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« Lumière ! L’aventure commence », de Thierry Frémaux : la magie intacte et généreuse des pionniers du cinéma

10 février 2017 > > Soyez le premier à réagir !

Sur les écrans du Pays basque, si le Prix du Jury du dernier Festival de Cannes, « American Honey » d’Andrea Arnold, est la sortie principale depuis ce mercredi 8 février, une attention particulière des cinéphiles doit se porter sur le film « composé » par Thierry Frémeaux, plongée proprement sidérante dans l’univers des premiers inventeurs du cinéma, déjà à l’aise pour définir il y a plus d’un siècle ce qui est à l’oeuvre aujourd’hui encore.

Un petit café s’est imposé hier avant la première séance de Lumière ! L’aventure commence programmé dans l’accueillant Cinéma Le Sélect de St Jean de Luz, avec ce réflexe de fixer l’écran sur l’état de la billetterie, et les deux programmations à cette heure vespérale, La La Land, et donc Lumière ! L’aventure commence, « composé » par Thierry Frémaux, comme il l’a décrit en sous-titre de cette réalisation.

Tandis que l’horloge analogique égraine ses infatigables minutes et que défilent les visages au guichet les visages, le nombre de places disponibles pour la comédie musicale de Damien Chazelle diminue, tandis que celui de Lumière ! stagne, pour finir à 4 spectateurs dans la salle.

Cinéma Select de St Jean de Luz. Photo : Tiffany Delaroche

Une indication quantitative insuffisante pour caractériser un film proprement sidérant, en rien un projet didactique ennuyeux sur les premiers pas du grand écran, pas plus que d’une monographie insipide à l’arrière-goût de caprice nostalgique, non. . Non. Cela tient plutôt de l’hapax, comme d’une forme de cinéma jamais vue auparavant, dont on n’aurait pu relever jusque-là qu’un seul exemple, celui-ci.

Dans sa structure, Lumière ! est un assemblage de 108 films de 50 secondes chacun, choisis parmi les 1.482 tournés entre 1895 et 1905 par Louis et Auguste Lumière.

Une triple mise en abime, donc, avec cette proposition d’aller voir au cinéma un film sur le cinéma, lui-même composé d’une myriade de films. Et c’est une sensation étrange que celle d’être plongé dans la mémoire collective, à la jonction de deux siècles qui nous semblent si lointains, et qui ont pourtant vu naître les prémices de ce que nous sommes aujourd’hui.

Thierry Frémaux raconte l’épopée de l’invention du cinématographe avec une tendresse presque palpable qui accentue la poésie de cette genèse visuelle qui défile sous nos yeux – en noir et blanc, certes, mais débordante de vie. Le spectateur se laisse bercer, sans même s’en apercevoir, par l’alternance entre séquences d’un quotidien parfois désarmant, voix off chargée d’émotion et des musiques de Camille Saint-Saëns.

Un voyage singulier qui nous propose d’explorer la « petite histoire », non celle qui définit le destin d’un peuple (ou ses errances politiques), mais celle qui façonne une culture commune, et qui pose les jalons de ce qui sera bientôt une part de nous-mêmes.

Car tous les éléments y sont déjà : premiers remakes avec La Sortie des usines Lumière, premiers travellings, suspense dans Premiers pas de bébé, humour dans le célèbre Arroseur arrosé mais aussi La bonne d’enfants et le soldat ou encore Le Squelette joyeux, documentaire repéré dans les multiples films tournés à Marseille, Biarritz, Genève, Barcelone, Venise, Istanbul, Jérusalem, Chicago.

Au-delà de la révolution technologique, nous découvrons stupéfaits comment, dès le départ, ses fondateurs ont fait le choix de transcender la frontière jusque-là fermement tracée dans les esprits entre réalité et fiction, car « tout n’est que mise en scène », selon les mots du réalisateur.

Comme cette séquence, Démolition d’un mur, qui fit l’objet d’une « expérimentation » lors de sa projection du rebobinage du film, qui permet « par miracle » au mur de se reconstruire sous les yeux ébahis des spectateurs en 1896, moment où basculeront définitivement les « murs » de nos propres perceptions, par cette invention de la « marche arrière » du cinéma.

De la « lumière », donc, et dans tous les sens du terme.

Lumière, le nom étonnamment prophétique de ces frères aventuriers de l’image. Lumière, composante essentielle de tout art, débordant des séquences et inondant les salles de projection. Lumière, enfin, celle que ce petit bijou de M. Frémaux allume dans nos âmes, en proposant un regard nouveau sur l’histoire du cinéma, à la fois naïf et plein de sagesse, généreux et émouvant.

Est-il nécessaire de rappeler qu’en espagnol, donner naissance se dit « dar la luz », littéralement, « donner la lumière » ?


Lumière ! L’aventure commence
France – 2016 – 1h26 – Un film composé et commenté par Thierry Frémaux

Donné actuellement au Select de St Jean de Luz et à L’Atalante de Bayonne


Pour prolonger ce temps avec Thierry Frémeaux avec sa casquette de Délégué Général du Festival de Cannes, ne pas hésiter à se rapprocher de son livre Sélection Officielle, journal de Thierry Frémaux, éd. Grasset, paru le 11/01/2017, 624 pages, 23.40€


Dans les sorties de ce mercredi, American Honey, d’Andrea Arnold

(USA – 2h43), avec Sasha Lane, Shia LaBeouf, Riley Keough, … A L’Atalante de Bayonne, au Royal de Biarritz et au Select de St Jean de Luz…

Elle a 17 ans, s’appelle Star, et, pour un job d’été, elle croise le chemin de Jake et sa bande. Sillonant le Midwest à bord d’un van, ils vivent de vente en porte à porte. En rupture totale avec sa famille, elle s’embarque dans l’aventure. Ce roadtrip, ponctué de rencontres, fêtes et arnaques lui apporte ce qu’elle cherche depuis toujours : la liberté. Jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de Jake, aussi charismatique que dangereux….

Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, la réalisatrice avait déjà obtenu cette récompense en 2006, avec son impressionnant Red Road, chaleureusement applaudi dans le monde entier (avant son Fish Tank de 2009, qui lui valut un même accueil critique et public).

Le chaos mis en scène ici a impressionné, mais sans convaincre la totalité des critiques, qui ont situé le film entre une éprise nourrie elle-même d’une très grande liberté et d’une enfilage de clichés étriquée malgré sa grande durée.


 


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