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‘Requiem’ de Mozart par l’Orchestre de Bayonne, magnifié par son choeur

24 novembre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

La représentation par l’Orchestre de Bayonne du Requiem de Mozart vendredi dernier à l’église de St Jean de Luz a été magnifiée par le travail impeccable de son choeur, salué unanimement par le public et les musiciens.

Elle n’a pas de nom, ce soir. Elle se tient là, à sa place fixée, englobée dans ce choeur de l’Orchestre Régional Bayonne Côte Basque (ORBCB), de part et d’autre d’une formation symphonique réduite, devant l’autel de l’église St Jean Baptiste.

Elle est une de celles, et de ceux, chargés ce vendredi soir dernier de porter l’enveloppe du Requiem de Mozart, dirigé par Jean-Claude Malgoire, juché au centre des violons.

Les premières notes de violoncelles et les tubas lancent la Messe des Morts, les trompettes et les violons donnent le signal de départ de ces tout premiers mots, « Requiem aeternam », pour l’éternité, qui ne durera malgré tout qu’une heure.

Un coup d’oeil devant elle lui a confirmé l’attente de spectateurs qui ont rempli l’église, jusqu’à les voir rejoindre le 3ème niveau, tout là-haut,

Elle revient sur la partition des chants, Salve me, fons pietatis. sauve-moi, fontaine de bonté, elle n’est pas sûre de sa voix à elle, mais perçoit l’ensemble, ce chœur puissant qui monte et résonne dans la galerie consacrée.

Les heures de répétition ne trouvent pas leur entière vérité dans ce lieu, pas plus que l’habitude des concerts, car ne rien ne vous protège de cette émotion qui monte au sein de chaque musicien.

Le public connait à l’évidence les notes et les envolées des mouvements, il ne guette pas la faille mais le moment où la musique repasse par le coeur, le sien également, bien entendu, elle serre ses feuilles, même en gardant cette impression de n’être rien, ou pas grand chose, elle tient son rang.

requiem-orbcb-2Devant elle, les quatre solistes n’ont pas le luxe de ses doutes, la jeune soprano portugaise Raquel Camarinha s’est levée et a donné le ton d’une interprétation cristalline, avec, à côté d’elle et dans un sérieux constant, les autres voix masculines.

La voix exceptionnelle du contre-ténor Robert Expert, celles plus attendues du ténor Inigo Vilas Molina et du baryton Hervé Hennequin : aucune compétition n’est engagée sur un Requiem, même si, dos au public, Jean-Claude Malgoire donne l’impression d’être un arbitre de tennis juché sur sa chaise.

Ici, le service n’est pas échangé mais rendu à ce Requiem qui doit sortir vainqueur de son appel aux âmes, et ce grand amoureux de Mozart officie pour lancer, d’un grand appel des mains, le Rex tremendae majestatis, Roi d’une terrifiante majesté.

Seuls les musiciens devant lui s’en rendent compte, Malgoire n’a aucune partition devant lui, et il gardera les yeux fermés pratiquement durant tout le concert, tout ce qui a été écrit s’est inscrit depuis bien longtemps, son oreille est sa meilleure conseillère.

Les chapitres se succèdent, et, dans les rares intervalles, tous dans l’orchestre sentent ce silence de fond que produisent ceux qui écoutent, bien moins sonore que celui de ceux qui ne font qu’entendre.

requiem-orbcb-3Les feuillets sont tournés, les couplets se répondent en canon, du Dies Irae au Lacrimosa et à ce Lux Aeterna qui devra le conclure, encore loin devant.

Celle qui n’a pas de nom pour ce soir mesure combien la magnificence du Requiem est autant une question de justesse que de géométrie, par la disposition des voix puissantes ou plus aiguës de part et d’autre des instruments.

requiem-orbcb-8Car ce soir, ce seul soir peut-être, les musiciens ne sont pas totalement les vedettes de cette nuit de pure beauté.

Mozart a écrit et convoqué les anges sur des voix qui se répandent et se répondent dans l’église, les yeux se brouillent d’émotions plus douces que celles de ceux qui, ici, ont parfois dit un dernier adieu à des proches.

requiem-orbcb-13Les frissons ressentis cette heure-durant se libèrent quand les instruments cessent leurs mouvements, et que les épaules des choristes se reposent enfin.

Jean-Claude Malgoire ne s’y trompe pas, qui remerciera ses quatre solistes après avoir jeté un regard reconnaissant à ceux, sans nom pour ce soir-là, qui ont unis leurs talents à celui de leur chef de choeur, Laetitia Casabianca, pour cette belle et parfaite offrande.

requiem-orbcb-12La libération et la joie ne prennent pas plus place immédiatement dans le regard de celle qui n’a pas eu de nom pendant le Requiem, après avoir accepté d’être seulement l’une de ces voix du choeur de l’ORBCB.

Un regard vers l’église qui se vide avec le même regret que le sien, celui de la fin de cette soirée, avec ce silence dont il est faux de dire qu’il reste du Mozart : un sentiment de perte pèse, comme une déconnexion sans plaisir.

requiem-orbcb-14L’auto-critique viendra dans quelques minutes, quelques heures ou jours, cela pourra attendre.

Dehors, elle va retrouver son nom mais perdre Mozart, la tempête qui s’est levée à l’extérieur pendant le Requiem ne pourra pas avoir le pouvoir qu’elle prétend.


 


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