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Star Wars en VO dans les salles art et essai : 5 raisons de le souhaiter

16 décembre 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Le nouvel opus de la saga Star Wars ébranle jusqu’à la conception de l’art et essai, qui verra sur la côte basque le cinéma L’Atalante de Bayonne et le Royal de Biarritz (qui le programme en VO) opérer un choix frontalement opposé.

La déferlante a un nom, Star Wars le Réveil de la Force, une signature (JJ Abrahams), et une paternité, celle des studios Disney plus que celle de son géniteur, le réalisateur Georges Lucas, dont les idées n’ont « pas été retenues » pour ce 7ème opus (on redémarre donc « presque » à zéro).

Ce space opera sort mercredi 16 décembre en France et dans plusieurs pays, des millions de fans vont découvrir la suite de la saga Star Wars, tenus en haleine par une impressionnante campagne marketing qui l’a accompagnée.

Pour ces nouvelles aventures de Luke Skywalker, plus de 500 000 billets de cinéma avaient déjà été pré-vendus pour les deux premières semaines d’exploitation du film en salle, explosant les records de films précédents.

30 ans après la fin de l’épisode 6, Le Retour du Jedi, sorti en 1983, les règles du jeu ont bien changé, qui ont fait s’avancer vers le film des salles art et essai de 12 grandes villes de provinces, qui ont réclamé (en vain) la possibilité de le programmer en version originale dès sa sortie.

star wars milleniumResté sourd à leurs demandes malgré la pression exercée, le studio Disney a fermé le ban à leurs demandes, après avoir tout de même accepté sa sortie (généralement en version française) à « 282 salles bénéficiant d’un classement art et essai ».

La polémique engendrée a mis en lumière un nouvel épisode des indépendants face aux monstres du circuit d’exploitation (UGC, Pathé, Gaumont, logiquement servis), et à une explosion de la notion officielle de « cinéma art et essai », label à géométrie variable dans lequel il faudrait tailler à grands coups de sabres laser.

Sur la côte basque, du côté de ses deux grands défenseurs de l’Atalante de Bayonne et du Royal de Biarritz, le choix n’a été le même, le premier ne l’ayant pas programmé (ou pu le faire) quand le second a bourré jusqu’à la gueule sa grande salle de séances de 2h16 en version originale.

Face à face dans leurs problématiques économico-cinéphiles, restant soutenus par leur municipalité respective, L’Atalante et le Royal offrent le choix aux spectateurs de ce bassin de vie, et cristallisent à moins d’une dizaine de kilomètres de distance un débat entre exploitants art et essai dont les sorts, même temporairement, ne devraient pas être identiques dans les prochaines semaines.

Qu’il soit partagé ici le sentiment que ce film a toute sa place dans la programmation de salles art et essai : 5 raisons pour en discuter ci-dessous.


1 – parce que Star Wars est et restera un monument du cinéma mondial

star-wars-art-et-essai-2Il n’est point question de mettre tous les blockbusters et la saga Star Wars dans le même panier, son concepteur Georges Lucas ayant propulsé en 1977 un univers de science fiction qui a, depuis, irrigué la littérature du genre et bien d’autres médias.

En accord avec les lois du genre space opera, « il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine », la lutte entre les chevaliers Jedi et les Sith, soit le côté obscur de la Force contre de nombreux personnages emblématiques, a provoqué une concrète révolution du genre cinématographique, et lancé quelques carrières d’acteurs, notamment Harrison Ford et Natalie Portman.

Un immense succès commercial y est associé, mais également un accueil critique généralement positif depuis son premier opus, rangé sans hésitation dans les repères de tous les cinéphiles.

Et ce ne sont pas les premières réactions de spectateurs, évoquant une expérience cinématographique aussi incroyable qu’immersive, qui devraient mettre fin au mythe.


2 – parce que les salles art et essai ne sont pas au-dessus de l’économie du cinéma

star-wars-art-et-essai-1L’époque où il fallait admettre se retrouver dans une salle art et essai mal chauffée devant un plus petit écran qu’ailleurs est heureusement révolue.

Défendant une politique de sélection qualitative des films, ce circuit de 1.000 salles, regroupées dans l’AFCAE, est défini par une présence de 50 à 70% de films classés art et essai, le reste de la programmation étant l’affaire de la personnalité à sa tête.

Une absence d’odeur de pop-corn, une qualité d’accueil à la caisse et la défense de la version originale sont également des marqueurs appréciables.

Globalement fragilisées, encore plus depuis le contexte de trauma post-attentats, ces salles art et essai auront des difficultés à boucler leur fin d’année, avec ces 3 semaines d’aspiration Star Wars : même servis en début d’année prochaine comme envisagé par le distributeur du film (au moment où il aura déjà été massivement vu), le ressort économique de ces salles est en péril, ce qui, bien expliqué à la partie courroucée de leur fidèle public, n’aurait pas donné lieu à un autodafé.


3 – parce que ceux qui le demandent ne sont pas de simples jaloux

star-strasbourgL’art et essai, notion mise en place par le Ministre de la Culture il y a une vingtaine d’années, a pour objectif d’inciter certaines salles à promouvoir le cinéma indépendant, majoritairement européen, et plutôt sous-représenté dans l’offre traditionnelle.

Une subvention annuelle est allouée, dont le montant n’a guère évolue sur cette période, obtenue vis à vis du pourcentage de programmations de films recommandés.

Partie via une pétition en ligne des rangs du cinéma stéphanois Le Méliès (Sylvain Pichon) et du Star de Strasbourg (Stéphane Libs, nommé en 2012 meilleur exploitant du réseau Europa Cinémas), le siège du distributeur Disney a une logique qui se veut autant cinéphile (le désir de leurs spectateurs de le voir en VO) qu’économique : un coup d’oeil sur leurs programmations montre à l’évidence un travail constant de défense de films moins rentables.

La réalité de telles salles non municipales s’articule sur un équilibre indispensable qu’il n’est pas possible de leur contester, au risque de voir se scinder le parc des salles entre deux, par une économie à deux vitesses avec les multiplexes d’un côté et les cinémas art et essai de l’autre.

Une dichotomie exempte de libertés, fortement hiérarchisée, génératrice d’un ostracisme en particulier chez les jeunes spectateurs : soit la destruction probable et inéluctable de ce qui a été patiemment construit dans l’Hexagone.


4 – parce que ceux qui prônent la vertu ne se sont pas tous écartés du film

 

petition-star-warsTrès logiquement, Star war 7 et sa fréquentation attendue au-delà des 10 millions d’entrées en un temps record n’ont pas laissé indifférent les exploitants art et essai.

Il ne s’est pas trouvé de défenseur du côté de l’AFCAE censé les représenter pour intervenir sur la polémique, son nouveau Président François Aimé (Pessac) ayant exprimé son sentiment que « Star Wars n’étant pas un film classé art et essai, nous ne pouvons défendre leur position », se désole-il.

Ce qui ne l’empêche nullement lui-même de le programmer en mode dragée haute, tout comme le trésorier de l’AFCAE, Marc Van Maele (les Alizés de Bron).

Difficile dans ces conditions de considérer que l’AFCAE puisse être dans ce contexte le défenseur crédible d’une considération cinématographique exemplaire sans empiéter sur la « qualité » de son rapport d’exploitant avec le studio Disney.


5- parce que les salles qui veulent Star Wars programmeront aussi le prochain Tsai Ming Liang

hole-tsai-ming-liang-1998Le coup de pouce économique souhaité par ces salles art et essai n’a pas vocation à les faire plonger dans le côté obscur de la Force, ces exploitants ayant depuis longtemps fait la preuve de leur attachement au 7ème art.

Les cinématographies les plus exigeantes ont la part belle sur leurs écrans, comme cette rétrospective du cinéaste taiwanais Tsan Ming Liang à Strasbourg en avril 2013, dont le beau et « décisif » The Hole (1998), Les rebelles du dieu Neon (1992) ou I don’t want to sleep alone (2006) forment une des facettes de leur credo (le prochain film du maître, Afternoon, est déjà dans l’attente de leur public.

Ces multi-salles art et essai montrent encore aujourd’hui la validité d’un positionnement volontaire, avec la continuation sur leurs écrans de films comme Le fils de Saul, le Club de Pablo Larrain, ou les nouvelles sorties du jour, comme Le Dernier Jour d’Yitzhak Rabin du cinéaste israélien Amos Gitaï (récompensé à la Mostra de Venise sans avoir trouvé son public dans son pays).


 


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