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« Sage femme », de Martin Provost, belle plongée « en hommage à celle qui m’a sauvé »

16 mars 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Après le succès de Séraphine en 2008 (7 Césars) et de Violette en 2013, le réalisateur Martin Provost était en avant-première au Select de St Jean de Luz il y a quelques jours, pour proposer à nouveau d’explorer en toute intimité le destin de deux femmes exceptionnelles dans son sixième long-métrage, Sage Femme, qui sortira en salles le 22 mars.

« Ces femmes extraordinaires dont on sait peu de choses m’intéressent », confie Martin Provost, multi-Césarisé pour Séraphine (en 2008, avec Yolande Moreau), « j’ai toujours été touché par ces personnages de l’ombre, comme les femmes de ménage dans les aéroports, par exemple. Quand je les vois, je pense à tous ceux qui pourraient vivre d’un seul regard. La loi du confort fait qu’on oublie, on perd la trace de ces silhouettes qui nous entourent. »

La disparition progressive du tiret entre les deux mots du titre invite au questionnement dès les prémices du film, qui s’ouvre au son d’un accouchement.

Catherine Frot (Claire) vient de mettre au monde un enfant dans sa petite maternité de Mantes-la-Jolie. Chose étonnante : l’actrice a réellement suivi une formation pour accoucher ces jeunes mamans, et d’ailleurs, il s’agit de véritables naissances, dans toute la beauté crue de cet acte originel.

Pas de mensonges avec M. Provost : ici, on parle vrai, et authenticité des personnages, « c’est mystérieux, un film, c’est une alchimie. Les actrices étaient très à l’aise avec moi, et on a cherché ensemble cette justesse : c’est un travail de vérité. »

Nous allons donc plonger dans le quotidien morose et solitaire de cette héroïne de l’ombre, personnage routinier à la limite de la psychorigidité, quand débarque dans sa vie une ancienne maîtresse de son père, Béatrice (Catherine Deneuve), sur laquelle Claire semble faire peser la culpabilité du suicide de ce dernier.

Et Béatrice chamboule tout. Elle est vive, légère, extravertie, elle aime la bonne chère et le bon vin mais surtout : elle est condamnée. Le cancer qui la ronge l’a poussé à rechercher la compagnie de celle qu’elle avait connue adolescente et qui aujourd’hui est tout ce qui lui reste.

Et voilà qui entre en scène le regrettable lieu commun : deux femmes qui semblent parfaitement dissemblables mais dont les similitudes vont finir par les rassembler.

Au-delà d’une certaine inaction et des leitmotivs franchement ordinaires, le point de vue du réalisateur apporte un souffle d’originalité au film. L’idée de la mort est omniprésente, c’est la trame de fond qui justifie et donne de la profondeur au film, bénéficiant d’un traitement presque tendre qui interdit tout fatalisme.

« Cela découle de ma propre histoire. J’ai failli mourir à la naissance : il fallait qu’on change mon sang et mon père a sillonné la ville en quête d’un donneur. Finalement, c’est la sage-femme qui m’a donné le sien, dans un acte héroïque et plein d’amour. Juste après ma naissance, je suis donc resté plusieurs heures entre la vie et la mort, et je pense que cela m’a marqué. J’ai toujours eu très peur de la mort, ce qui m’a forcé à chercher des palliatifs à cette angoisse. J’ai réalisé petit à petit que cette peur était une absurdité. On vit d’ailleurs beaucoup mieux quand on sait qu’un temps nous est donné ».

Ajoutez à cela un soupçon d’indignation sur les vices de ce monde et une note d’espoir toute bienvenue :

« Ce film est une fable à plusieurs lectures, dont une à caractère social. Jusque dans le métier de sage-femme, c’est le rendement qui régit tout : les petites maternités sont remplacées par des ‘usines à bébés’, on pratique systématiquement des césariennes par souci d’efficacité…  Je pense qu’inverser la courbe est encore possible, et c’est magnifique de se dire qu’il faut arrêter de surconsommer et remettre la poésie, la littérature, le cinéma à leur juste place. La distraction permanente est source de danger. »

Notons enfin quelques scènes d’une grande délicatesse : un beau parallèle visuel entre les photos du père de Claire projetées sur le mur de la chambre et la porte s’ouvrant sur le visage de son fils, et la métaphore de la barque à moitié submergée enfin libérée de ses amarres et voguant sur le fleuve.

« C’est une grande plénitude que de rendre hommage à cette sage-femme qui m’a sauvé : je l’ai cherchée partout et, ne la trouvant pas, j’ai décidé de faire ce film à sa mémoire ».


Sage femme, de Martin Provost (France – 1h57), sortie sur les écrans le 22 mars 2017, avec Catherine Frot, Catherine Deneuve, Olivier Gourmet, …

Bientôt sur les écrans de l’Atalante de Bayonne, du Royal de Biarritz, de MonCiné Anglet et du Select de St Jean de Luz.


Voir aussi le roman de Martin Provost, Aime-moi vite, éd. Flammarion, coll. Rue Racine, 1992 – 175 pages – 12,30 €, dans lequel il explore la relation avec la mort, inspiré de sa propre expérience après avoir aidé un ami à mourir.


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