services, hypermarchés, décharges, champs et banlieues dortoirs deviennent de véritables personnages d’épopée. Et se construit, déconstruit, reconstruit, sous nos yeux, une mythologie urbaine de Londres, calée sur la marge et l’invisible.

Une œuvre fascinante qui se parcourt sans reprendre son souffle. »

A lire également : London Orbital, réédité en poche chez BABEL – Paru le 7 septembre 2016
736 pages, 12,80 euros


rentree-litteraire-festin-nu-biarritz-5Librairies – Itinéraires d’une passion
Récit de Jorge Carriòn

Editions : SEUIL
Paru le 8 septembre 2016
320 pages, 22 euros

« Ok, les libraires sont un public acquis et pas forcément objectif sur le sujet ! Mais en décidant de partir à la découverte des librairies des cinq continents, Jorge Carriòn ne dresse pas qu’un simple état des lieux du métier à travers le monde.

Il questionne la place du livre, le rôle des librairies dans la vie des idées et leur rôle dans la diffusion de la littérature au fil des siècles. Loin d’être un essai un peu abstrait, son livre tient autant du récit de voyage que de la chronique fureteuse ou du traité d’érudition.

Sortir un peu de France et de notre relation particulière au livre (nous sommes le pays qui compte le plus de librairies par habitants !) fait un bien fou et Carriòn est un conteur hors pair qui sait communiquer sa curiosité et son amour des livres, qu’il considère encore et toujours comme des outils de résistance inoxydable.  »


rentree-litteraire-festin-nu-biarritz-4Nu dans ton bain face à l’abîme
Manifeste de Lars Iyer

Editions : ALLIA
Paru en août 2016
48 pages, 6,50 euros

« Avec Jorge Carriòn et son livre Librairies, nous cheminions en pleine lumière. Attention, âmes sensibles, ce très court texte de Lars Iyer nous fait clairement passer du côté obscur de la force !

Sous-titré «Manifeste littéraire après la fin des manifestes et de la littérature », c’est un billet d’humeur féroce ciblant le monde littéraire dans son entier, sans oublier les apprentis écrivains qui en prennent pour leur grade.

Une saine et drôlissime méchanceté qui dégomme les clichés de l’époque : des auteurs ventousés à Wikipédia et accros aux tweets bien-pensants jusqu’à l’inanité d’un business éditorial gangréné par les publicitaires…

« Tu n’es rien si tu ne vends rien », un simple maillon anonyme dans le marché de l’écrit qui va devoir avaler sous peu un cadavre, celui de la littérature. Mordant, piquant, un brin caricatural, mais franchement excitant ! »


rentree-litteraire-festin-nu-biarritz-3Sauve qui peut (la révolution)
Roman de Thierry Froger

Editions : ACTES SUD
Paru en août 2016
448 pages, 22 euros

« Quel point commun peut-il y avoir entre Danton et Jean-Luc Godard ? Quelque chose de la Révolution (politique ou artistique), de la quête de sens pour les révolutionnaires vieillissants, et peut-être aussi, un goût prononcé pour les jeunes filles ?

Pour Thierry Froger, la rencontre entre ces deux figures hors normes se joue autour d’une commande d’Etat imaginaire, celle d’un film de commémoration du bicentenaire de la Révolution française en 1989.

Si JLG se prête un moment à cet improbable exercice, on comprend vite que ce qui le passionne n’est pas la prise de la Bastille, mais 93 et la Terreur… au grand dam de ses commanditaires ! Peut alors commencer la dérive au fil des chemins de traverses si chers au cinéaste.

Pas besoin d’être fan, ni même connaisseur de l’œuvre pour se laisser embarquer par ce roman singulier, monté comme un long métrage de Godard, navigant entre voix du cinéaste, extraits de scénario et magnifiques inserts sur la Révolution. »


rentree-litteraire-festin-nu-biarritz-2Descente à Valdez
Roman de Harry Crews

Editions : ALLIA
Paru septembre 2016
64 pages, 7,50 euros

« Lorsqu’il se pointe à Valdez – Alaska dans les 70’s, crayon sur l’oreille, vodka en poche et esprit gonzo en bandoulière, Harry Crews est un vétéran de la guerre de Corée, abonné aux petits boulots qui démarre dans le journalisme.

Mandaté par le magazine Playboy, il débarque en plein nulle part pour un reportage sur la construction controversée d’un oléoduc terminant sa course dans le petit port de Valdez. Que se passe-t-il donc à Valdez ? Pas grand-chose somme toute…

Une valse surréaliste entre des personnages déjantés (tatoueurs, contremaîtres, ouvriers, marchands de mauvais alcool…) et une horde de pelleteuses acharnées à façonner le visage du capitalisme pétrolier.

C’est un peu la photographie du calme avant la tempête, le portrait d’un bout du monde improbable avant sa confiscation définitive par le business façon Grand Nord. Avant que 15 ans plus tard, l’Exxon Valdez ne déverse accidentellement 40.000 tonnes de brut dans ce fjord glacé… »


rentree-litteraire-festin-nu-biarritz-1Le contorsionniste
Roman de Craig Cavenger

Editions : LE NOUVEL ATTILA
Paru le 8 septembre 2016
320 pages, 20 euros

« Ca sent le futur livre culte à plein nez !

Le Contorsionniste s’ouvre sur une overdose. Son héros se réveille à l’hôpital sous une identité qui n’est pas la sienne, semble coutumier du fait et s’avère être un faussaire de génie traqué par les hôpitaux psy, la police et la mafia…

Il y a du Fight Club dans ce personnage aussi schizophrénique que le monde qui l’entoure, mais aussi quelque chose de l’énergie de Trainspotting pour le trash et la dope.

On fonce à tombeaux ouverts dans ce texte hallucinatoire qui pourrait être l’emblème d’une génération assez éloignée de la révolte des années punk, celle des trentenaires actuels, confrontés à un monde qui se veut lisse et normé. »


Librairie le Festin nu
25 Avenue du Maréchal Foch, 64200 Biarritz


rentree-litteraire-festin-nu-biarritz-17Site internet et page Facebook


 


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