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Roland Barthes, l’hommage de Bayonne pour lui rendre son amour du « goxokissime »

15 septembre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Du 15 au 27 septembre, Bayonne rend hommage à Roland Barthes, inscription intime dans une manifestation nationale où, ici, survit le souvenir d’un amour porté par le critique littéraire au pays de son enfance éternelle.

La commémoration est nationale, pour le 100ème anniversaire de la naissance du critique littéraire et sémiologue français Roland Barthes, né le 12 novembre 1915 à Cherbourg et mort le 26 mars 1980 à Paris.

Bayonne s’y colle aussi, mais avec une émotion toute particulière, comme « un devoir agréable », tant la vie de Roland Barthes sur ce territoire basque s’y définit comme les deux bouts d’une même corde.

Une grande partie de son enfance s’est en effet passée à Bayonne (où il fut lycéen) et à Urt, près de sa mère durant toutes ses vacances, deux villes souvent citées dans ses oeuvres.

Bayonne, tout d’abord, qui restera pour l’auteur de « Mythologies » le symbole d’un paradis perdu, et de son célèbre « Il n’est pays que de l’enfance ».

barthes 10Roland Barthes par Roland Barthes (Seuil, 1975) témoigne de cette nostalgie, tout comme La lumière du Sud-Ouest, superbe texte paru pour la première fois dans « l’Humanité » en 1977, et plusieurs fois réédité.

Et puis il y a Urt, dans la maison de la mère, où il viendra très souvent ré-alimenter son plaisir d’écrire : « le délice de ces matinées à U. : le soleil, la maison, les roses, le silence, la musique, le café, le travail, la quiétude insexuelle, la vacance des agressions ».

Pour l’occasion, du 15 au 27 septembre, s’est rassemblée « une liste impressionnante d’énergies et de talents que nous avons dans notre petit pays, pour donner sens et vie à cet hommage », a évoqué l’adjoint à la culture de Bayonne, Yves Ugalde.

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A gauche : Yves Ugalde, Adjoint à la culture de Bayonne

Agnès Jaoui, Florence Delay, Marie Darrieussecqn Michel Portal, Pascal Convert : un sentiment de partage à Bayonne de tout ce qui permet de constituer « un rendez-vous d’amitié de beaucoup de talents, et d’autant de bonnes et joyeuses volontés ».

La réflexion a grandement profité de l’énergie de Pierre Vilar,  maitre de conférence à l’UPPA Bayonne, pour « un lien entre l’émotion et la découverte intellectuelle de l’homme, une vraie chance de pouvoir présenter cela au public ».

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A droite, Pierre Vilar, maitre de conférences UPPA

« Il aura porté une interrogation inquiète, jamais systématique, de ce qui fait notre rapport au monde des signes, aux signes du monde, ce qui forme le goût de vivre et de penser », a-t-il tenté de résumer à son tour.

Cinéma, musique, conférences : tout est mis en oeuvre pour toucher un public en rendant l’amour de Barthe pour cette ville, là où il fut enfant et dans cet environnement qui l’a nourri avec délicatesse.

Avec « gentillesse », faudrait-il écrire.

Dans son texte La Lumière du Sud-Ouest, il évoque son attachement à son havre. Il y invente le mot goxokissime, détourné du basque goxoki, pour dire une douceur enveloppante, très naturellement maternelle.


Barthes, l’homme de lettres

roland-barthes-bayonne-3Son apport intellectuel est considérable, et rien n’est simple à devoir résumer une vie dévolue à l’écriture.

La profondeur d’analyse et la précision sont deux piliers d’un continent littéraire dont n’ont jamais été masqués des manques, des parenthèses, des fragments, des silences, des naufrages.

Les siens, tout d’abord, avec la mort du père quand il a un an ; puis ce temps passé dans un sanatorium ; ou enfin son homosexualité dissimulée à la mère, figure en marbre de la gentillesse.

Il revendiquait le droit – ou le devoir – d’être un homme à part parmi les siens, confronté à la bataille feutrée et féroce livrée entre vivre et écrire. Jusqu’à la fin.

Le 25 février 1980, Roland Barthes est invité par Jack Lang à un déjeuner avec François Mitterrand, le futur ministre de la culture souhaitant que le candidat à l’élection présidentiel s’entoure d’intellectuels.

Barthes, cet « anti-Sartre » notoire, rechigne à s’engager et quitte ses convives vers 15 heures pour se rendre au collège de France, où il professe. En route, il est renversé par une camionnette. Il meurt le 26 mars de complications pulmonaires à 65 ans.

Il repose à Urt, sous la même tombe, très simple, sans fioritures, où repose également sa mère.

Conseil pour aborder Roland Barthes :

Roland Barthes par Roland Barthes, où il évoque ses souvenirs d’enfance
– le site roland-barthes.org, où, notamment, on peut entendre sa belle voix (en particulier lors d’une Radioscopie avec Jacques Chancel)


Le Barthes de l’Adour

roland-barthes-bayonne-4En 1916, à la mort de Louis Barthes, son père, officier de marine tué dans un combat naval, Henriette Barthes, sa mère, s’installe avec la grand-mère paternelle et sa fille Alice dans une maison à Bayonne vec un grand jardin, reste d’une ancienne corderie, située au coin des allées Paulmy et de l’avenue de la Légion tchèque.

Pupille de la nation, Roland Barthes est élevé par sa mère à Bayonne, puis à Paris (à partir de 1924), mais il continue à passer ses vacances scolaires à Bayonne, chez ses grands-parents.

L’auteur du Degré zéro de l’écriture (1953) achète, en 1961, une maison à Urt. Ses deux pôles essentiels deviennent alors sa maison de campagne à Urt et l’appartement de Paris, rue Servandoni.

Selon un emploi du temps très réglé, loin de l’agitation parisienne, il y pratique la notation journalière, le goût de l’ordre et le rituel : pendant ces « vacances de l’écrivain », la fabrique de la pensée continue, prend une autre forme, inspirée par les activités et les paysages d’été.

roland-barthes-bayonne-2Il y reproduit, presque à l’identique, l’agencement de son bureau parisien, y écrivant une bonne partie de ses livres. Et où il reviendra toujours.

Mais les textes écrits après le 25 octobre 1977 portent les stigmates de la souffrance, d’une chute mélancolique, avec la mort de la mère à Paris qui signifie, pour lui, la disparition de tout sentiment de sécurité.

Roland Barthes n’est plus le même. Il vivra sa mort, en 1977, comme un traumatisme. Il ne lui a survécu que trois ans.


Les principales dates de l’hommage à Roland Barthes

roland-barthes-bayonne-1Inauguration le 22 septembre à 18h30 de la place Roland Barthes, en lieu et place du mail Chaho Pelletier


Exposition Place de la Liberté « Il n’est pays que de l’enfance »
du 13 au 27 septembre

Une plongée dans l’univers personnel et littéraire à travers une présentation inédite d’images bayonnaises du XXème siècle et des extraits d’eouvres


du 12 septembre au 3 octobre
exposition photographique « Barthes, toujours vivant ! » à la Médiathèque de Bayonne


Soirée d’ouverture le mardi 15 septembre à 18h30,
conférence à 19h30 à la Médiathèque « la forme d’une ville » par Pierre Vilar, maitre de conférence à l’UPPA Bayonne


Mardi 22 septembre à L’Autre Cinéma de Bayonne
carte Blanche à Francis Marmande, Professeur à la Sorbonne et critique littéraire au Monde
« Un second souffle » de Gérard Blain, 1978, suivie d’une discussion sur Barthes et le cinéma

Jeudi 24 septembre à 19h
à partir de 19h, rencontre avec le plasticien Pascal Convert et l’écrivain Didier Arnaudet, avec à 20h30 la projection du documentaire Barthes


Vendredi 25 septembre au Musée Bonnat Helleu,
conférence « Roland Barthes face au XIXè siècle : amours et détestations »

Dialogue entre Sophie Harent, directrice du musée Bonnat-Helleu et Stéphane Guégan, conservateur au musée d’Orsay, sur l’esthétique contemporaine de Rland Barthes
(sur réservation préalable au 0559466360 ou sur public.mbh@bayonne.fr)


samedi 26 septembre au Théâtre de Bayonne
de 10h à 12h30, « Le goût de Roland Barthes », par des écrivains réunis sous la présidence de l’écrivaine Florence Delay

de 14h30 à 17h :
poursuite de la rencontre, sous la présidence cette fois de Francis Marmande, chroniqueur au Monde

à 20h30,
spectacle « Agnès Jaoui lit Roland Barthes », lecture mise en scène et animée par Pierre Vilar
tarif unique de 10 €


dimanche 27 septembre,
de 10h à 12h30, Hôtel de Ville,
rencontre « Roland Barthes et le goût du Sud Ouest », sous la présidence de l’écrivaine Marie Darrieussecq


dimanche 27 septembre, à la Petite Escalère,
roland-barthes-bayonne-5dans le jardin de sculptures privé du bord de l’Adour, ouverture des portes à partir de 14h30 autour de ses collections pour une après midi autour de Roland Barthes
(jauge limitée, réservation préalable au 0951637756 ou par courriel sur contact@lpe-jardin.org

de 16h à 18h30,
rencontre « Roland Barthes et les arts », sous la présidence de Bernard Marcadé, critique d’art
de 20h à 21h,
« Être musicien », dialogue improvisation entre le compositeur Michel Portal et l’écrivain Francis Marmande


Plus tard, les 14 et 15 novembre, le village d’Urt commémorera également la figure de son célèbre habitant, et deux jours de rencontres et célébrations seront ainsi proposées dans les maison de la ville, avec notamment une conférence d’Eric Marty, écrivain, ami de Roland Barthes et éditeur de ses oeuvres complètes.


roland-barthes-bayonne-8Tout le programme de l’hommage de Bayonne à Roland Barthes (fichier Calameo)


 


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