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« A la renverse », du théâtre du rivage : l’amour, comme une bouteille à la mer

22 janvier 2014 > > 5 commentaires

Lecteur… Quand tu liras que ce serait vraiment dommage de rater une nouvelle représentation de ce A la renverse, du Théâtre du Rivage, comme vue mardi au Boucau, sache que la lecture proposée des quelques lignes suivantes n’a pas d’autre objectif que de prolonger le sentiment de plénitude que propage cette pièce pour deux (jeunes) acteurs, comme ressentie à la sortie de la pièce, lorsque les étoiles ne brillaient ce soir-là que pour rivaliser avec les sourires de ces spectateurs-là.

Laisse-toi plonger dans tes meilleurs souvenirs du film Toto le Héros de Jaco Van Dormael, tu sais, cette histoire de ce petit gars qui n’avait d’yeux que pour cette gamine près de lui, chérie en silence, quand il ne pense plus nécessaire de résister au hasard qui les a rapprochés.

Elle s’appelle Sandrine, elle rêve de New York et de l’Amérique, mais il préfère l’appeler Sardine, et lui s’appelle Gabriel, mais il est son Guépard à elle, selon les mots émouvants de l’auteur, Karine Serres, qui les fait évoluer au bord d’un front de mer imaginaire, « en face de l’Amérique !! », sur une plage qui se vide de ses terriens, pour mieux investir la vie devant eux et l’imaginaire qui les unit.

renverse théâtre rivageIls sont « de l’autre côté », ils le savent, sans oser se dire que cela veut sans doute dire qu’ils sont donc sur le même coté, elle la Finistérienne qui se désole de ne jamais voir tomber la neige, et lui, le petit Parisien qui peut la lui décrire, mais ne voit qu’elle quand il ferme les yeux, 11 mois durant, le laps de temps interminable qui le sépare de ses vacances d’été en Bretagne. Pour la retrouver. Elle le sait, le regarde, sourit, mais interdit encore à son cœur de parvenir à ses lèvres.

De ses souvenirs égrenés au fil de discussions sur un banc bleu (le leur), l’émotion surgit dans les rangs du public, placé en bi-frontal, devant ces gamins qui ont grandi, quand nous pressentons ce qu’il adviendra de ces élans adolescents, devenue une rencontre amoureuse inscrite dans leurs âmes, parce que, probablement, ils sont inscrits dans nos vies secrètes, dans nos tiroirs cachés.

Elle en tutu noir, et lui qui rêverait de cueillir des brassées de tulipes sur ce sable qui les retrouve chaque été, « quand il pleut à Paris, je souris, parce que je me dis que ces nuages viennent de chez toi », nos gorges se serrent, nous savons, et ils vont le découvrir, devant nous : l’amour ne pardonne rien à ceux qui n’ont pas osé formuler ces « je t’aime », « tout est possible », « je veux vivre avec toi », quand il le fallait, c’est à dire quand les cœurs débordent mais que les bouches se taisent.

théâtre rivage renverseLa grande qualité du travail mené par l’autrice, Karine Serres, et par la metteur en scène, Pascale Daniel-Lacombe, du Théâtre du Rivage, est d’avoir pressenti que ce fil rouge des non-dits pouvaient trouver chez deux jeunes acteurs (formidables) une résonance profonde et formidable : Elisa Ruscheke, dégottée du côté de Lyon, et Carol Cadhilac, issu du Ecole Régionale d’Acteur de Cannes, ont relevé cette gageure de propos lourds de sens mais silencieux, ou trop bavards, ce qui revient au même, et que seule la maitrise de petits gestes, de regards et d’énergies libérées, pouvaient illustrer.

Cette rencontre amoureuse s’éloigne dès lors des attendus incontournables, pour plonger dans une chute inéluctable, que nos souffles coupés imagineraient presque pouvoir retarder, ou contrarier.

« – Je nous verrais bien vieillir tous les deux, heureux, tu sais…
– Tu es heureuse ?
– Et toi ?
– Presque. Il est temps de penser aux enfants que nous n’aurons pas… »

renverse théâtre rivageDans un ultime tableau où les deux jeunes sont devenus de jeunes adultes encore une fois éloignés, nous assistons à l’imparable, la rupture de ce « petit élastique » qui les unit, qu’il coupe pour lui donner la possibilité de vivre ses rêves, qu’il ne peut pourtant partager. Et il n’entend pas son « j’aimerai tellement que tu sois avec moi, Gaby », quand lui, la tête dans la main, se demande comment « le temps passe sans toi, comment est-ce possible ? ».

Ils se le jurent les yeux fermés, mais sentent qu’ils mentent, une ultime fois, par amour, ce gros mot qui sera le seul à ne pas avoir été entendu pendant l’heure et demie de la représentation :
« – Et si je ne reviens pas ?
– Je te retrouverai, promis… Va ».

théâtre rivage renverseLes doigts croisés des spectateurs, une main rapide devant les yeux, avant que les lumières revenues ne trahissent votre émotion, que vous soyez adultes (et extrêmement émus), ou adolescents, le cœur de cible de cette pièce aussi sensible que généreuse  : le seul moyen d’être sûrs que ces deux-là se retrouveront consistera à les revoir, une fois encore, dans une prochaine date de « A la renverse ».

Que les scènes s’arrachent pour cette fin de saison, et pour la suivante. Ce n’est pas un secret, et cela n’est pas non plus étonnant…

théâtre rivage renverse20 mars 2014 – 18h – Rencontre avec l’autrice Karin Serres – Médiathèque de Saint Jean de Luz

21 mars – 18h – Rencontre/dédicace autour du dernier roman de Karin Serres « monde sans oiseaux » à la  librairie Louis XIV à Saint Jean de Luz

22 mars – 20h30 – Représentation  bord de scène avec Karin Serres (Auditorium Ravel) Saint Jean de Luz

22 mars – Rencontre avec Karin Serres à la librairie le Festin Nu (Biarritz)

28 mars – 10h / 14h30 (représentations scolaires) /  19h30 (représentation tout public) – La Rochelle

Merci à Xavier Cantat pour les photos, tous les renseignements sur le site du Théâtre du Rivage


Commentaires

5 réponses à « A la renverse », du théâtre du rivage : l’amour, comme une bouteille à la mer

  1. Joli article qui donne envie en effet de se rendre auprès du rivage… et j’y suis allé ! Pas forcément happé par l’ensemble, je partage donc en partie ton sentiment.
    Pour moi, le travail de mise en scène reste la meilleure marée de cette sympathique proposition.

  2. A garder dans un coin de sa mémoire, pour les prochaines productions. Bravo le rivage.

  3. julien dit :

    Merci pour ces informations, c’est ce que je cherchais

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