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Taxi Téhéran, Lost River : deux films moins convaincants que leurs aînés

20 avril 2015 > > 2 commentaires

Deux films les plus remarqués sur les toiles actuellement, Taxi Téhéran de Jafar Panahi et Lost River de Ryan Gosling, s’apparentent à des films infirmes, de n’avoir su tirer le meilleur des influences de leurs pères.

Dans des proportions différentes, les racines du cinéma aimé sont bien visibles, mais l’hommage recherché dans deux des films à sensation du moment, Taxi Téhéran de Jafar Panahi et Lost River de Ryan Gosling, a fait l’impasse sur ce déploiement au-delà des films reproduits, les laissant impuissants à atteindre ce même niveau.

Aucun de ces deux n’est à éviter de toute urgence, s’entend.

Mais le regret colle à la peau du spectateur à la fin de ses séances, du côté de l’Atalante de Bayonne ou du Royal de Biarritz.


Taxi Téhéran, de Jafar Panahi (sorti le 15 avril)

taxi-teheran-ten-5Un chauffeur de taxi, le réalisateur lui-même au volant, embarque pour de courts trajets toute une galerie de personnages censés illustrer la société iranienne.

Jafar Panahi est loin d’être un inconnu, avec des débuts extrêmement réussis dans un cinéma contestataire en Iran, en particulier avec Le Cercle (2000) puis Sang et or (2003).

Les censeurs de son pays ne se seront pas contentés de contraindre ses projets par la suite, l’emprisonnant même pour être certains de sa non-présence en tant que jury au Festival de Cannes en 2010.

Le dispositif qu’il a imaginé pour son Taxi Téhéran se veut une réponse, entre drame personnel et humour, à l’interdiction qui lui est faite de tourner, désormais.

Sa limite, c’est que son inspiration ne s’est pas alimentée de cette contrainte majeure, le cinéaste reprenant à son compte le dispositif déjà mis en oeuvre par celui dont il fut l’assistant, Abbas Kiarostami, dans Ten (2001).

Deux caméras dans une voiture, une femme au volant pour Kiarostami et un homme pour Panahi, un garçonnet à côté pour le premier et une petite fille pour le second.

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Taxi Téhéran

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Ten

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Taxi Téhéran

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Ten

Une filiation assumée, mais qui échoue à provoquer le même mal au ventre que provoquait Ten, nimbé d’une sagesse persane où perdre devenait une question de méthode, pour pouvoir en survivre. Et son message pouvait porter sa puissance à son propre peuple.

En montant dans son Taxi Téhéran, le spectateur occidental auquel il semble réservé sait par avance que l’Iran est impitoyable dans sa censure, les contraintes multiples faites aux femmes, et les violations des droits de l’homme.

Au bout d’une petite heure et demie de voyage avec Panahi, certes sympatoche, il ne ressortira guère avec plus de sensations.

Loin, très loin d’un cinéma auquel, libre, il pourrait accéder, Jafar Panahi a reçu un Ours d’Or à Berlin et une sur-médiatisation que d’autres cinéastes iraniens n’auraient pas reçus sur leurs noms inconnus.

Une évidence qui rejoint le sentiment qu’il est bien excessif de considérer son film comme « un formidable pied de nez à la censure », comme l’indique le programme bayonnais.


Lost River, de Ryan Gosling (sorti le 8 avril)

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Le premier film d’un acteur canadien exceptionnel, Ryan Gosling, dont la trajectoire impeccable, (entre autres) de Blue Valentine de Derek Cianfrance en 2010 à Only God Forgives de Nicolas Winding Refn (en 2013), a prouvé que le garçon savait choisir ses scénarios, et les rendre incandescents.

Derrière la caméra, à l’écriture et à la production de Lost River, le bonhomme a pris des risques valeureux pour ce premier long-métrage qui raconte, dans une ville américaine dévastée et sans espoirs, la survie d’une mère et ses deux enfants, dans un monde à la Mad Max où règnent brutalités et décadence.

A l’image, le spectacle est fascinant, l’ensemble glissant pourtant peu à peu dans un « à la manière de… » qui prévaut sur un scénario de cauchemar finalement assez banal, et assez peu « féerique » pour contredire ce que l’on peut en lire.

De Refn, et donc de son mentor Stanley Kubrick, ou bien encore de David Lynch, l’univers de Gosling est un cauchemar dont le vecteur est essentiellement esthétique, plus que par son propos.

Quelques images du film pourraient être celles de Shining, de Lost Highway ou de Bronson, quand les maîtres invoqués puisaient dans nos émotions des messages burinés dans nos coeurs, par une désespérance qui dépassait l’exercice de style.

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Gosling ou Stanley Kubrick ?

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Gosling ou David Lynch ?

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Gosling ou Nicolas Winding Refn ?

Il faut lui souhaiter une même prise de risques dans ses futures réalisations, attendues avec impatience, mais porteuses d’ambitions plus personnelles.


Commentaires

2 réponses à Taxi Téhéran, Lost River : deux films moins convaincants que leurs aînés

  1. zara dit :

    ouais je te suis sur Taxi Téhéran
    le film ne vaut que par son contexte et s’il est certes rassurant de savoir Jafar Panahi en vie , on se demande si le diktat qui lui est fait de lui interdire de tourner et de quitter le pays, en se faisant contourner de cette façon, n’est pas, finalement une entrave encore plus cruelle à la créativité de ce réalisateur .

  2. Murielle dit :

    Donc je ne suis pas d’accord avec ta vision du film.
    Aussi mordant, sombre et existentiel que l’opus de Kiarostami, mais déguisé en film presque désinvolte et léger. J’ai aimé les conversations, j’ai aimé les clins d’oeil cinématographiques et l’image de la réalité contemporaine iranienne sous une forme satirique.

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