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« Stravinsky à Biarritz » : reprendre là, dans les folles années 20, le parcours d’un éternel passant

14 juin 2016 > > Un commentaire

« Stravinsky à Biarritz, un compositeur russe en exil », le livre de l’historien Etienne Rousseau-Plotto vient d’être réédité ces jours-ci aux éditions Atlantica : enrichi d’anecdotes et d’analyses depuis sa parution en 2001, l’ouvrage confie à nos mémoires le séjour historique du compositeur russe sur la Côte Basque.

Etienne Rousseau-Plotto, d’origine franco-russe, professeur d’histoire, organiste et écrivain (il est également l’auteur de Portraits basques chez Seguier), donne de nombreuses conférences consacrées à la culture russe.

Dans son ouvrage, désormais ré-édité, il consacre son attention à une période particulière de la vie du compositeur russe Igor Stravinsky, au moment où ce dernier rejoint la côte basque au début des années 1920.

stravinsky-biarritz-9Initialement, l’auteur porte son regard là où naissent les notes, là où s’élèvent leurs horizons et où échouent leurs errances, sur les pas d’un personnage complexe qui, sans chercher à inspirer l’empathie, intrigue sur sa quête d’éternel passant.

Virevoltant entre Paris, l’Europe et Biarritz, l’époque vaut ballet luxueux de rencontres, de lieux mythiques et de créations mondiales.

stravinsky-biarritz-7C’est l’heure des années folles notamment à la Villa Belza, à l’Hôtel du Palais ou au Casino de Biarritz, on y respire la culture russe mise à la sauce de tous les arts, jusqu’au parfum N°5 de Chanel qui commence là sa légende

La démesure sous la veste éprouvée du génial compositeur se glisse sans se froisser dans le monde des élites fortunées.

Enfant bien loti à l’heure d’un empire russe en plein essor, la révolution d’Octobre en 1917 et la guerre civile contraignent Igor Stravinsky et les siens (sa femme et cousine Catherine et leurs deux premiers enfants), comme bien de Russes blancs, à rejoindre la France.

Stravinsky a 30 ans, il est déjà mondialement connu, son œuvre Pulcinella triomphe à l’Opéra de Paris et il a déjà écrit une page sulfureuse de son histoire, avec son ballet Le Sacre du printemps, donné en 1913 au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, sur une chorégraphie de Vaslav Nijinski .

Il s’installe d’abord à Anglet sur les conseils et, avec l’aide de Coco Chanel, amour vain du compositeur, il se rapproche de Biarritz.

stravinsky-biarritz-6Jusqu’en 1922, il habite la Villa des Rochers et travaille sur plusieurs œuvres qui continueront de porter son talent, mais chez les Stravinsky, on reçoit aussi du beau monde, et la communauté russe de Biarritz y trouve bon accueil devant des plats de plus en plus français.

stravinsky-biarritz-2Contrairement à d’innombrables célébrités, qui n’ont fait que de brefs séjours à Biarritz, il y vit plus de trois ans, de septembre 1921 à mars 1924, derrière l’église orthodoxe, dans un quartier où se retrouvait une importante colonie russe.

Son beau-frère ouvre un restaurant, le Château Basque (Villa Belza) qui devint un prestigieux cabaret russe.

stravinsky-biarritz-4Sans entrer dans un portrait psychologique, le personnage parfois insondable de Stravinsky est observé avec pudeur, de son existence mondaine à ses espaces plus intimes, comme sa double vie avec l’artiste russe Vera de Bosset (à la mort de sa femme en 1939, il se maria avec elle aux Etats-Unis en 1940), qu’on lit notamment à travers la présence silencieuse de son épouse malade Catherine, décrite par l’auteur avec tendresse.

Etienne Rousseau-Plotto déploie au fil des pages ce quotidien déraciné improbable et torturé.

Le récit nourri de multiples références et d’analyse musicale s’enrichit de multiples anecdotes, d’articles, de correspondances (avec Coco Chanel, Ravel, Cocteau, pour ne citer qu’eux) ou de mémoires d’artistes comme celles du compositeur Iva Rubinstein.

La Côte basque mondaine des années 20 s’anime, les couleurs des photos se ravivent, en particulier celles du Château d’Arcangues, du Conservatoire de Bayonne, du Théâtre, ou encore de la légende de la Chambre d’Amour à Anglet.

stravinsky-biarritz-3Inspiré de mille vents, Igor Stravinsky ne manque jamais de ferveur.

Il possède un petit studio à Paris, mais il ne compose qu’à Biarritz.

Il y écrit la version définitive de Noces (solistes et choeur accompagnés par quatre pianos et percussions), les transcriptions pour orchestre des deux petites suites pour piano à quatre mains (écrites à l’ origine pour ses enfants), ou l’opéra-bouffe Mavra qui fut sa dernière création en russe d’après Pouchkine.

Etienne Rousseau-Plotto relate les œuvres musicale crées à Biarritz, l’influence de cette période faste de la cité balnéaire sur leur parcours, et la force créatrice d’un homme, jugement mis à part, car la vie de Stravinsky est semée d’embûches et de tourments.

 

Comme l’écrit un jour l’écrivain suisse Charles Ferdinand Ramuz, l’ami trahi du Monsieur russe comme il le nomme, avec qui il écrira le spectacle ambulant « L’histoire du soldat » en 1918, « mon droit est de continuer à admirer en souvenir le bel orage qu’elles ont déchaîné, ces Noces (…) », sûrement plus qu’une image, sur nos terres basques.

stravinsky-biarritz-12Loin de figurer parmi la liste des compositeurs disparus sans avoir jamais connu la reconnaissance de leur vivant, Igor Stravinsky rencontre un peu de cette gloire que mérite son talent.

Glissée dans ces pages, une correspondance savoureuse entre lui et Arthur Rubinstein raconte notamment leurs confrères malheureux, quand, Stravinsky, fort de ses convictions d’exilé volontaire, « ne se dérange pour personne » (Etienne Rousseau-Plotto).

Mais en 1924, l’heure du départ a sonné.

stravinsky-biarritz-8« Ma femme et moi décidons de quitter Biarritz où la violence des tempêtes hivernales nous fatigue terriblement et nous décidons d’aller vivre à Nice », écrit-il sans une lettre à Ramuz, et Stravinsky revint au moins une fois sur la Côte basque, pour diriger lors d’un concert consacré à ses oeuvres l’orchestre du Casino municipal, le 25 août 1932.

Le séjour de Stravinsky à Biarritz a longtemps été ignoré et reste méconnu. Il présente pourtant un intérêt exceptionnel, puisque c’est le moment où le compositeur s’approprie la culture française, dans le contexte étrange et brillant des années folles, mais aussi dans des conditions morales et familiales difficiles.

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Plongées dans les contrastes de ce Biarritz prestigieux en noir et blanc, les pages de ce livre tournent d’elles-mêmes, dans l’élan d’une écriture fluide chargée de savoirs et de technicité, l’ouvrage d’Etienne Rousseau-Plotto ressuscite une curiosité gourmande et la fragrance d’une époque dont la plupart des vestiges ont aujourd’hui disparu.


stravinsky-biarritz-couv« Stravinsky à Biarritz
Un compositeur russe en exil (1921-1924) »,
d’Etienne Rousseau-Plotto

Editions Atlantica, 192 pages, parution le 11 mai 2016


 


Commentaires

Une réponse à « Stravinsky à Biarritz » : reprendre là, dans les folles années 20, le parcours d’un éternel passant

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