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« Temps glaciaires » de Fred Vargas, pour nous réchauffer l’âme

6 août 2015 > > Soyez le premier à réagir !

Quatre ans après son dernier « L’Armée furieuse », le nouveau polar de Fred Vargas, « Temps Glaciaires » retrouve le meilleur de son inspiration, avec le visage retrouvé des troupes du commissaire Adamsberg.

Il y a cette pensée des Anciens, qui s’applique parfaitement au style de la romancière Fred Vargas, retrouvée dans toute sa chaleur de son dernier Temps Glaciaires : « malheureux celui qui connait son chemin, car il risque de ne pas se perdre ».

Pour sa 13ème livraison, un changement de maison d’édition (de Viviane Hamy chez Flammarion) n’a en rien attenté à sa capacité à nous embarquer dans l’improbable d’une série de meurtres rassemblés comme dans « une pelote d’algues », dont on ne sait pas bien sur quel fil tirer.

vargas-temps-glaciaires-2Trois meurtres pour faire démarrer l’histoire, abordée comme il se doit autour d’une table de restaurant. Le premier, dans une baignoire, pourrait être un suicide si le tueur, pris de vertige mégalomane, ne signait chaque fois son oeuvre en griffonnant un H sur la scène du crime.

La suite emprunte des chemins où l’intuition impossible à formuler de son personnage fétiche, le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, petit homme insaisissable (pour ses adjoints) qui se fie à l’instinct et croit puissamment aux forces de l’humanité et aux réflexes de vie de son vieil ami espagnol, Lucio, celui qui ne cesse de se gratter la main qui lui manque.

Le récit peut dès lors s’embarquer vers une étrange association, férue des écrits de Maximilien de Robespierre, une société secrète emperruquée, costumée qui, chaque lundi soir dans une halle de Saint-Ouen, rejoue mot pour mot les séances de l’Assemblée nationale sous la Révolution.

Fausse piste ou plaisir de se perdre, la romancière y agglomère deux ou trois secrets de famille, des paternité et maternité défaillantes, un trekking en Islande qui tourne mal, un sanglier appelé Marc, et un monstre mythologique, «l’afturganga» islandais.

Après avoir reposé son dernier L’Armée furieuse avec une déception certaine, ces Temps glaciaires reprennent le fil de ce petit monde policier là où on l’espérait, plus incarnés que jamais (merci) : Danglard, l’adjoint massif, l’érudit grand consommateur de vin blanc est bien là. Tout comme la costaude Violette Retancourt ; ou l’autre Pyrénéen, Veyrenc.

Et comme pour un repas de famille pour lequel tout le monde a répondu à l’invitation malgré s’être perdus de vue (quatre ans entre ses deux derniers romans), ce livre charme par la chaleur des retrouvailles, par ces bons mots des anciens (quand Wikipedia ne pourrissait pas la moindre discussion), et lorsque l’idée d’une balade prime sur l’obligation d’une destination.

A la moitié du livre, le lecteur se retrouve totalement paumé, mais sans angoisse : Adamsberg l’est aussi, mais la confiance règne (et sera récompensée, la romancière sait faire cela très bien).

– Quel têtard ?
– Un début d’idée informe, Louis, se hâta d’expliquer Adamsberg, de peur de se perdre à nouveau dans la brume. Les idées sortent toujours de l’eau, d’où crois-tu qu’elles viennent ? Mais elles s’en vont si l’on parle. Tais-toi. Continue.

La résolution de l’intrigue posée peut bien survenir avec son coup de théâtre, et pour une rare fois, des coups de feu également, mais c’est toujours finalement assez secondaire, chez Fred Vargas.

L’essentiel est ailleurs : elle est de retour, la ligne sifflotante et l’âme généreuse, et elle a confié ne pas en avoir fini avec son commissaire et ses troupes.

Une idée la gratterait à son tour, sans qu’elle ne puisse l’expliquer encore ni même la visualiser précisément.

Son personnage récurrent lui glisse sans doute une réflexion que lui a confié son ami espagnol, Lucio :

Creuse. C’est une pensée que t’as pensée et que t’as pas fini de penser. Faut pas perdre ses pensées comme ça, hombre. Faut faire attention où on range ses affaires. Ton adjoint, le commandant, ça le gratte aussi ? Et l’autre, avec les cheveux roux ?
– Non, ni l’un ni l’autre.
– C’est que c’est bien une pensée à toi. C’est dommage, quand t’y réfléchis, que les pensées n’aient pas de nom. On les appellerait, et elles viendraient se coucher à nos pieds ventre à terre.

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vargas-temps-glaciaires-2Temps glaciaires, Fred Vargas
Flammarion, paru le 4 mars 2015
497 pp., 19,90 €


 


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