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« Tout s’est bien passé », Paris, Berne… et Bayonne

3 novembre 2013 > > Soyez le premier à réagir !

Tout commence par la rencontre avec un ami, qui vous tend un livre, TOUT S’EST BIEN PASSÉ (Éditions Gallimard, sorti en janvier 2013), « je crois que c’est pas mal », et vous laisse avec un roman qui décrit dans sa page de garde un aller simple pour la mort, souhaitée et décidée, ultime sollicitation d’un vieil homme à sa fille.

Sous la plume d’Emmanuèle Bernheim, romancière et scénariste (chez Ozon, en particulier), est détaillé à la manière d’un journal intime le long chemin sur lequel il lui fut demandé d’accompagner son père, à 88 ans, une fois déterminés l’impossible retour à ce qu’il fut, et le refus de survivre à ce qu’il deviendra : une masse clouée sur son lit d’hôpital par une dégénérescence physique sans lumière, mûe par le seul désir de la considérer comme la dernière étape d’une vie déjà frappée par les maladies et les accidents de parcours, « je veux que tu m’aides à en finir ».

Peut-être est-ce la présence encore en vous du magnifique Le 4ème mur de Sorj Chalandon ou du poignant Le chemin des morts de François Sureau qui vous fait résister à un plaisir immédiat de lecture (ici, l’écriture est sèche, simplifiée au maximum, comme une course dans laquelle vous rechignez à vous engager).

Ou bien est-ce la crainte d’y voir le pathos vous contraindre à ré-examiner vos considérations sur la mort assistée, interdite en France mais autorisée ailleurs ?

bernheim-andreLe récit singulier d’Emmanuèle Bernheim dissipe rapidement tout malentendu. La principale question posée ici est de parvenir à écarter la peine de la disparition inéluctable, et d’accéder à la volonté d’un homme pour qui la beauté a représenté le moteur de sa vie (son père, André, était un faiseur de rois dans le monde de l’art). De l’angoisse contre laquelle, par amour filial, vous devez vous confronter, et vous comporter comme un petit soldat obéissant, embarqué dans l’indicible et l’impensable qui n’appartenaient pas à votre vie, quelques jours auparavant.

Emmanuèle Bernheim ne brandit aucune posture sur ce débat de société du droit à mourir dans la dignité, quand bien même son récit assume ne pas être dans les mêmes affres que le supplicié Vincent Humbert, délivré par sa mère. Le voyage de Paris à Berne (où une association suisse est le relais d’une mort assistée) s’organisera dans la clandestinité, à l’issue sans cesse incertaine (jusqu’au refus possible du père, au tout dernier moment). Le roman possède de fait la dimension d’un acte de résistance, contre le corps médical qui s’y oppose, contre ces amis mis dans la confidence d’un ultime voyage, puis contre la justice française.

emmanuelle-bernheimSon livre, au final, ne parle que du poids oppressant d’une promesse, dont le seul soulagement proviendrait d’être à la hauteur des attentes d’un père qui vous a donné la vie, mais vous demande ensuite de la lui ôter. L’histoire d’un dernier regard, dont on cache les tremblements, un « merci » qui s’inscrira en filigrane à la toute dernière page, et qui, sans même la certitude de pleurs au dernier jour, vous murmure le poids d’une parole comme « que sa dernière volonté soit faite ».

Écriture cathartique d’une romancière qui demande aux mots de la délivrer de la perte du père, TOUT S’EST BIEN PASSE n’est pas une lecture dénuée de sens, ici, au Pays Basque, où la justice s’intéressera l’an prochain aux agissements et motivations du Dr Bonnemaison, chef du service d’hospitalisation d’urgence de l’Hôpital de Bayonne, qui y répondra de sept cas avérés d’euthanasie active. Seule une de ces sept familles a décidé de se porter partie civile, doit-on préciser.

Reviennent alors les mots de cet ami, qui a placé le livre entre vos mains. « Quand tu l’auras fini, ce ne sera pas la peine de me le rendre. Si tu le trouves intéressant, alors donne-le à une personne proche de toi, son meilleur destin est d’être lu et partagé ».

Que sa volonté soit faite.


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