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Dans la Rioja basque : le futur à nourrir de son passé [Le beau pour le bon, 2/3]

8 janvier 2015 > > 2 commentaires

Suite du dossier « Dans la Rioja basque, le beau pour le bon » en trois volets : deuxième étape en Álava, du côté de l’architecture viticole de Laguardia, pour un plaisir des yeux de ses visiteurs, mais également de ses prédateurs.

L’appellation d’origine Rioja représente aujourd’hui 40 % des vins haut de gamme commercialisés en Espagne, pour 250 millions de litres assemblés dans ses 800 caves. Au début des années 2000, la peseta dévaluée facilite l’exportation, et le monde découvre le vin espagnol qui acquiert ses lettres de noblesse.

Médaille d’or à Vinexpo, à Bordeaux, la Rioja Alavesa joue dans la cour des grands, exportant principalement en Grande-Bretagne et en Allemagne un vin qui se négocie entre 10 et 75 euros la bouteille.

La revalorisation du vin se traduit par une valorisation d’image de la région, facilitée par un secteur économique de 9 milliards d’euros annuels : à l’attractivité des amateurs de vins s’est faite jour la possibilité de satisfaire les esprits autant que les gosiers.

rioja-bodega-2Loin des plages attrayantes de la Biscaye, et à l’instar de ce qui s’est amorcé pour les vignobles de Ribera del Duero et de la Castille, le début des années 2000 a donc marqué la volonté d’interpeller les imaginaires par une architecture chargée de magnifier cette terre rude et rocailleuse, tout en illustrant une réflexion quotidienne sur un secteur d’avant garde.

Quand celui de Gehry à Elciego montre une sorte d’aveuglement quant à la réussite de l’assemblage du futur et du local, deux exemples illustrent une réflexion plus convaincante du beau pour du bon, la cité espagnole Logroño reprenant le travail mené chez sa petite sœur basque de Laguardia, en Álava.

ysios-2Inaugurées en 2001, les caves à vin Ysios situées à la périphérie de Laguardia dans la partie alavesa de la Rioja, ont cherché avec l’architecte Santiago Calatrava la naissance d’un ensemble d’une modernité incontestable, mais avec la conviction de devoir s’intégrer au mieux avec le paysage et l’histoire viticole de ces terres.

ysios-1Le toit ondulant en aluminium, rappelant la fabrication de ses grandes cuves, en est la porte d’entrée visuelle, soutenu par des poutres en bois de couleur claire pour amener à la sublimation des lignes d’une file de barriques.

ysios-6ysios-7A quelques kilomètres de cette bourgade de 1.500 habitants, la volonté de créer un impressionnant navire-amiral d’une Nouvelle Rioja a de fait guidé l’esprit de ouvrage, à même d’imprimer la marque de vins du Nouveau Millénaire.

L’intérieur y a été pensé comme une cathédrale où le vin serait la grande religion célébrée : la luminosité guide la réflexion sur des espaces d’une grande pureté, à même de guider le curieux pour une circulation aisée, où les barriques et les cuves à l’horizontale ondulent à leur tour dans un esthétisme précieux.

C’est en 2005 que la communauté autonome de la Rioja choisit à son tour de s’appuyer sur l’un de ses natifs, Jesus Marino Pasqual, pour lancer un spectaculaire travail d’architecture pour les 7.000 m2 de la Bodega Darien de Logroño, achevé en 2007.

bodega-darienCe grand ensemble aux vraies allures de vaisseau spatial a complété son activité de cave viticole traditionnelle par la vino-thérapie, comme beaucoup, mais surtout par l’organisation d’évènements culturels, par la commande en particulier de créations musicales spécifiques pour le lieu.

architecture-darien-1Les plans inclinés et asymétriques, librement inspirés par les strates minérales des terres de la Rioja, porte également une volonté de rupture paysagère, saluée en 2009 par le Prix « Best of Wine Tourism 2009 » en architecture.

Cette reconnaissance internationale ne chercha pas à le dissimuler : l’influence directe des travaux initiés par Gehry à Elciego et par Calatrava à Laguardia a guidé la recherche de modernité de Jesus Marino Pasqual, tout en y incorporant une réflexion sur l’obligation de repenser la fabrication du vin.

bodega_dorianLa leçon fut sans doute retenue d’en réduire l’impact vertical, par la transmission d’une sensation d’horizontalité quand les grandes pièces de travail et de conservation des fûts sont excavées en profondeur.

Ici, le bâtiment a une hauteur totale de 40 mètres, dont 27 sont enterrés pour la réalisation d’économies d’énergie de 70%, tout en permettant l’utilisation de la gravité de la circulation des raisins, des moûts et des vins.

bodegas-darien-1Le rez de chaussée s’inscrit dès lors comme une sorte de musée du vin, dont l’entrée est gratuite toute l’année.

Une collection de céramiques du XVI siècle côtoie une salle vidéo lounge très design et sobre, enrichie de nombreux ouvrages sur l’art du vin.

bodegas-darien-2Dans l’autre grande région du vin du Ribera del Duero, peuvent donc être convoqués sans jalousie le grand Norman Foster comme architecte des Bodegas Portia et Richard Rogers pour celles des Bodegas Protos de Valladolid.

La recherche de l’excellence déliant ses bourses qu’elle pensait éternelles, la Rioja a su imposer une marque visuelle nourri de ses désirs futuristes.

Mais les écueils d’une difficulté de retours sur investissements, puis, à partir de 2008, de la crise économique, ont grandement freiné, puis fragilisé ses porteurs de projets.

ysios cavesEn 2005, les caves Ysios ont fait l’objet d’une OPA du groupe Pernod Ricard, qui continue son marché de vignobles de renom (avec les marques Juan Alcorta, Age et Marqués de Arienzo, qui, avec Ysios, couvrent toutes les gammes de vins de la Rioja).

Et la messe pourrait être dite pour beaucoup de caves réputées de la Rioja, de multiples initiatives de la communauté autonome étant déployées pour garder les bijoux de la famille aux mains de ses héritiers.

Dans le petit village basque de Villabuena de Alava, la valorisation de ses crus renommés a nourri le projet de l’Hôtel Viura, déployé dans une modernité qui en a fait, pour le New York Times, « le second plus bel hôtel du monde dans une région viticole », après celui de la Cité du Vin dessinée par Gehry (à lire dans le 3ème et dernier volet de notre dossier)

viura-pays-basque-2


Liens internet pour prolonger cet article :

Les caves à vins Ysios de Laguardia

La Bodega Darien de Logroño


viura-rioja-uneDans le 3ème et dernier volet du dossier [Le beau pour le bon] :

Dans la Rioja basque : réfléchir l’extra-ordinaire


Commentaires

2 réponses à Dans la Rioja basque : le futur à nourrir de son passé [Le beau pour le bon, 2/3]

  1. Simon dit :

    Ces vitrines spectaculaires sur le plan de l’architecture sont tout de même à l’image de vins qui sont majoritairement très boisés et très fabriqués. Il est assez difficile de goûter à des vins de Rioja authentiques et correspondants à leur terroir. Cela n’enlève rien à l’époustouflant travail de Gehry, mais pour avoir visité une de ces caves-musées (Vivanco à Briones), on est dans l’univers industriel et du business mondialisé, loin de ce qui fait selon moi le charme et l’art du vin…

  2. Absolument d’accord avec toi, Simon…
    des vins très boisés, parfois trop « spectaculaires », on est bien dans l’univers industriel… Ce qui explique aussi l’appétit des industriels français qui les rachètent.
    Merci pour ton commentaire,
    rendez vous demain dans le 3ème et dernier volet.

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