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Cette soirée où le FIPA Biarritz s’est pris les pieds dans les « Salafistes » de François Margolin

22 janvier 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Hier jeudi soir au FIPA Biarritz, la décision de restreindre aux seuls professionnels la projection du documentaire « Salafistes » de François Margolin et Lemine Ould Salem a été plus discutable encore que le film, retour sur une soirée où la raison d’être du Festival a été au coeur d’invectives et de pressions.

« Ne me racontez pas de conneries ! Il n’y a aucun problème juridique avec ce film, rien n’a été statué au niveau du Ministère de la Culture ! J’en ai assez d’entendre des choses fausses de la part d’un Festival qui est censé protéger les auteurs ! ».

Hier soir jeudi, le 29ème FIPA Biarritz a connu l’une des soirées les plus tendues de sa longue histoire, au moment de la décision de restreindre la projection du documentaire Salafistes de François Margolin et Lemine Ould Salem, programmé dans la section « Grand reportage et investigation », et en avant-première de sa sortie en salles le mercredi 27 février prochain.

La thématique du film est effectivement délicate : 1h10 d’images de propagande de Daech sans commentaire ni voix-off, censées laisser le spectateur seul face à la rhétorique salafiste, « pour bien comprendre ce à quoi nous sommes confrontés », précise le programme.

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« Salafistes » de François Margolin et Lemine Ould Salem

Restreindre sa diffusion, ne pas la permettre tout court, ou, finalement, décider de ne le passer qu’aux professionnels et journalistes, en demandant d’être au public d’être « gentil » et de quitter la salle : hier soir, le FIPA a montré son impossibilité de ne pas céder aux pressions non nommées qui entourent déjà le film (mais venues semble-t-il du Centre National du Cinéma, qui doit statuer dans les prochains jours sur les restrictions ou pas de son visa d’exploitation).

L’appui téléphonique le matin même qui aurait été apporté par la Ministre de la Culture Fleur Pellerin au réalisateur le motiva à refuser cette restriction, ressentie comme une censure directe par les spectateurs présents et refusant de quitter la salle.

En l’absence effective à cette heure de toute interdiction administrative formelle, la décision du FIPA a été mauvaise, et édifiante.

François Margolin et Lemine Ould Salem

Son rôle est d’assumer ses choix de programmation, sans tergiverser par la suite, en revenant sur « l’effet d’aubaine » que peut représenter le traitement d’un sujet si délicat.

Cette telle action de « censure » comme contestée vivement par les spectateurs exigea des explications que le Festival fut incapable de donner, se prenant les pieds dans un documentaire effectivement discutable, car potentiellement porteur d’une apologie du terrorisme djihadiste.

« Salafistes » de François Margolin et Lemine Ould Salem

Au bout de la soirée, la projection qui fut finalement autorisée sous la pression de spectateurs permit d’en discuter (article de présentation du film et compte rendu du débat, à lire la semaine prochaine dans Eklektika).

Hier soir, la mission du FIPA a été redéfinie par ce public qui l’accueille depuis 20 ans sur Biarritz : montrer ce que la télévision hésiterait à programmer, en répondant à sa place par un « principe de précaution », contraire à la liberté d’appréciation de chaque spectateur.

Un moment de « démocratie directe » et de respect des auteurs sélectionnés : le FIPA ne peut pas s’écarter de cette ligne, au risque d’envoyer à toute la profession et au public l’image d’un Festival bien plus corseté qu’il ne l’affirme.


Retour sur la soirée Salafistes au FIPA

salafistes-margolin-6Dès l’accueil de la salle du Colisée, une première consigne avait été donnée aux spectateurs : « Le film Salafistes ne sera pas projeté, en raison d’images pouvant choquer les spectateurs », le programme ne retenant finalement que la seule projection de The Woman who joined the Taliban (Angleterre, 50 mn) de Kai Lawrence.

En l’absence à ce moment-là des deux réalisateurs, François Sauvagnargues, le Délégué Général du FIPA, prit le soin d’expliciter au public les raisons d’une projection « restreinte aux seuls professionnels accrédités et aux journalistes », et demandant aux autres spectateurs de « quitter la salle » après la projection du 1er doc.

salafistes-margolin-7Les explications de François Sauvagnargues portèrent non pas sur le fond, mais sur la forme, et notamment la présence à l’écran d’images violentes difficiles à montrer au public.

Quelques spectateurs prirent le parti de ne pas obtempérer aux raisons invoquées, au nom du refus de voir restreinte une liberté d’expression, au nom aussi de la cohérence du Festival : une fois le choix fait de programmer le film, il ne dispose plus du droit de censurer un film s’il ne diffère pas de celui retenu par son comité de sélection.

L’arrivée des deux réalisateurs permit de mettre les choses au point, François Margolin refusant de considérer que Salafistes puisse être censuré pour des images de têtes coupées, « personne ne m’a jamais demandé de flouter ces images, qui, d’ailleurs, ne sont même pas présentes dans le film ! ».

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François Margolin et un responsable du FIPA Biarritz

La longue discussion engagée avec un représentant du FIPA (joint sur son portable, François Sauvagnargues ne refit pas pour autant son retour) permit de débattre de la crédibilité du Festival, en l’absence de toute interdiction formelle du Centre National du Cinéma.

« Que le FIPA assume de censurer ce film ! On ne peut pas demander au public d’être gentil et de quitter la salle alors qu’il est dans la sélection ! » : l’accueil enthousiaste de la part de spectateurs finalement « récompensés » de leur ténacité leur permit de s’assoir aux côtés des accrédités professionnels pour la projection du film.

« Nous prenons la responsabilité de vous inviter, et dégageons le FIPA de cela », déclarèrent alors les deux réalisateurs, avant que, enfin, la lumière ne s’éteigne dans la salle devant une petite cinquantaine de spectateurs.

salafistes-margolin-3Après 1h10 de projection, un autre débat put alors s’engager sur le film lui-même, effectivement délicat dans son projet, dans ses images.

Eklektika vous en parlera très précisément la semaine prochaine, avant sa sortie en salles : ce jeudi soir, l’essentiel était sans doute là, de pouvoir discuter d’un film « discutable ».

Pour avoir pensé qu’il pouvait s’affranchir de ce désir et de cette mission historique du festival, le FIPA Biarritz a vécu l’une de ses soirées les plus édifiantes.


 


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