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La « Symphonie fantastique » de Berlioz : heureux en musique, pas autant en amour

24 mars 2016 > > Soyez le premier à réagir !

Dimanche 27 mars au Théâtre Quintaou d’Anglet (17h), l’Orchestre Régional Côte Basque a fixé un nouveau rendez-vous de musique classique avec cette Symphonie Fantastique d’Hector Berlioz, dont l’histoire est celle d’une passion dévorante contée ici.

Sous la baguette du généreux et talentueux Benjamin Levy (pour sa 3ème invitation par l’ORBCB à sa saison), la convocation à ce Berlioz, épisode de la vie d’un artiste est articulée autour de ce qui, dans l’histoire de la musique, est définitivement associée à la toute première symphonique romantique, mais également à une passionnelle histoire d’amour fou qui en explique à la fois l’écriture et son éclat incomparable.

berlioz-anglet-orbcb-9Né en Isère en 1803 d’un père médecin, le jeune Hector Berlioz aurait dû marquer sa vie dans les pas de son paternel, qui s’était chargé de son éducation mais commit, en 1819, l’imprudence de lui acheter une flûte puis une guitare.

A la différence des grands génies de la musique marqués par leurs précocités artistiques, sa vocation nait là, « je sentis ma passion pour la musique s’accroître et l’emporter sur mon désir de satisfaire mon père », écrira-t-il dans ses Mémoires.

En 1823, il quitte l’école de médecine de Paris, se brouille avec sa famille, et fréquente l’Opéra de Paris, tout en étudiant la composition au Conservatoire de Paris.

berlioz-anglet-orbcb-4Ses deux révélations seront les symphonies déjà très expressives et novatrices de Beethoven puis la découverte du théâtre de Shakespeare, « je vis se lever l’immense Beethoven. La secousse que j’en reçus fut presque comparable à celle que m’avait donnée Shakespeare. Il m’ouvrait un monde nouveau en musique, comme le poète m’avait dévoilé un nouvel univers en poésie ».

Les premiers échecs de sa carrière de compositeur ne l’arrêtent pas, mais le tournant décisif de sa vue sera, à Paris en 1827, une représentation du Hamlet de Shakespeare en anglais, où une jeune actrice anglo-irlandaise, Harriet Smithson, jouait le rôle d’Ophélie.

berlioz-anglet-orbcb-11À la fin du spectacle, il est désespérément épris d’Harriet et erra toute la nuit en proie à une frustration et à un désir qui ne se démentirent pas durant les cinq années suivantes.

Il a 24 ans, et entreprend d’assiéger la belle par une correspondance abondante, à laquelle Harriet, courtisée par bien d’autres noms prestigieux (dont Victor Hugo), en répondit jamais.

A cette période, Berlioz obtient le Grand Prix de Rome pour la composition musicale avec sa cantate Sardanapale, après quatre tentatives infructueuses, et peut enfin se lancer dans une carrière de musicien (toujours au désespoir de sa famille).

berlioz-anglet-orbcb-7Échouant à séduire Harriet par ses lettres, il conçoit alors le projet de la conquérir par sa musique, par ce projet de Symphonie Fantastique, basée sur un récit autobiographique, hantée par une mélodie représentant la bien-aimée

Berlioz l’écrit fiévreusement en deux mois, un record, vu la complexité et le génie de l’œuvre.

Sous titrée « épisode de la vie d’un artiste », l’œuvre est introduite de façon absolument novatrice par un « programme » littéraire, en partie autobiographique, dans lequel le compositeur expose le « plan du drame musical » : son amour malheureux, ses angoisses et ses rêves douloureux.

Il renouvelle avec ampleur les formes traditionnelles de la symphonie et donne libre cours à l’expression fougueuse des rêveries et des passions amoureuses, de leurs bonheurs fugitifs comme de leurs emportements funèbres.

Selon Berlioz, la musique ne peut plus être ornementale : elle devient un langage à part entière, mieux fait que le verbe pour exprimer le monde intérieur et le mystère.

Cette idée planait dans l’air romantique de la littérature et de la peinture : Berlioz lui a donné son accomplissement et son plus grand éclat musical, dans le même avènement d’un homme exalté par la liberté et l’anticonformisme, que le traumatisme révolutionnaire a laissé sans repères familiers.

berlioz-anglet-orbcb-5Théophile Gautier, qui connaît bien l’œuvre de Berlioz pour en avoir longuement rendu compte, déclarera 15 ans plus tard que « Hector Berlioz paraît former, avec Victor Hugo et Eugène Delacroix, la trinité de l’art romantique ».

Donnée pour la toute première fois le 5 décembre 1830 au Conservatoire de Paris, l’oeuvre divise profondément les conservateurs et les réformistes de la musique classique.

berlioz-anglet-orbcb-3Une bonne partie de la presse parle de scandale, se moque de sa mégalomanie de maestro et de « ses idées qui n’intéressent que lui ! », mais l’enjeu n’est pas là pour ce Berlioz de 27 ans : invitée à la toute première représentation de la Symphonie Fantastique, Harriet Smithson n’a pas daigné répondre à son invitation.

Il lui faut attendre deux ans de plus,  le 9 décembre 1832 et la seconde interprétation de sa Symphonie pour que, avec la complicité d’un ami, la belle soit enfin dans les rangs du public.

berlioz-anglet-orbcb-6Le livret qu’elle a entre les mains lui confirme alors cette passion vibrante du compositeur et accepte enfin de répondre à son désir.

L’histoire retiendra ensuite que leur mariage, célébré quelques mois plus tard, s’encombre d’une popularité en nette baisse de Harriet, au bord du gouffre financier, qui usera de Berlioz pour échapper aux dettes, puis essaiera de s’imposer avec un maigre talent dans ses futures compositions.

Ils divorcèrent en 1844. Harriet Smithson se mit à boire et devint malade, arrivant à peine à bouger ou à parler. Entre-temps, Berlioz eut une liaison avec la soprano Marie Recio et l’épousa finalement, sept mois après la mort d’Harriet, en 1854.

berlioz-anglet-orbcb-13Reconnu de son vivant comme un maître de l’orchestre, Berlioz publie en 1844 son Grand traité d’instrumentation et d’orchestration modernes, qui inspire de nombreux compositeurs et demeure un modèle pour les ouvrages traitant du même sujet au XXe siècle, tels ceux de Rimski-Korsakov et de Charles Koechlin.

Il faut pourtant attendre les célébrations du centenaire de sa mort, en 1969, pour que l’importance de son œuvre et de son rôle dans l’histoire de la musique soit progressivement reconnue, et que l’intégralité de ses partitions majeures soit enregistrée.

berlioz-anglet-orbcb-1berlioz-anglet-orbcb-14L’histoire de cette passion dévorante et sa libération par la création musicale inspira au réalisateur français Christian-Jaque un film éponyme, sorti en 1942.

Le seul bon souvenir en reste l’interprétation étincelante de Berlioz par le grand Jean-Louis Barrault : Lise Delamarre eut alors le privilège d’interpréter la bien ingrate Harriet Smithson.


 


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