Après 3 ans, plus de 1 000 articles écrits
par une trentaine d'auteurs, 1 700 dates d'agenda,
340 fils musique, 330 brèves de culture,
420 newsletters envoyées à 4500 abonnés
pour un total de 900.000 pages vues,

Eklektika s'arrête.

Merci à ceux qui nous ont fait confiance.

Si le projet vous intéresse : continuer@eklektika.fr

Retour en haut de la page
Twitter Facebook Contact Recherche

Calixto ou Ultima Vez : le Temps d’Aimer la danse, et le risque pris qu’elle ne le soit pas

21 septembre 2015 > > Un commentaire

Deux temps forts ont eu lieu ce week-end au Temps d’aimer, avec, comme point commun, l’énergie et l’impossibilité d’y rester indifférent, mais des réceptions publiques bien opposées pour Samir Calixto et la compagnie Ultima Vez de Wim Vandekeybus.

Sombre et poétique avec Samir Calixto, provocatrice et délibérément décalée avec la  compagnie Ultima Vez de Wim Vandekeybus : le festival du temps d’Aimer a osé, pour le dernier week-end de sa 25ème édition, surprenant et gagnant deux salles encore pleines d’un public prêt à venir en fermant les yeux, jusqu’à ce que le spectacle commence.

Une fois n’est pas coutume : des huées pour ce second spectacle auront été entendues, rompant ainsi avec les torrents d’amour déjà perçus (Compañia Nacional de Danza de España mercredi), et des salles plus partagées dans la semaine.

En attendant le bilan des organisateurs, proposé en point presse cette après-midi, retour pour Eklektika par Kattalin Dalat sur une fin de festival très contrastée, entre applaudissements nourris et hués (rarissimes à Biarritz).


Paradise lost de Samir Calixto : la transe pour conjurer le sort

caliixto-biarritz-5

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Samedi soir, c’est au Casino de Biarritz que le chorégraphe et danseur brésilien Samir Calixto présentait son ballet, Paradise Lost, inspirée du poème épique de l’écrivain anglais John Milton, écrit en 1667.

Laissant de côté le ton moraliste et bon chrétien de l’œuvre, la chorégraphie retourne aux sources de la genèse pour relater l’état de la condition humaine.

Dès les premières secondes, une musique entêtante et sourde, No man’s land de Kate Moore, étreint la pénombre.

caliixto-biarritz-8

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Un tableau onirique, flou, prend forme devant les yeux perturbés des spectateurs. Une petite lumière est projetée comme un astre au-dessus de la scène, laissant deviner une silhouette, mi-homme mi animal

Il s’agit d’un Lucifer souple, tortueux, volcanique, incarné par Samir Calixto. La force obscure de cette image poursuit toute la chorégraphie.

Personne ne s’y attend encore, pourtant, une transe sinueuse va s’emparer  de l’obscurité, des danseurs, d’une partie du public et cela, malgré des conditions peu évidentes.

La configuration des sièges du réez-de chaussé ne permet pas une bonne vue sur les chorégraphies au sol et la lumière faible du début du ballet mange beaucoup de mouvements dont on devine à peine la virtuosité pourtant bien présente.

Le regard ne s’est pas encore habitué à la nuit.

Avec le diable, deux autres personnages semblent avoir échoué sur scène.

caliixto-biarritz-6

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Adam et Eve,  apparaissent, hagards, confus, abandonnés dans un paysage hostile. Les déserts, les flammes, les chimères, mêmes invisibles, semblent accrochés à leurs corps.

La liberté définit leurs élans tandis que l’oppression les ramène aux spasmes. En quête de sens quant à cette condamnation à l’enfer, soumis à la panique, les danseurs semblent devenir énergie alimentée par la musique démente de Kate Moore.

caliixto-biarritz-3

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Son souffle se dirige de plus en plus surement vers une transe aux contrastes sublimes et angoissants.

Des pas de deux s’en suivent, montrant la progression du couple. Arrivés comme deux enfants, dans un semi conscience de l’autre, ils se découvrent alors.

caliixto-biarritz-4

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

L’homme, comme pour amoindrir l’impuissance de sa condition, tente la possession. Les danseurs crient. Et leurs hurlements bouleversent d’effroi. Touchée dans sa grâce, la femme découvre sa force.

Les sons se font plus forts, plus envahissants, martelant le sol comme les battements d’un cœur hystérique. Une lumière inattendue dépose un frisson.

Le regard se suspend à tout ce qui n’est pas mort. Pas encore. Banni des jardins, nu, pure mais corruptible, l’humain convulse. Une lumière balaie la scène et tandis que la femme s’y baigne, l’homme s’en trouve assommé.

caliixto-biarritz-1

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Se rapprocher. Peu d’autre solution pour survivre. Eve tient Adam, épuisé, dans ses bras. A défaut d’un paradis, il reste l’amour. Et c’est là que le chorégraphe nous laisse.

L’obscurité se prolonge. C’est avec elle que les premiers applaudissements retentissent.

Pas de tremblements dans la salle comme il y a deux ans. La présence de Samir Camixto est plus discrète, l’énergie plus diffuse, à l’image de ce clair obscur où il nous plonge.

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

La grâce, la puissance d’expression des corps et des visages en accord parfait avec la musique sont d’une beauté troublante. Trop sombre pour certains.

Mais ce conte dansé et hypnotique, aux notes quelque peu obsédantes, est indéniablement de ceux qui laissent quelque chose, après.


What the body does not remember : des tics, des briques, des chaises, à l’endroit et à l’envers, pour le meilleur et pour le pire

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Dimanche, à la Gare du midi, la compagnie Ultima Vez entame son spectacle de danse, ce qui, dès ses premiers termes, oppose rapidement le public.

Si l’acclamation finale a lieu, c’est aussi motivée par les quelques huées à étouffer. Des éclats d’admiration contrebalancent aux exaspérations. Et il se peut que parfois, l’un n’aille pas sans l’autre.

ultima-biarritz-6

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

What the body does not remember (ce dont le corps ne se souvient pas) est une pièce créée à la fin des années 80 par Wim Vanderkeybus. Sa façon de « défaire la danse », son indifférence de l’esthétique, marque l’époque et attise les critiques.

Le spectacle est formé de saynètes aux tableaux dénués de contexte. Le premier son, un bruit d’ongle frotté contre une table, donne le ton.

ultima-biarritz-3

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Un brillant pas de deux au sol se joue, millimétré et qui pourrait presque s’envoler en hip hop ? Mais non.

Une musique stridente accompagne le second tableau et des briques entrent en scène pour s’envoler de main en main comme un bâton de relai.

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

C’est un ballet virevoltant, démantelé, abstrait, où une dizaine de danseurs se préoccupe de ses affaires jusqu’au télescopage, suivi d’un rituel combat-étreintes-chassés-croisés automatique. Et en effet, les mouvements, les effets se répètent jusqu’à épuisement. Après les briques, les chaises. Et rebelote.

La chorégraphie ne connaît que des rapports de force. Les danseurs marchent, tapent au sol, se couchent, courent vers un dénouement délibérément « à côté ».

Jusqu’au grand blanc.

ultima-biarritz-4

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Un danseur est assis seul sur scène. Il ne se passe rien. L’immobilité dure et si un danseur traverse la scène, ce n’est que pour rejoindre le plat ambiant ou pour changer de tenue, dans le silence.

Aux « On veut de la danse ! » et autre « C’est d’une nullité incroyable ! », criés depuis la salle, leur répondent des « Allez vous coucher !! », dans ce qui restera une soirée « exceptionnelle » du Temps d’Aimer, du jamais vu dans ce festival pour beaucoup de ses habitués.

En 1980, cette petite meute du chaos avait une raison d’être, et aujourd’hui ?

ultima-biarritz-5

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Beaucoup d’éléments du spectacle ont marqué son temps : accessoires,  disharmonie, comédie, silence sont désormais familiers.

Les voir maintenant tous regroupés dans une chorégraphie répétitive devient nerveusement complexes. Les danseurs jouent au chaos de l’adolescence dans un grand désordre bien orchestré qui s’en va là où on finit par l’attendre.

Quelques blagues kitch et tendres provoquent des sourires, un danseur s’étouffant avec une plume, une photo de famille et ses gestuelles intéressantes. Mais volontairement décousue et systématique, la provocation s’use et devient esthétique, justement.

ultima-biarritz-2

Crédit Photo : Stéphane Bellocq – http://www.regardencoin.com

Si la performance d’endurance et d’énergie de la compagnie est à saluer, qu’une partie du public semble conquis par son audace, on est tout de même bien content quand ça s’arrête.

Un ballet qui, 27 ans après sa création, créé encore le débat nul/génial. Comme un fait exprès.


caliixto-biarritz-uneBien des photos (magnifiques) du Temps d’Aimer de Biarritz (et autres) par Stéphane Bellocq sont à retrouver sur son site : http://www.regardencoin.com

Et merci à lui, vraiment, pour avoir su apporter son beau regard à nos mots.


 


Commentaires

Une réponse à Calixto ou Ultima Vez : le Temps d’Aimer la danse, et le risque pris qu’elle ne le soit pas

  1. bediee dit :

    On peut respecter les goûts divergents mais on ne peut pas ne pas respecter le travail remarquable des artistes. Huer un tel travail est inadmissible. La qualité d écoute des danseurs, maîtrise rythmique, spatiale, créativité, puissance et qualité du geste… C est très beau et ça véhicule aussi une autre idée de la danse, d où la perte de repères d’aucuns et leur mécontentement… Déplaçons notre horizon d attente et sortons des habitudes aussi!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment vos données de commentaires sont traitées.